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Les Cabardouche à la barre du défi n°247

Publié le par François & Marie

Les Cabardouche prennent la barre de la coquille pour cette quinzaine et vous proposent les sujets suivants : 

Pour le lundi 8 mars.

Voici un portrait à partir duquel vous raconterez une anecdote, vous devez impérativement utiliser les verbes suivants.

  • barguigner
  • renauder
  • vermiller
  • écuisser
  • musser

"Papy tricote" peinture de François.

D'après un  tableau de Nikólaos Gýzis

Pour le jeudi poésie du 4 mars

Vous composez un logogriphe.

Un quoi ? Un logogriphe ... Mais qu'est-ce donc que cette bête ?  Le mieux est d'aller voir la définition ici.

Vous composez donc un petit poème pour faire deviner un mot que vous aurez choisi.
Ce n'est pas facile, mais vous allez y arriver.

Pour le jeudi poésie du 11 mars

Vous composez un poème après avoir dressé une liste de métagrammes.

Une liste de quoi ? Des métagrammes sont des mots qui ne diffèrent que par une lettre, exemple :

dame /came/pâme/pare/mare/mère/père ...

Après avoir dressé cette liste, vous incluez ces mots dans votre création.

Bonne quinzaine !

 

 

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Défi n°246 proposé par ABC pour Les Croqueurs de Mots

Publié le par François & Marie

 

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ABC, du JARDIN DES MOTS lance un  S. O.S JARDINIER.

Cher Amiral, vos croqueurs sont des « motivores », en passant par mon jardin, ils ont dévoré tous mes mots. Sans mot, mon jardin de mots n’a plus de sens, il est anéanti. Demandez-leur, je vous en conjure, de m’envoyer chacun sa meilleure recette, pour que les mots de mon jardin puissent refleurir dès le début du printemps.

Consigne :
Écrire une recette simple et efficace pour réparer les dégâts provoqués par tous les « motivores ».
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                                                RECETTE.
         " REDONNER VIE AU JARDIN DES MOTS DE ABC."


La veille.
Façonner une large abaisse sablée, rappropriée et aplanie.
La quadriller.

Sans lésiner, y répartir des brassées de mots. Euh, non, des brassées de noms, nom de nom !
Sur les pourtours, regrouper
les discrets, les timides, les peureux. Bien les lier les uns aux autres.
Au centre, les exubérants, les biscornus, les fougueux et les baroques. Ils s'assaisonneront les uns les autres.

Plongez à pleines mains
dans les adjectifs.
Les trier soigneusement :
À gauche les positifs. Ploc, délicatement les badigeonner de jaune soleil.
À droite, les négatifs. Plic, les teinter d'un zeste de jaune citron.
Remarque : ils vont tous se retrouver jaune vif, alors pourquoi les avoir triés ?
Réponse : pour tester votre jugeote.
Entre les deux, réduire les neutres en les blanchissant quelques minutes.
Réservez le tout dans la réserve.

Amasser des verbes, en bottes généreuses.
Tels l'or et le vif argent, en athanor les amalgamer.
Remarque : si votre athanor a disjoncté, utiliser un four micro-ondes éteint, c'est kif kif.
Dès le début d'une effervescence - à faire frémir les mots de Noël en papillotes - répartir le tout, partout.
Être impératif avec les conditionnels.
Mêler passé et futur et tout sera plus que parfait.

Laissez reposer une nuit.

Le lendemain.
Délicatement faire revenir les fugueurs et les marginaux.
Les singer sans les imiter.
Réaliser un houblon roux blond. Pour les adoucir, y plonger les vocables de couleur corbeau.
Aromatiser d'un bouquet garni de pronoms.
Faire une chiffonnade de déterminants.
Inviter un petit ami Au petit tamis, passer les motos pompes les mots pompeux, histoire de les clarifier.
Saupoudrer d'interjections épicées.
Laisser infuser des milliers de signes de ponctuation, puis les jeter à la volée à travers une passoire.
Remarque : ne pas jeter la passoire, l'agiter de temps en temps pour passer le temps.
Mouiller le tout, sans détremper.
Laisser pousser au soleil.
Fier de ce qui vous a fait suer, admirer.
Dresser.
Inviter ABC.
Savourer !

- Bon, les copains, on va faire la chorale grammaticale, ceux qui ont les noms vous ne dites que des noms, les verbes que des verbes !

- Et c'est quoi un âge dectif ?

- Un ad-jec-tif ! Ben c'est ... heu ... C'est pour dire comment on est, quoi.

- Ah et toi tu fais quoi Marie ?

- Moi je suis la Sainte Axe, je commande la phrase !

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Défi n° 245 proposé par FANFAN 2B pour Les Croqueurs de Mots.

Publié le par François & Marie

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À partir d'une photo, d'un objet, d'une odeur, d'un lieu, Fanfan nous demande de raconter en quelques lignes un souvenir bon, gai ou triste ou une anecdote de notre enfance que cela a réveillé en nous.
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À la campagne dans les années cinquante, bêtes et gens cohabitaient de bonne grâce; les enfants de cette époque en conservent quelques souvenirs attendris.

En douce ils se régalaient de généreuses poignées de cacahuètes, piquées dans le sac de tourteaux d'arachides réservés aux vaches. Leur huit ans ignoraient l'existence de l'escherichia coli et autres sournoiseries bactériennes.

