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Défi n° 196 (" NUIT ET JOUR ") proposé par Colette pour les Croqueurs de Mots.

Publié le par François & Marie

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Colette dit :

" Je vous  propose deux mots : NUIT et JOUR. À partir de cela, écrivez un petit quelque chose en prose ou en vers".

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Résultats de six jours de cogitations diurnes et de trois minutes de réflexion nocturne :

La nuit elle festonne des carreaux et des jours échelles, le jour elle récure les carreaux perchée sur une échelle.

La nuit ? pffi, elle n'a aucune personnalité, c'est une copieuse qui tombe quand elle voit le jour tomber.

Le jour est un gros trouillard, il recule lorsque la nuit avance.

La nuit des temps, le jour crispe ! (gloups !)

Nuit polaire, jour de braise. (réversible !)

Mieux vaut en être à son premier jour plutôt qu'à sa dernière nuit...

Nuit sans sommeil, jour sans réveil. (nul besoin faire sonner son JAZ)

Nuit blanche = jour sombre.

Il passa sa nuit franche dans la pénombre d'un faux jour. (On dispose d'une "nuit franche" quand on est dispensé de prendre son quart... Conclusion : on prend le train, le bateau ou l'avion)

Il n'est pas indécent de conserver sa chemise de jour la nuit, mais il est plus délicat de se balader au grand jour en chemise de nuit...

Ach... encore une impossible rencontre : le jour descend, la nuit monte...

Quoi de plus logique que de prendre du café au lait au p'tit dèj', puisque le lait du jour blanchit le café noir de la nuit.(j' n'aime pas le thé...)

Donner le jour, c'est généreux, reprendre la nuit, c'est filouter !

On promet : demain il fera jour, jamais : demain il fera nuit, en douterait-on ?

Ce qu'on étale au grand jour où le planque -t-on pour la nuit ?

On met une question à l'ordre du jour, jamais au désordre de la nuit.

Un œuf du jour l'est-il encore après qu'il a passé une nuit ? (et les z'œufs garantis frais des pâtes, le sont-il toujours après un mois passé dans l'ombre de votre placard ? À s'interroger urgemment)

Les nuits sont des coquettes, on fait allusion aux vieux jours, jamais aux vieilles nuits...

L'air pincé, Madame De Toutbienlàoùkifot morigène sa nouvelle soubrette,

- Combien de fois devrai-je vous le répéter ma fille : on enferme le vase de nuit (qui n'odore pas la rose) dans la table de nuit, alors que, sur la table de la salle à manger, on dépose le vase des roses du jour. Sachez que je ne tolèrerai pas que cette bévue se reproduise une troisième fois.

 

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En avent les ptiots ! #2

Publié le par François & Marie

Un nouveau gugus

 

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En avent les ptiots #1

Publié le par François & Marie

Mais qui voilà ?

 

 

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En avent les ptiots ! #0

Publié le par François & Marie

Nous voici déjà au mois de décembre ... les Ptiots vont certainement vivre

de nouvelles aventures !

 

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Défi n° 195 (" Edmond ") proposé par " La cachette à Josette " pour Les Croqueurs de Mots.

Publié le par François & Marie

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                                     " Je vous présente Edmond ! "

À partir de ce tableau (vu dans une brocante), racontez une histoire courte en incorporant les mots : ciel, chaussure, coq, couronne, crapaud ."

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Edmond boude. Il est bougon-chiffon.

-  C'est bien ma veine... il a fallu que ça tombe sur moi... Me voilà coincé, contrôlé par ces deux corbeaux gris aux bajoues flasques, aussi gais que le jour des défunts.

Et pendant ce temps, que font les autres, mes copains de récré ? Je les entends chahuter, taper du ballon, claquer des billes et rigoler en se faisant des croches-pattes.

Tout ça parce qu' ELLE, la Corneille, après m'avoir discrètement observé, m'a choisi, MOI, m'a désigné, à LUI, le curé.

Elle a dit qu'elle en est sûre et certaine, que le ptiot t'Edmond a rigoureusement le bon calibre, le bon gabarit, bref, les bonnes mensurations.

Elle a bien dit " ri-gou-reu-se-ment ", simplement après avoir observé mes chaussures, elle est fortiche la Corneille, elle a l'œil.

D'un ton ferme elle a affirmé,

- Curé, c'est bien connu, la pointure de l'humain correspond TOUJOURS à la taille de son avant-bras. Causez-en donc au Léonard de Vinci et au François de Cabardouche, eux savent ça, d'instinct.

Vexé, curé a pincé ses inexistantes lèvres, l'a toisée, regardée de travers. Ça n'est tout de même pas à LUI qui a potassé le Latin, la théologie, la philosophie et les Évangiles pendant de longues années, que la Corneille va en remontrer !

Et moi l'Edmond, dans tout ça ?

Maintenant que la rigolote a vendu la mèche, je suis bien obligé " d'avaler le crapaud ".

Bon, d'accord... je me suis laissé acheter par la félonne; en échange du service que je leur rends, elle m'a promis une bolée de gaudes* qui sentent si bon la noisette, j'en raffole. J'ai cédé.

Je sais, je sais, j'ai été aussi faible que le fut Esaü qui vendit son droit d'aînesse contre un plat de lentilles...

Oh ! et puis après tout, je ne suis pas Dieu et... les gaudes au lait sucré, c'est trop cool ! Pourtant, ça ne l'est pas au point de me demander de faire risette aux deux sombres statues. Je les ignore. Je vais tenir mes yeux bleu ciel levés vers le ciel, en attendant que " ça prenne." Combien de temps le noiraud a-t-il dit qu'il fallait patienter ? de vingt à quarante minutes... c'est longuet, je me suis fait berner, j'aurais été en droit d'exiger DEUX bolées.

