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La goutte -2-

Publié le par François & Marie

alambic-2-.jpg- Ah! miss cornue commence sa croisade, bougonne la vieille chaudière boucanée.

- Cette miss est un mister et...  pour moi un... mystère, rectifie en soupirant le petit égrenoir qui en pince pour l'alambic.

- Je sais, persifle sa grâcieuseté la macro-casserole , mais un mister qui bling-bling de tous ses cuivres me laisse plus que perplexe...
Chaque année, elle accueille fraîchement la rutilance de cet itinérant. Elle envie le statut respecté de distillatrice de cette grande bringue dorée, alors qu'elle, ne fait cuire que des patates, pour les cochons...
- Arrête de ronchonner bâille le four à pain de ménage, ça va nous faire de la compagnie et puis ça nous changera de tes odeurs parmentières!

cocotte- Tout le monde ne peut être grand maître boulanger fleurant bon la levure, regrette la grosse cocotte en gigotant du couvercle.
- Ah, tu l'as fâchée ferraille le concasseur d'avoine, elle va bouder et nous éclabousser de mécontents glops-blups-glops!
L'égrenoir à maïs reste coi, le rouge de sa peinture vire au vermillon, il est sous le charme...
- Contente d'être arrivée à bon port, susurre la belle rousse. Tu n'as pas un peu forci, chaudronnette?
- Occupe-toi de tes cucurbites! s'étouffe la boudeuse offensée.
- On va s'en occuper demain, confirme la belle en clignotant en direction de l'égrenoir qui bée! Dès le lever du soleil, vers huit heures quarante, le Léon sera autorisé a débuter la première "cuite" d'où sortira le blanc-argenté de la « blanquette ». Vers midi, il fera une deuxième charge en y mêlant le moût . Episode délicat, il lui faudra surveiller de près l'intensité du feu et le degré de l'alcool que je lui distille méticuleusement. Il est champion dans le maniement de l'alcoomètre. C'est même un prestidigitateur lorsqu'il bassine d'une lampée de goutte les épaules de mes cucurbites. Il les embrase en battant le briquet et apprécie la puissance de l'alcool au bleuté de la flamme.
- Champion...Prestidigitateur...s'empourpre l'égrenoir. 

- Tu as une grande responsabilité admire le gros four.
- Celle d'offrir au Léon une eau de vie de marc du Jura, tout bonnement!
- Ahhh... s'extasie égrenoir, cerisé !
- Il a l'œil le Léon, il repère quand sa "goutte" est à point , ajoute la brillante retorte. J'attends avec émotion le moment où il récupère un peu du précieux liquide sous la "guillerette". Si ses yeux brillent à la vue du collier de petites bulles d'air autour de son verre et s'il murmure - Ill è bin, ill fè l'chapelet!, je jubile et soupire d'aise, fière d'avoir accompli ma mission!

Il n'a pas que l'oeil, mon Léon, il a de l'oreille!

- Ouais, il a TOUT, le mon-Léon, se rembrunit égrenoir cramoisi.

- Il capte les vibrations de la vapeur et sait en doser les ardeurs, s'amuse la lady .

A dix sept heures seize, au coucher du soleil, il me mettra au repos. Sinon, gare aux contrôles des "rats de cave" qui surveillent les horaires légaux. 

La fumée de la chaudière et les senteurs d'alcool dénoncent les fraudeurs qui risquent gros.
Tous sont d'accord, même la boudeuse marmite pour affirmer que le Léon n'est pas de ceux-là!
Le Léon fraudeur, ça jamais! Au grand jamais

Juré, attesté, assuré, certifié, signé et contresigné par les tartufes associés de la chambre à four du Léon!

 

alambic-2-Dans la chimbre d'fô, l'ailambic a r'trové l'fô à pain d'ménège, le m'lin à avouèn', l'vougrou à trequi. Tous c'tè l'aimant bin, surtout, le ptchiot vougrou! Y'a renqu' la chaudi-ière à poumètares ape bolognes dè cuchons qu'y a fait la caire , y'è èn' jailouse!
Fautdrôt dir' atou qu'ill bling-blingue gros d' sè cuivres c'ta bâlle rossote!
Ill s'met du sentibon au marc du jura, y'è pas ren! Poutchant, ill è point bégueule, ill fè c'qu'ill a à fèr', y'è tout.
Ill lè a ébarlutés en diant bin du bin du Léon qu' savot bin la mignoter pou qu'ill li beille d'la bonne goutte.
Ill a causé du l'ver ape du queuchi du soulè, d'la blanquette, d'la guillerette, d'l'alcoométre, du fu su sè cucurbites, du chaiplet d'bulles, dè rats d'caves... 
E z'en ètint tout trebillôts! Mém' la ville mermite toute gaudrônnée en a ubié d'ragonner, y'è pou dir!