Même s'ils ratissaient à pleines mains les gamelles de pâtée des poules, jamais aucun gallinacé n'est allé cafeter. Braves bêtes !

En toute impunité - de la part des cochons - ils allégeaient de quelques patates la chaudière quotidienne de ces gros lards. La poignée du couvercle qui rôtit les mains, la vapeur qui aveugle et les Bintje qui brûlent lèvres et doigts, étaient le prix à payer pour un tel délice ! Les parents s'apercevaient à peine que l'appétit de leur progéniture était moins vif ; tant que leur dynamisme restait intact et que leurs joues étaient abonnées au rose pastel, ils n'allaient pas s'alarmer pour si peu.

Laisser le vieux chien de berger léchouiller leur tartine de saindoux, c'était pour eux avoir bon cœur.
Lorsqu'ils chapardaient un, puis deux, puis (souvent) trois morceaux de sucre qu'ils imbibaient d'alcool de menthe - digestive et vermifuge - le bon chien veillait sur leur longue sieste sous le tilleul. Chacun rend le service qu'il peut !

Ces innocentes frasques gourmandes ne mettaient pas le feu aux réseaux sociaux et n'exigeaient pas qu'une équipe sanitaire soit urgemment diligentée. Autre époque autres mœurs...


 

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Défi n° 244 proposé par Josette pour Les Croqueurs de Mots.

Publié le par François & Marie

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                   Josette nous propose de jouer sur le double sens des mots.
Écrire une brève histoire commençant par :
                  "Depuis que je loue cette chambre à des hôtes charmants..."
Inclure dans le texte les mots suivants :
                  - adresse
                  - baie
                  - grève
                  - index
                  - jour

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- Depuis que je loue cette chambre à des hôtes charmants
... en mon for intérieur je tergiverse, la louer ou ne pas la louer ?
Mes hôtes me chambrent.
- Cette chambre si bien louée est-elle vacante ?
Je vaque et ne réponds pas.
De cette chambre, je m'en balance.
Tandis que je balance du pain sec aux écureuils je mets en balance des sentiments contraires, louer ? Ne pas louer ?
Je croise un miroir qui réfléchit. Moi aussi.
Je me tâte - ai-je grossi ?
Si je traduis ce que la psyché reflète, j'ai besoin d'exercice.
En opinant du chef, je me tâte derechef. Si je rafraîchis cette chambre, je me donnerai du mouvement.
Amincie, je retrouverai de l'énergie.
Je loue !

J'aurai un petit magot, m'inscrirai au cours de judo, aurai des mollets galbés, serai légère comme fée !
Je loue ! C'est décidé.

Je loue ! Je ferai de la zumba ! Tralala !
Je dépouillerai cette chambrette de quelques vieux tralalas; je ferai des milliers d'allers-retours de la chambre au grenier, j'emprunterai l'échelle, celle à treize barreaux, douze, treiz', ça en fait des petits échelons à escalader !
Je prendrai tant de plaisir à monter, descendre, à compter les barreaux, que ça me donnera l'envie de m'inscrire au Barreau !
Me voilà avocate, amincie et locatrice ! Un bail que j'en rêvais !
Je loue !
Je loue ! vous dis-je !
J'en deviens dingue. De joie j'envoie dinguer tous mes doutes !
Je loue !
Je tranche dans le vif - je loue - en tranchant l'ananas du dessert, aïe, j'ai failli y laisser un bout d'index.
Peu importe ! Je loue !
Je souris des yeux, des fossettes et des mains en moulinettes ! Je fais ma gigolette, me prends pour Mistinguett, je louuuue !
Derrière les rideaux à jours des grandes baies je jette un regard attendri à la baie, à sa grève de sable fin qui rosit dès la fin du jour.
Quelle vue superbe.
Tout à coup, je perds de ma superbe.
Catastrophe !... Ça n'est pas mon jour, la crème anglaise a tourné...
Disparu mon fameux tour de main ?... Envolée ma légendaire adresse ?...
Fini le temps où on se bousculait à ma dernière adresse pour me soutirer le secret de "l'ananas caramélisé à la fève tonka - parsemé de graines de grenade - et sa crème anglaise à la vanille Bourbon de Madagascar", qui faisait ma renommée.
Je bats ma coulpe. Les grumeaux dans la coupe affichent l'air benoît de ceux qui ont la conscience tranquille - c'est pas nouuus ! C'est ta faute à toiii...
Je les hais.
Mon cerveau anesthésié est en grève. Le sable de la grève devient gris. Le soleil s'est enfui.
Déçus, mes hôtes ne seront plus mes amis, eux qui me pensaient fantastique.
Je ne ferai jamais ni aquabike, ni aérobic.
- La chambre n'est pas à louer. J'ai menti en la louant devant vous, elle n'est pas louable et ne sera jamais à louer. Allez-vous-en.
- Sans dessert ! protestent les hôtes.
- Il me faut améliorer le dosage en sels de plasma dans "L'ananas au sang d'index".
- ...?...
?... ?... ?