Publié dans Souvenirs

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La goutte -1-

Publié le par François & Marie

Alambic_bussard.jpg- On commence comment "la goutte" cette année, en ambulant ou en fixe? demande le Milon en rajustant les bretelles de sa bouille à lait.
- En ambulant, assurent deux ou trois bien renseignés.
Pour réchauffer ce petit matin de janvier, tous suçotent leurs mégots de Gitanes papier maïs. Ils reprennent leurs vieilles bécanes qui les ont amenés à la "coulée" matinale de la fruitière à comté.
- Y a plus que trois fixes précise l' Eunésime: le Louis qu'est hospitalisé, le Glaude qui passe l'hiver chez sa fille et le Marius qu'est pas pressé!
- Je commencerais bien annonce le Léon, pour être tranquille après. La Blanchette et la Lunette vont faire le veau vers la fin du mois, ça me ferait moins de tintouin à gérer en même temps.
- C'est bien facile, surtout que t'es le plus près pour récupérer l'alambic. On pourrait continuer en suivant si ça arrange tout le monde. A raison de deux jours en moyenne par bouilleur de cru, dans les deux mois, tout le monde aura fait sa goutte.
- Peut-être même avant. Est-ce que les Déchamps et les Essarts voudront distiller cette année? Les pères sont morts cet été, si les enfants prennent la relève, ils vont être taxés plein pot! 50% sur les dix premiers litres, 100% sur le reste, ça donne à réfléchir... C'était plus facile avant 1959, quand un bouilleur décédait, le droit de distiller se transmettait aux héritiers. C'est fini tout ça, tu dois payer pour terminer ton travail de vendangeur, quel monde!
Voilà comment une demi-douzaine de propriétaires-vignerons-récoltants,viennent de prestement planifier le cérémonial de la distillation de l'eau de vie, la "goutte" comme on dit par ici. 
Ils devront pourtant, auparavant en faire la déclaration officielle auprès des messieurs cravatés des "Indirects".
 Quelques jours plus tard, le Léon aidé de l'Abel vient récupérer l'alambic municipal qui somnole dans "la salle des pompes". Il y cohabite avec l'équipement des pompiers volontaires et l' hypomobile corbillard noir et argent. Seuls ceux qui manquent d'espace à domicile viendront distiller ici, "en fixe" à la fin de la saison.
Il faut hisser sur un plateau à deux roues la chaudière balourde, les cucurbites cuivrées, le refroidisseur et ses serpentins. La jument comtoise se charge d'amener le tout jusqu'à "la chambre à four" du Léon. Pendant deux jours, ce bataclan rutilant va impressionner les résidants habituels de la maisonnette, la vieille chaudière boucanée des patates à cochons, le placide four à pain de ménage, l'assourdissant broyeur de céréales et l'égrénoir à maïs. 
                                          (à suivre.)

 

An è in janvi, dans la quô d'la futrie. E sant cin ou si beyou d'cru à ch'vaux su yotè biclous. 
- Qu'm'en y'è ti qu'an la qu'mence c'ta goutte, c't'an nian? An fè t'y à la dralle ou bin ique?
- A la dralle! Y'a pi-e gran-monde qu'la fê ique din la sâlle dè pompes, à couté du côrbillâ!
- J'qu'm'enceros bin, qu'dis l' Léon. J'è dè vèch' qu'vont fér' le viau binstôt, y s'rôt fè.
- T'âs tout l'laisi, fè don qu'm'en c'qui! Ape apré, an èra au bout l'bout. J'vas m'oc'per dè paperasses dè rats de caves, y s'ra fè.
Y'è point des tra-aîniaux, hui je pi-e tard, le Léon ap'in volôt san v'ni charchi l'ailambic daveu l'ch'veau d'vant l'châ. E l'an amoné dans la chambre d' fô.

Publié dans Souvenirs

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Défi n°46 "Es-tu au clair de ta lune?" proposé par Brigitte pour les Croqueurs de mots.

Publié le par François & Marie

Communauté des croqueurs de mots 

Défi n°46 proposé par Brigitte.

"Es-tu au clair de ta lune?"

Ma Lune

La lune de chacun en entend de belles!
Un vaniteux se targue- Mouâ mon chèèr, je me connaîs par-fai-te-ment, n'es-z-pââs? 
- Faribole! s'exclame sa nouvelle lune, tu es comme moi qui suis invisible de nuit. Je suis la part étrangère qui est en toi, la zone d'ombre que ne révéle pas ta psychée. N'es-z-pââs?
Un prétentieux revendique son individualité- Moi, je me suis fait tout seul, ma vie est conforme à mes idées, je n'en changerai pas et resterai droit dans mes bottes!
-Sornette! sifflote le frêle premier croissant, tout comme moi, tu ne te dévoiles qu'en partie, tu es pluriel et multiple. Tu n'es qu'un orgueilleux. Tu crois que c'est ta main qui a tout fait, alors que ta main n'est rien sans ses doigts...Et tes bottes ne tiendraient pas debouts sans tes pieds...
Un satisfait de lui-même avoue dans un soupir de satisfaction- Ahhh quel bonheur d'être en harmonie perpétuelle avec soi-même!
- Billevesée marmonne le premier quartier. Regarde-moi, je fluctue, j'évolue, tu en fais autant et tu n'en as même pas conscience. Pfffou, tu me fatigues.
Un benoît souffle, pâmé- Je me sens au jardin d'Eden, en sérénité totale avec mon mouâ. 
- Vaste calembredaine! s'essouffle la lune gibbeuse. On nous voit rebondis toi et moi, on nous croit en paix alors qu'en nous gronde une guerre continuelle seulement ponctuée de courts armistices. Sérénité totale...pauvre jocrisse.
Un immodeste fanfaronne qu'il n'est pas influençable.
 - Foutaise! gronde la pleine lune. Pour parvenir à mon apogée j'ai lutté contre les attractions antagonistes, me suis bataillée dur avec la pesanteur, ai supplié mon acceptation auprès de la gravitation. Ne te fais pas d'illusions, tu seras sans cesse en interaction avec tes vécus positifs ou non. A toi de les transformer afin de te les approprier, développe ce que tu es et ose le devenir. Et sans jouer au faraud, s'iiiiil te plaît, grommelle l'astre des rêves et de la sagesse ancestrale qui en devient presque rousse d'agacement. 

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Y r'lich' !

Publié le par François & Marie

boules-de-neiges.jpg(Glissades.) Patoisé-



Y'a du bi-an pouètchou.
Su la reut' endremie, su lè z'âbres, su l'hârb', sû lè fis dè arondes, y'è tout bi-an.
Y'en a qu' on lè rognons badjiots! Lè ptchiots que r'lichant su l'creuillôt jalé!
E z'ont point frè! E sant intortillis din dè coulaichons ape dè bounnots-câs. E s'arguignant en fiant dè cabardouches su la y'èsse, è s'jalant lè fesses, mè y fè ren!
E z'y restrerint bin jusqu'à la nè! Mè v'l'a t'y point qu' la Josette vint cri sè botrots. Ill lè appale in chèplet - l'Jècki, l'Dèdé,  l'Nanou, l' Jean-Piéééér! Bin sûr, toute la treup' la dégène! 
Qu' m'en èn' voulée d'piafs, è s'esbignant tou ape corrant veu yeute majon qu' sent la boun' soup au lâ !