 

                Pin Pon Pin   Pin Pon Pin   Pin Pon Pin    Pin Pon Pin

- Ouuuh quel joli refrain ! PONPON PINPIN !   Et ces lumières bleues qui clignotent qui papillotent et qui tremblotent, voyez mes amis, on arrive enfin au phare, ramez mes amis, ramez sur la galère ! Bientôt nous en sortirons de cette galère ! ponpon pinpin pépère !
- Qui a besoin d'aide par ici ? questionnent des voix sorties des phares du fourgon blanc.
Dans un même axe d'index pointé, tous les hôtes désignent aux HOMMES EN BLANC, leur hôtesse... désaxée...

- Bon alors toi tu serais l'hôte, et moi par contre je serais l'hôte. Et tu devras rafraîchir la décoration dans des tons chauds pour qu'on ne soit pas en froid. Tu vois ?

- Ben...

                         

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Défi n° 243, proposé par Colette pour Les Croqueurs de Mots.

Publié le par François & Marie

Lipogramme  A.
                             ( Écrire un texte sans "a")

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C'est l'hiver.
Du côté de ce rustique lieu-dit de bergers et d'éleveurs, tout est neige.
Neige sur les buissons givrés.
Neige sur les fils électriques où l'été les hirondelles pépient, ordonnées comme épingles pour linge.
Neige sur l'herbe
roidie de gel.
Neige sur une route endormie, vierge de tous sillons.
Hors hiver des flopées de voiturées de toutes sortes y circulent; des bœufs enjougués tirent mollement jusque vers une scierie les lourds troncs des chênes; les douces juments véhiculent les édifices sensibles des meules de foin et de fines pouliches font giguer de légers tilbury.
Sur ce chemin, deux engins se meuvent d'eux- mêmes: une Citroën -deux- équidés, celle du médecin et une torpédo poussive, complice rococo d'un vieux British exilé.

Un soleil décoloré noie ce silence nivéen.
Rien ne bouge.
Subitement des corneilles s'envolent et fulminent
: des échos juvéniles et joyeux venus de l'horizon ont perturbé leur réunion, une troupe de mouflets - libre d'école le jeudi - se précipite en joyeuses turbulences sur le réservoir gelé que les grenouilles ont déserté.
Schliiii- criiiisss... en circonvolutions compliquées, les fers de leurs croquenots de bois griffent cette couche figée.
Friii Friii Friiiiii...!  Les fortiches enchevêtrent leurs surnoms; les sciures givrées des DD, GG
, PP, giclent jusque sur deux peureux restés sur berge, les humectent copieusement. Ils couinent. On les hue. Ils hésitent. Se concertent. On les oublie. Ils se précipitent, l'œil fielleux, s'embrouillent les brodequins, trébuchent, se prennent une pelle. On rit. Ils se retiennent de pleurer. Ils geignent, ouille, leurs genoux nus sont brûlés de froid. On se moque de ces empotés.


Vexés ils vont dissimuler leur moue lippue derrière une butte, pour fomenter une riposte. Bientôt ils pilonnent leurs ennemis de boules de neige cruellement bien serrées.
Les concurrents ripostent illico.
On lutte. On se retrouve le cou en rigole de froid-neigeux, le nez en compote et les lunettes boiteuses.
Puis, essoufflés et toussoteux, les oreilles coquelicot, les compétiteurs stoppent les hostilités, redeviennent compères et s'en retournent vers l'essentiel, le glissoire.
Les intrépides fusent en oblique "... 'tention ! Porthos ! Ses potes et leurs mousquets !" crie une buée de leur souffle. Vivement ils glissent vers les filles et, rudement, les dépouillent de leurs fichus.
Les donzelles trépignent de rogne, fondent sur leurs tourmenteurs et volent prestement leurs bérets - peu soucieuses de les délester d'une poignée de cheveux.
On se bouscule, on rit, on se houspille, on pleurniche - oh juste deux petits hoquets - et on replonge en mêlée.
Lorsqu'une robuste sonorité couvre le tohu-bohu - c'est le clocher qui répète "il est midi " - tout ce petit monde s'étonne et regrette que le temps file si vite.
Il est temps de rentrer chez soi.
Une ultime singerie, une dernière petite pique et on file vers son logis, trouver le réconfort d'une bonne soupe, possiblement précédée d'une mornifle - qui dégrise promptement - motif : lunettes bistournées.

« Rhooo, bin... quelle touche elles ont... Surtout que c'en est des qui sont presque toutes neuves ! Not' cousine Yèyette les eut portées seulement depuis un lustre; le verre droit est juste fêlé léger et griffuré des ronciers, oh trois fois rien. Et toi, tu les bousilles en un rien d' temps; t'es un drôle de gonze l' Dédé, moi j' dis. Et pis l' Lonlon qui bigle, y compte d' sus l' jour d' communion solennelle pour bien voir c' qu'on lui dit, qu' i' dit. Rhooo, bin mon fieu ! C'est ton problème, tu t' débrouilles, tu  r' joins les deux bouts en Stcoch... Scoch... en BIDULE qui coince, quoi ! ››