Publié dans Histoire en Patois

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Glissades

Publié le par François & Marie

chatnours.jpg


Un soleil pâlot s'invite dans un monde de silence blanc.
Du blanc sur la route endormie. 
Du blanc sur les arbres amidonnés de givre.
Du blanc sur l'herbe cristallisée.
Du blanc sur les fils où les hirondelles s'alignaient cet été en gazouillantes pinces à linge.
De tout ce blanc émergent les joues coquelicot d'une troupe de jeunes patineurs. Leurs sabots ferrés griffent en sinueuses glissades la mare désertée par les barbaris palmés. 
Les galopins volent les bonnets-chat des donzelles. En représailles, les mignonnes harponnent les vieux pulls retricotés en cache-nez de leurs tourmenteurs et les envoient dinguer!
On piaille, rit, on s'affale en vols planés, on couine en se relevant les cuisses brûlées par la glace. Les haleines givrées inscrivent dans l'air d'éphémères avertissements -..Tention d'vant! que nul n'écoute.
Vers midi, l'aigu d'une voix maternelle égréne l'identité de ses rejetons- Jacky-Dédé-Nanou-Jean-Pierre! et met un terme aux glissades, dérapages et circonvolutions. La petite troupe se disloque bruyamment et  file, soudain affamée, vers la bonne soupe au lard familiale.

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2011 Boun' an-nian à vôs tou!

Publié le par François & Marie

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Publié dans Histoire en Patois

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Hivârnaission

Publié le par François & Marie

(Hibernation patoisée.)

peu301--neige.jpg

Ill a jèmais vi-e sotchi d' sa gringe c'ta balle 301 d'chu l'Peugeot. Poutchânt l' René èrôt eu bin  b'zin d'li pou aller qu'ri dè empiettes.  
Etôt-ill jalée? Y 'en a avu poutchant dè coups de r'virvole, l' démarrou tiri. Ren!
Avôt-ill pô d' la noge ou bin de r'lichi ape d'se r'trouver au tarrau? Va-t-en don savouèr.
Ill è prou mèligne, ill avôt p'tétre bin point l' goût d'sotchi din l' frè. Ill vouyôt dremi bin au chaudôt.
Ill avôt pi-e ren, pi-e d'essieu-glâce, pi-e d'cône, pi-e d'lusot, pi-e ren!
A la tout'fin, l' René a mis la Lisette dans lè r'dalles du châ ape è sant pertis. T'èrôs dit dè mertiens, è z'ètint imbirlificotés din dè rouillères ape dè coulaichons pou point trop grebilli. L' René avôt lè bèccantes toutes bi-inche de grèsi. La 301 rigolot bin li, ill qu'mençot s'n'hivârnaission.

Publié dans Histoire en Patois

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Hibernation

Publié le par François & Marie

301.jpg

Elle sursaute! N'est-on pas en train de chahuter son système bielle-manivelle?
La vieille et pourtant rutilante berline 301 Peugeot en éternue de saisissement.
Qui ose projeter de lui faire quitter son abri par température négative? Songerait-on à  la catapulter au milieu des intempéries? Elle rechigne à l'idée d'exposer aux frimas sa superbe carapace noir de jais méticuleusement lustrée à la "Nénette".
Elle boude à l'idée de risquer ses pneumatiques dans la neige gelée. Elle aurait trop la fâcheuse sensation d'exposer leur gomme à une horde de rongeurs-grignoteurs. Elle en frémit!
A l'avant de sa carrosserie on s'acharne. On allonge démesurément l'oreille de son starter, on  retourne pirouetter sa manivelle. Poliment, elle toussote une fois, deux fois. Elle dose l'intensité de ses expectorations juste pour qu'on la sache en vie mais aucunement disposée à démarrer.
Elle ordonne au lymphatique essuie glace de se tenir coi. Elle impose silence au bouillonnant klaxon, il devra attendre son aval pour assassiner de nouveau les dièses en bêlant. Elle invite affectueusement ses alliées, les lanternes à faire pâles figures.
Enfin, les perturbateurs jettent l'éponge. Certes, ils maugréent que le moment est mal choisi,  qu'ils ont affaire au chef-lieu, la torpédo n'en a cure. Têtue, elle se recroqueville dans le parfum de ses coussins, vérifie l'alignement des glands qui oscillent aux cordons des portières et entre en trêve hivernale.
La berline perçoit vaguement un remue-ménage autour du tilbury qu'on attelle. Elle discerne le pas lourd mais guilleret de la jument comtoise, tirée de sa douillette litière qui s'ébroue en soufflant des geysers blancs. Cette pouliche n'est pas chichiteuse, un jour, elle lui revaudra la pareille.Dada.jpg
La donzelle aux bandages caoutchoutés a juste un peu mauvaise conscience en imaginant l'équipage filant dans le soleil froid. Elle aurait pu éviter aux voyageurs les cils brodés de givre, les mentons gercés par la couverture rêche aux relents de feutre humide, elle aurait pu...Mais dans un soupir de batterie épuisée, elle se laisse voluptueusement glisser en une hibernation bienheureuse.