Dès le début de la semonce, l' Dédé se bricole un humble profil et devient tout étriqué.
« Rhooo, pis dis don'... R' dresse toi voir...  Rhooo, montre voir... c' que j' vois... Ton... ton...TON TRICOT... C'est' i çui qu'on conserve propre QUE pour une veille du lundi ? Viens voir montrer, que j' te dis. Rhooo, eh bin ! Bougrement voui, c'est lui ! Rhooo, et pis qu'il est tout embu, rhooo et pis tout vrillé, rhooo ! Pourquoi qu' tu l'eus mis un jeudi ? Hein ? Commère - moi voir pour voir...››
L'infortuné Dédé se trouve tout honteux, pris entre deux feux.
Nicole, première née, devine que c'est pour Simone - celle qui porte un si joli fichu bleu - que Dédé est coquet. Il veut qu'elle le repère, qu'elle s' intéresse à lui comme lui se préoccupe d'elle.
En cette moitié de vingtième siècle, cette mère ignore que son fils de neuf printemps puisse éprouver des sentiments, pour une jeune conscrite ...
D'ici presque deux siècles, des juniors riront bien de cette bluette, lorsqu'ils oublieront de prévenir qu'ils vont skier, ne rentreront que mercredi, ignorent où ils seront hébergés et s'en moquent, et retrouveront leur groupe de copines - rencontrées hier - sur des pistes de glisse fictives et régentées.
Elles seront en tenues de ski - ville, chic, dernier cri.
Elles confieront que, trop dégoûtées du soleil et du site neigeux, trop en flemme pour bouger, trop emmiellées de tout, elles se sont empiffrées de documents soporifiques sur leur iPod.
Un des dossier " l'hiver du temps des très vioques" les terrorise encore.
Elles n'ont rien pigé. C'est un monde obscur, ténébreux et irréel. Elles en tremblent.
« C'est quoi un fichu ?  une soupe ?  une mornifle ? et une mère qui embrouille son fils pour un... bidule ...un... tricot ? Inouï, non ?  pourquoi un clocher ( c'est quoi, dis ?) impose-t- il de rentrer déjeuner ? et pourquoi se retrouver "en complète tribu" ? Grotesque, non ?
« J' suis trop vénère, Myrtille.››
« C'est une prise de tête c' truc... J' llucine ! ››
« Go ? Zoé ! ››
« Go Myrtille. Tout schuss !››

 


 

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Polar Polaire 7 & Défi n°242

Publié le par François & Marie

L'épisode 7 de notre Polar Polaire inclus le Défi n° 242 proposé par Jill Bill   ( ici) pour Les Croqueurs de Mots, qui nous suggère «L'invitation méphistophélique» avec un mot imposé : «Hexakosioihexekontahexaphobie »

Résumé : Il y a quéqu'in qui a frappé à la porte ...

Il était une fois une Maryline
secrétaire compétente et dynamique.
Il était la même fois un Antoine-Lucien,
compétant et dynamique, patron de ladite Maryline.
Tout se passait au mieux.
Jusqu'au jour où un démon entra dans la peau du patron.
Il se mit à harceler sa secrétaire.
Le Antoine-Lucien vira mocheté.
Maryline ne put virer moche puisque, sans le faire exprès,
elle était née jolie.
Pourtant le rose de ses joues se grisa, son sourire se pinça, la brillante étincelle de ses yeux s'enlarma.
Sur l'épaule de Marie son amie, elle vint s'épancher.
Marie vit rouge, enfila son ciré noir et ses bottes roses.
« On va lui régler son compte à ce Antoine-Lucien. ›› décida-t-elle en prenant le chemin de la forêt et la main d'une Maryline éplorée sans bottes et sans ciré.
Dans le sous bois elles traquèrent l'entolome livide toxique, dénichèrent le clitocybe nébularis franc comtois ( pas du tout franc du collier), qu'elles mêleraient à une boîte d'inoffensifs champignons de Paris.
Elles s'en revinrent crottées, le brushing en parapluie et la goutte au nez.
Pour le Antoine- Lucien invité, elles concoctèrent un menu mycologique peu équilibré mais néanmoins goûtu.

                                                     
POTAGE FORESTIER
                                                OMELETTE FORESTIÈRE
                                            
CÔTE DE VEAU FORESTIÈRE
                                                               ____
                                              VRAIE TRUFFE PÂTISSIÈRE

(Il fut décidé que le "cocktail spécial" ne serait réservé qu'à la côte de veau - il fallait bien que les cuisinières se sustentassent. Par précaution elles prirent un antidote charbonné qui leur fit des sourires ténébreux de chauves-souris.)
C'était l'été de la St Martin, la table fut dressée dans le jardin.
Il s'était mis sur son trente et un le Antoine - Lucien.
On se régala de l'onctueux du potage. On complimenta l'omelette baveuse à souhait.
Lorsque la côte de veau arriva, l'appétit des dames déclina, alors que persistait joyeusement celui de Antoine-Lucien.
Il se régala.
Pourtant ses hôtesses s'aperçurent que, de temps à autre, discrètement, Antoine-Lucien catapultait dans le gazon quelques fourchetées de champignons.
Confus, se sentant découvert, il expliqua aux maîtresses de maison qu'il souffrait d'un mal étrange, la
hexakosioihexekontahexaphobie.
Face à leur airs interrogateurs il avoua que le chiffre six cent soixante six, symbole de la Bête de l'Apocalypse, code de Satan, le terrorisait.
Sa phobie était liée au moindre "six".
Pas question d'acheter six œufs, les années en six, il se terra. Il enjamba la classe de sixième, il ne mit jamais un pneu sur la nationale six. Il redouta de mesurer un mètre quatre vingt six - sous la toise il se tassa- et, depuis toujours, il jette systématiquement la sixième bouchée de nourriture - c'est pour lui une aubaine que l'on dinât au jardin, il n'a pas à dissimuler "les bannis" dans sa serviette.
Comme il avait remarqué certains champignons d'un rosé translucide - les plus redoutables - par jeu, ils choisit de les offrir aux limaces.
Il se trouvait qu'il avait des ancêtres mycologues dont il avait hérité les prénoms et il...
« Drinnnnnn, drinnnnn, drinnnnn... Allo Marie ! J'espère que je ne te réveille pas !...››
« Sss...si... nonnonon !... Non, oui, euh non, j'étais réveillée, ouh la, depuis longtemps. Comment vas-tu ma jolie Maryline ? Et ton mari Antoine-Lucien, ça va ? ››
« Nous allons très bien ! Ça te dirait de nous accompagner en forêt pour une cueillette de champignons ?››
« N...no... Oh mais ! oui ouioui...››
Ouf ! cette histoire sordide n'était donc qu'un mauvais rêve... Ouf ouf ouf ! Tant mieux, je suis soulagée de ne pas être une criminelle !
Vous imaginez la tournure des interrogatoires :
Merlot « Alors comarate Marie, c'est bin vous qu' z' avez dit : on va l' zigouiller eul' l'Antoine- Tintin ?››
Vira « Mon chou, si vous nous aidez, ça ira plus vite, mumm ? ››
Flagellant « Le nom du coupable Marie, et vous aurez un croissant. ››
Qu'ils s'en aillent voir ailleurs !
Allez Marie, debout ! Tu ne vas pas nous faire une crise de bufonophobie ?
Bufo... ???

Les fins limiers vont sans doute nous éclairer.
Merlot ? « Bufflonne au scopie ?... Quo qu' c'est qu'ço ? Pas fastoche...››
Vira ? « Bu phono copie... ? Euh... Vous pouvez traduire, mon lapin ?››
Flagellant ? « Buffet des cookies ? C'est une nouvelle viennoiserie ? ››
Et vous Mama Santa ? « Eh eh, tout facile, c'est la peur des champignons... vénéneux.››
Bravo Mama, vous avez droit à une crêpe !

Publié dans Bande Dessinée, Défis

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Défi 241 suite

Publié le par François & Marie

Défi 241 suite

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Défi n° 241 proposé par Lénaïg pour Les Croqueurs de Mots

Publié le par François & Marie

Lénaïg a dit : « Nous choisirons chacun(e) un tableau célèbre, si possible l’un des 22 exposés dans l’article joint, ICI, et dans un petit texte en prose ou en vers nous devrons l’évoquer sans le nommer, donc le faire deviner. Pour corser le défi, nous devrons glisser dans notre présentation au moins l’un des mots suivants (ou tous) :
chaise-longue, oiseau,
arrosoir
..................................................................................................................
la solution apparaitra en image, mercredi.
.......................................................................................


Il ne pleut pas.
Ici s'il pleuvait, pour sûr il tomberait des hallebardes.
Des lames si drues qu'elles feraient craindre pour la chilienne en toile de l'étrangère d'à côté.
De loin, j'observe cette oisive qui chaque jour fait chaise longue, harassée d'avoir promené un quart d'arrosoir au- dessus de ses rosiers.
Parlons-en de ses rosiers ! Des sauvageons exubérants qui parasitent une terre fertile et grasse...
Fichtre, quel gâchis.
Elles les laisse vivre sans contraintes, coiffés à la diable, comme "elle". Ne sait-elle qu'une dame qui se respecte rattroupe sa chevelure, la noue, la discipline, ne tolère que l'échappée maigrichonne discrète d'une unique mèche ? 
"Elle" le sait et pourtant ostensiblement s'en moque.
J' envie tellement sa liberté. Je la déteste.
Savez-vous qu'elle converse avec ses rosiers - n'a-t-elle rien à faire de plus utile ?
Planquée derrière les larmes roides de mon rideau, je la guette. Désinvolte, elle gâche son temps à virevolter dans son fouillis de verdure. Elle pépie comme un oiseau, elle fait des ronrons à ses roses pompons.
Foutaise !
Qui, par ici oserait se ridiculiser en parlant aux fleurs ? Elle.
Qui, par chez nous se risquerait à roucouler des compliments aux boutons de roses ? Elle.
Qui se permettrait de manquer de décence ? Elle encore. Pour preuve cet oripeau vaporeux bleu azur qui flotte sur ses épaules, est-ce de la bienséance pour cette veuve d'à peine cinq années ?
Je jalouse son inconvenance. J'exècre son mépris des contraintes.

Lui, le regard fixe, ne dit mot.
Il ne semble accorder aucun intérêt à cette voisine.
Pourtant, sa carcasse sévère, grave et immobile n'est que mensonge, son en - dedans sait tout de ses ces grasses terres mitoyennes.
Il les désire, s'imagine les ceinturer, les dompter - en planches de choux raves tirées au cordeau - les mater - en chicorées rectilignes et amères.
Un jour il les apprivoisera, il le sait. Elles lui appartiendront.
Personne d'autre que lui ne les approchera, il l'interdit.
Il est patient, calme, déterminé.
Les yeux grands ouverts, il veille.
Il ne craint rien, il est paré.