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Défi n°45 "Noël au balcon" proposé par Tricotine pour les Croqueurs de mots.

Publié le par François & Marie

Défi n°45 proposé par Tricotine.
Prenez cette part de dicton "Noël au balcon", interprérez- la à votre manière, laissez libre cours à votre plume.
Vous devez intégrer "Noël au balcon" ainsi que trois autres parties de dicton dans votre écrit.

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"VOULOIR C'EST POUVOIR". Fort de cet adage, il s'est persuadé qu'il y arriverait ! 
Au départ, il s'est fait de l'obus boute-roues un allié. 
Puis, prétextant que "PRUDENCE EST MERE DE SURETE", a agrippé les joints des pierres en agriffant les moindres saillies. En se contorsionnant il s'est hissé, s'est entortillé. Il a peiné, ahanant en silence, n'avait-on pas prétendu devant lui que "LES MURS ONT DES OREILLES"?
Enfin, après de vertigineuses acrobaties, il est parvenu aux dentelles de pierre du balcon. Epuisé, il s'y est accroché, s'y est arrimé en labyrintiques circonvolutions.
Il venait de relever le défi. La gageure était sérieuse, il voulait que ses géniteurs soient fiers de lui. Le soir frisquet de Pâques, ils les avait entendu chuchoter  - PAQUES AUX TISONS, verrons-nous NOEL... AU BALCON ?
Noël...Etait-ce bien de lui qu'il s'agissait? 
Tout remonte à une nuit de décembre. Hedera et Helix songeaient à procréer. Pour l'heure, ils squattérisaient la façade nord de la cathédrale de Reims, chatouillant les séraphiques orteils d'un Ange et s'estimant les artisans de son sourire... Les Noël! Noël!  chantés en Alléluias d'allégresse décidèrent du petit nom de leur futur rejeton. Cette décision incongrue ne manquât pas de générer d'acerbes commentaires au sein de la communauté Hédéra- hélix-sagitti-folia. 
C'est donc bien Noël, leur  petit lierre, qui vient de répondre au voeu de ses géniteurs en se hissant courageusement jusqu'au balcon de la cathédrale, malgré la peur bleue qu'il a des grotesques et terrifiantes gargouilles.

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L'aire de rien

Publié le par François & Marie

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Transmutation à partir de RIEN proposé par Olivier de Vaux

 

C’est à n’y RIEN comprendre.

Vous en RIEZ encore !

Ne vous FIEZ pas aux apparences, ni à la position des lettres dans les mots.

Professeur Hur Luberlu, peu FIER, de bien haut vient de retomber.

Médi Zante, son assistante, depuis longtemps chuchotait derrière son dos qu’il était fou à LIER.

Elle est depuis quinze ans fidèlement LIEE à celui dont elle se gausse des calamiteuses expériences officinales.

Penaud, regard de cocker et mèche en pétard, il la convia à LIRE les résultats de ses dernières recherches. Elle s’attendait au pire.

Tout commence un dimanche de grandes marées.

Nonchalant, il laisse traîner sa filoche rose fluo du côté des rochers à l’abri des déferlantes, la tête farcie de formules alchimiques.

Il baille, signe que l’heure du goûter est arrivée, et puis la mer qui monte menace de le noyer.

Alors qu’il garrotte d’une vieille ficelle effilochée son épuisette sur son vélo rouillé, il y retrouve ébahi des œufs de LIRI.

Retiré dans son antre au milieu des cornues, il dorlote, chouchoute ces espérances de mollusques gastéropodes. Dans l’incubateur de son athanor, il les dépose rêvant de les offrir en ragoût persillé et aillé à sa dulcinée.

A présent, comment expliquer à sa belle qu’il n’y aura pas de réveillon de la mer. L’éclosion espérée n’a pas été celle d’une bernique mais d’un minuscule oisillon de LORI arc-en-ciel. A n’en point douter, en bon perroquet, ce babillard humiliera Hur allant partout conter sa mésaventure.

Hur qui souffre d’un gigantesque complexe d’infériorité vis-à-vis de son lointain et valeureux cousin Ben Hur s’en remettra t-il?

 

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