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Voir tous les tableaux ici.
 

Publié dans Défis

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Défi n°240 proposé par Martine "Quai des Rimes" pour Les Croqueurs de Mots.

Publié le par François & Marie

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Martine nous suggère:
"
Imaginez-vous vingt quatre heures dans la peau d'une personne du sexe opposé.
Racontez-moi votre journée et votre nuit."
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Rosalie frissonna. L'automne taquin se prenait pour décembre.
Demain, c'est nuisette en pilou, promit-elle en s'emballant jusqu'aux cheveux dans la couette aux volants roses - en parfait mimétisme avec un cordon de guimauve taille SUPER XXXL.
La guimauve eut un sommeil agité.
Il faut noter que sa fin de journée avait été chambouleuse; "sa bande" l'avait entraînée dans une fête foraine. La cacophonie des flonflons, les effluves sucrés et le tangage des manèges l'avaient saoulée.
Passive comme une mécanique elle s'était laissée emporter par Lucienne - qui voulait tout connaître de sa destinée - jusqu'à la roulotte drapée de nuit et enfumée d'encens d'une Madame Irma, pancartée esstralucide (sic).
Tandis que la devineresse charmait de sa voix savamment rauque et monocorde une Lulu béate, Rosalie n'avait qu'une envie, se fondre dans les tentures sombres. Elle fixait la pointe de ses bottines en espérant devenir transparente et, du même coup, occulter les yeux peints, la tignasse rouge et les griffes laquées de noir de la sorcière.
Cette Irma lui faisait froid dans le dos.
À contrario, Lucienne, frémissante et pourtant figée en statue de cire au sourire benêt et regard d'illuminée, fondait sous les prunelles charbonnées de la lucide esstra. Il n'eut pas été surprenant de retrouver la donzelle en flaque molle sur le lino ou en lévitation sous les drapés du plafond.
L'ensorceleuse cessa son blabla, délesta Lulu de cent balles sans que la naïve se départisse de son masque béat. Elle esquissa même une sorte de révérence - génuflexion et sortit à reculons - il eut été irrévérencieux de présenter à son idole la partie la moins digne de son individu.
Rosalie se précipita pour suivre son amie. Involontairement elle croisa le regard de la gourou qui lui murmura « Bonne nuit Raymond. >>
Interloquée Rosalie marqua un temps d'arrêt.
« À demain Raymond. >> ajouta la voix doucereuse.
Peut-on fuir le souffle coupé et les jambes en coton ? Rosalie le put.
De son côté Lucienne, sur son nuage rose, ne s'aperçut pas que son amie l'avait plantée là.
Rosalie se barricada dans sa maison, se réfugia dans son lit et sombra dans un sommeil houleux et agité, un sommeil de pleine lune.
Elle fit un cauchemar où on l'appelait ... Raymond
. Son esprit hurlait son désaveu, pourtant sa voix empâtée ne traduisait ce désaccord qu'en maigres borborygmes incertains. Elle boxa ses oreillers, botta, talocha, rudoya sa couette. Une chrysalide qui s'échine à devenir enfin papillon n'aurait pas fait mieux.
Au matin Rosalie s'étira, envoya valser couverture et coussins. Elle abreuva son cerveau d'une bonne goulée d'oxygène en bâillant largement et fort peu élégamment - elle eut été en société, jamais de la vie elle ne serait laissée aller à ce manque de savoir vivre, bien entendu.

EH LÀ ! ATTENDEZ !
Vous avez dit " bien entendu"... En-tendu... Entendu ? Entendre : "percevoir par l'oreille"...
L'inconscient de Rosalie lança une alerte à son ouïe, sa cervelle fit galoper sa mémoire.
Elle voulait en avoir le cœur net : comment ses baîllements avaient-ils été perçus par ses oreilles ?
L'oreille ne se fit pas tirer l'oreille pour avouer à Rosalie que ses dernières baillées n'étaient aucunement comparables aux
petits piaillements de souris habituels, elles avaient atteint des décibels élevés, rauques et puissants.
« Rauques ! cela signifie "gutturaux"... s'étonna Rosalie. Puissants, cela revient à dire robustes, musclés, voire virils... ô la cata !  VI-RILS ... >>  hoqueta la demoiselle.
Son estomac inventa des nœuds tarabiscotées, ses tripes se tricotèrent en mailles compliquées.

Bouleversée elle sauta du lit, enfila ses petites mules à pompons et patatras, s'écroula : seuls deux orteils de chacun de ses pieds avaient réussi à se caser dans ses pantoufles.
« Horreur ! Qui a oublié ses énormes doigts de pieds dans mes duvets de cygne ? >>  hurla-t-elle paniquée.
Elle courut jusqu'au grand miroir; il faillit y laisser son tain, ce scélérat osait refléter un être éberlué, barbu, hirsute, les sourcils en jachère. Rosalie défaillit.
Comble du comble, une empreinte d'oreiller, un grand "R", barrait une des joues de l'individu, sans réussir à lui donner grand air.
« "R" c'est Rosalie >> se rassura-t-elle.
« "R"... c'est aussi... Raymond. >> murmura doucereusement sa mémoire
Maudite soit cette sorcière maudite.
Rosalie hurla de rage. Raymond en perdit le souffle.
Rosalie devint muette. Raymond se tut.

Longtemps Rosalie resta prostrée. Raymond cafarda, longtemps.
Rosalie s'empiffra de chocolats. Raymond eut une crise de foie.
Rosalie fut saturée de sucré. Raymond dévora du saucisson.
Rosalie, de guerre lasse, accepta son nouveau statut. Raymond avait eu chaud, le vent du boulet l'avait frôlé.
Elle décida de s'approprier son nouvel aspect, en l'améliorant, l'esstralucide n'avait pas gâté le Raymond. Il se soumit.
Elle s'attaqua au débrousaillage. Il laissa faire.
Les cheveux : un shampooing énergique les révéla brillants, elle en fit un catogan.
Le système pileux du visage lui donna du poil à retordre.
Les sourcils ? De buissons ils devinrent jardinets.
Les rouflaquettes et autres favoris furent sauvagement dévorés par les crocs de la tondeuse.
La barbe, longue et fournie, passa par la case bouc et sparadrap rose. Le bouc devint mouche. La mouche fut rasée et le menton imberbe s'orna d'un second sparadrap.
Elle ne conserva qu'une très élégante moustache bouclée en guidon de vélo.
Elle se trouva beau.
Elle camoufla sous des vêtements chics et décontractés ses mollets velus et son torse duveteux. Elle haït les boutons cousus à droite, il les recousit à gauche, paf, sur les boutonnières - quel nigaud.
Elle coupa courts et sans chichis ses ongles, sans ce vernis qui tourne de l'œil dès qu'on a le dos tourné.
Elle enfila sans précaution des chaussettes dépareillées et à peine trouées - quel pied !
Elle étala ses dix orteils dans deux mocassins d'une voluptueuse platitude antidérapante et adopta la démarche "longs pas décidés", livrée avec.
Elle musarda, nez au vent, mains en poches - adieu bandoulière de sac - trois kilos - qui coince le deltoïde, pyromanise les tendons d'épaule et déstabilise les trapèzes - et se démode tous les trois mois.
Elle perdit ses clés qui débordaient de ses poches. Il dit que ça ne lui était jamais arrivé. Il mentait.
Elle ne s'encombra plus d'un parapluie - à savoir : la pluie ne détrempe pas l'Homme - que diable il n'est pas en sucre et supporte stoïquement un déluge, sans craindre pour son brushing.
Il perdit son écharpe, ses gants et son bonnet. Elle eut une angine, des engelures et un rhume de cerveau.
Il ne cuisina plus qu'en casseroles. Il avait une trouille bleue de l'engin qui cocotte en une minute et explose deux fois sur une. Elle rangea sa cocotte et s'enquit des tarifs du traiteur le plus proche.
Elle voulut dormir à droite, lui aussi. Il dormit sur le canapé. Elle aussi.
Il lui dit qu'elle ronflait, elle répondit c'est pas vrai. Elle mentait.
Elle fit pipi debout. Elle détesta, le vent était contraire.
« Coupez ! C'est bon, c'est dans la boîte, cria le réalisateur. Merci. À demain huit heures pour la séquence "Rosa-Raymond retrouve Madame Irma."  >>

 

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Défi n° 239 proposé par Jeanne FADOSI pour Les Croqueurs de Mots

Publié le par François & Marie

Jeanne nous invite à écrire un petit texte en prose ou en vers portant sur un moment dans lequel l'électricité a joué un rôle particulier.
                                        Mots imposés à inclure : ambre, ampoule, appareil.
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Le lointain grommelle. Poliment, un orage s'annonce.

On rassure les p'tiots.
« C'est le vieux Père du ciel qui joue aux quilles ›› ou  « qui roule ses tonneaux !›› À chacun ses dires.
Il en faudrait bien plus pour rassurer la Léontine.
La Léontine est une vieille dame proprette - à la campagne on ne dit pas coquette, on laisse ça aux Parigots - chignon poivre et sel soigneusement épinglé, blouse gorge de tourterelle impeccable, fichu gris perle, bas anthracite. La Léontine est un vivant camaïeu de gris chaussé de sabots à brides ambres et fines.
Elle vit seule dans sa maison aux glycines depuis que son fils, puis son mari, ont eu la mauvaise idée de s'en aller donner un coup de main au rouleur de barriques.

La Léontine, pourtant une sainte femme, exècre deux choses dans la vie, les buses qui planent au-dessus de son poulailler et les orages.
Les buses, elle les déroute hors du village en s'égosillant Chouuu labuuuse, (chou : oust) et agitant avec frénésie vers le ciel son antique balai de genêts, rustique "appareil" supposé épouvanter les pilleuses de poulaillers.
Pour les orages, c'est une autre affaire.
Alors que son vieil ennemi n'en est qu'aux prémices, vitement elle
barricade les volets de sa maison, attrape un grand sac en toile cirée noir, chausse ses sabots en bâclant un signe de croix, donne deux tours de clé et fuit.
La Léontine file se réfugier chez ses voisins.
Non, non, pas chez les plus proches - il y a plus de cinquante ans, ces pingres-là ont escroqué ses parents lors d'un échange de maigres lopins labourables - dès qu'il s'agit d'un affront fait à leur terre ( leur coffre fort), les paysans ne se ramicolent (réconcilient) pas facilement.
Elle s'en va trouver du réconfort auprès de vrais de vrais bonnes gens, le Léon et la Marie, même s'il lui faut longer la ferme de c' tès vouleux d' balle tarre (chez ces voleurs de belle terre). Elle les ignore, tête haute, regard lointain, plus droite que droite, plus digne que digne, elle se force à saboter (marcher en sabots en faisant le plus de bruit possible), sa conscience de brave femme essaie de temporiser son en - dedans qui fulmine et récite, en guise de mauvais sort, un intraduisible chaplèt à la r' bos (chapelet à l'envers, à rebours).
La nuit progresse. La Léontine presse le pas.
La ferme des Léon-Marie est la dernière en bout de chemin. L'ampoule de leur lampe de cour claire (est allumée), tant mieux se dit la Léontine, ça économisera ma pile (lampe de poche). Une élide (un éclair) brusque ses pas, le tonnerre rétaque du' (résonne dur), épouvantée elle franchit la cour en moins de deux et quasiment se jette à l'intérieur de l'uteau (cuisine et pièce principale); par bonheur, la porte n'est jamais fermée à clé, même lorsque les occupants vaquent à la traite et aux soins des bêtes.


Guidée par le lusot (petite lumière) tremblant de sa pile, la Léontine atteint le fond de la salle.
Calée entre le coin du mur et la grande armoire bressane, "sa" chaise l'attend, une catalogne (couverture) chaude et râpeuse pliée sur le dossier; c'est là où elle vit les orages depuis quinze ans.
Elle éteint sa pile Wonder, s'assied dans le noir, rattroupe sur ses genoux la couverture et son grand sac en toile cirée noir. Ce cabas, que contient-il ? Nul ne le sait. C'est son petit trésor à elle; sans doute des photos, le missel de son fils séminariste déporté pendant la guerre, peut-être la casquette de son mari mort de chagrin peu d'années après son fils, quelques économies... Tous les trésors de sa vie gonflent à peine les flancs de sa modeste besace.
Pour ne plus voir l'obscurité elle ferme les yeux.

Elle sort de sa poche son fidèle chapelet, celui de sa communion solennelle et commence à l'égrener. Un éclair...un sursaut... elle s'y perd dans les grains, chaque coup de tonnerre l'emberlificote dans ses Avé - t'inquiète ptiote, le Bon Dieu n'est pas à ça près - la rassure sa bonne conscience.
Un mince soupir lui fait réaliser qu'elle n'est pas seule,
« T'es don' là, l' chin ? (chien), on est bin deux pôv' pouèrouses (peureuses) hein don' ?››
Sous la grosse armoire un mince couinement lui répond, c'est Finette, une jeune chienne toute fluette; cette petite maille qui, en temps ordinaire sait se faire respecter d'un troupeau de vaches, se retrouve pelotonnée sous le grand meuble dès qu'elle flaire le tonnerre.
L'orage va, vient, s'entête, s'étiole. Peu à peu la pluie calme le courroux du ciel.
Finette tremblote, s'apaise, tremble encore un peu puis s'endort.
La Léontine sursaute, perd la foi, la retrouve, balbutie encore quelques bribes des pieuses dizaines, finit par s'assoupir.
Dans le noir le silence s'installe.
La Finette ronflote. La Léontine aussi.
La Marie en a terminé avec la traite du troupeau. Abritée sous une grand' sache (sac de jute, replié en capuchon
pointu, sorte de KWay à l'ancienne ) elle "se" rentre. Elle protège en la calant contre elle, une grand' trappe (une jatte à lait en terre cuite vernissée) pleine de trois ou quatre litres de bon lait chaudôt et moussu. Elle grommelle toute seule « Ah, y'est bin beau c' te nouvale électric, mais faut aller charchi l' bouton d' l'aut' bout d' l'uteau, 'rheusement que j'cougnais bin ma  majon.››
Dans le noir elle avance en comptant les six pas qui la séparent de l'interrupteur en bakélite. Elle en tourne l'ailette et... déclenche un tabarnacle d' capharnaüm !

Qui est responsable de ce bazar ?
Qui ?
Bin... On ne peut dire, Monsieur le Commissaire...
Qui a commencé ?
Bin...
On interroge la chronologie des faits...
Clairement :
Est-ce le cri d'effroi de la Léontine terrorisée par la sache ambulante qui déclencha les abois apeurés de la Finette qui suffoquèrent la Marie sous sa sache d'où s'échappa sa jattée ou bien le vice du versa qui déflagra trappe et lait sur le pavage que lapa lape et relape le toutou tout fou-fou ?
On aimerait que jaillisse une idée lumineuse dans l'obscur méli-mélo de cet embroglio.
Le coupable...
serait-ce l' électricien
qui a placé trop loin
de la porte d'entrée
l'interrupteur papillon
de la fée électricité ?
On ne sait...
« À table vos tou', y' a èn' bonne soupe à l' ugnon !››

Marie, même sans électricité, sait faire briller les yeux de la petite assemblée !

 

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