Sans l'observer, je sens que curé tend le berceau de ses deux mains crochues vers le plâtre humide et froid qui emprisonne mon avant-bras. Il veut protéger SON moulage, impatient, il semble l'encourager à accélérer la prise. Il y tient. Ce sera SON œuvre. Elle est d'envergure : il s'est mis en tête de changer le coq de SON clocher; il le veut géant, le plus haut du canton. Serait-ce pour contrebalancer l'insignifiance de sa propre silhouette, si grise et si maigrichonne ?

Il a tatillonné des nuits sur des règles de trois à rechercher le point G calculer et recalculer la résultante G, il a chipoté sur la gravité, la masse, le volume, n'a rien concédé à la pesanteur et ouf a finalement réussi à évaluer le point d'équilibre de SON énorme volatile et sa SURFACE DE BASE.

D'après la Corneille espionneuse, ce dernier résultat correspond parfaitement aux mensurations de mon avant-bras. J'apprends, en même temps que vous, que je suis sacré " mètre étalon es pattes de poulaille " !

- J'ai une idée curé, a suggéré la Corneille, pendant qu'on tient le ptiot t'Edmond, si on prenait son crâne d'œuf en gabarit pour la couronne de votre volaille...

Quoi ! Sombre Corneille a osé prononcer " crâne d'œuf " ! Edmond est furax. Sa mémé l'aime bien, elle, ce crâne d'œuf, elle en est très fière, même qu'elle l'appelle affectueusement son joli petit Modigliani.

Edmond va se venger. Il va jouer un sale tour à ces deux profiteurs.

Ils ignorent que, lorsqu'il se met en apnée, il peut à loisir faire se boursoufler ou dégonfler le pourtour de sa tête.

Docilement il se laissera mensurer le crâne, ce beau crâne oblong qu'il aura enflé au maximum.

Lorsque curé auréolera son œuvre, le fier coq et son Maître vont avoir l'air fin ! La couronne bien trop large pendouillera penaudement de guingois, sur les barbillons du poulet !

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* les gaudes (toujours au pluriel) : bouillie de farine de maïs torréfiée, mélangée à du lait, en Bresse, Bourgogne Franche- Comté.

 

 

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Défi n° 194 (" Cygne ") proposé par Lénaïg pour Les Croqueurs de Mots

Publié le par François & Marie

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Apporter à la photo une légende en vers ou en prose.

Une seule contrainte : inclure une des trois citations :

" Les difficultés commencent : c'est le signe de la réussite. " (Le Schpountz- 1938- de Marcel Pagnol)

" À quoi bon avoir un ami, s'il faut lui faire signe pour qu'il regarde, et tout lui dire pour qu'il comprenne ?" (La lumière qui s'éteint -1900- de Rudyard Kipling)

" La mémoire est faite de tiroirs pratiques qui s'ouvrent ou se ferment pour simplifier notre vie. C'est un signe de médiocrité de vouloir se souvenir de tout." (Les larmes de Lucifer -1989- de René-Jean Clot)

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Hier encore, légère, gaie et  insouciante, Dame cygne plongeait et replongeait allègrement dans le bassin; toute guillerette elle folâtrait les pattes en l'air et le croupion pointé vers la lune.

C'était hier.

Aujourd'hui la voilà qui mélancolise recroquevillée sur la berge.

Le bec enfoui sous son aile au plus profond de la douce douceur du duvet doudoux, elle soupfire et  murfmure d'une pfetite vfoix qui se fifssure - bon sfang qu'est ce que j'aifmerais des tfous pfetits cyfgneaux...

Pfouh pfouh - pas facile de causer dans du doux duvet doudoux - elle se fêle, elle crafouille; en loucedé il se pourrait même qu'elle ait larmé quelques eaux transparentes et salées, aussitôt goulument lapées par le doux duvet doudoux d'une douce douceur.

Basile, le Monsieur cygne, n'aime pas sentir sa cygnette en souffrance.

Il a perçu ses soufpirs. Il n'a pas inventé l'eau tiède mais il n'est pas sourd.

Pour avoir entendu les employés municipaux potiner autour du plan d'eau, lors de leurs réitérées pauses - dodo - du - râteau, il sait qu'en ville il trouvera ce que réclame Dame cygne. Il connait même les endroits précis où les dénicher, les municipaux, qui veillent jalousement sur l'inertie de leurs manches d'outils en les étreignant de très près, ont vendu la mèche :

- Pendant la grande quinzaine commerciale, les PONTES vont, comme d'hab' s'activer et nous escagasser en exigeant de disposer des signaux, bien proprets, triés sur le volet, à chaque carrefour.

Quelle aubaine pour Basile !

Aussitôt il se met en marche vers le centre ville, s'immisce dans l'impressionnante file d'énormes engins bizarres qui vrombissent, clignotent et puent en klaxonnant; fièrement il les défie en tortillant du troufignon et en sifflant entre ses dents.

- Ach ! Les difficultés commencent : c'est le signe de la réussite, se réjouit-il, je m'en vais dégoter tout plein de petits SIGNAUX pour ma cygnette adorée.

Lorsque Basile, dans un grand fracas, lâchera près des palmes de Dame cygne une brassée de panneaux de signalisation, elle hésitera une fraction de seconde entre l' ÉTRANGLER puis le HACHER menu menu menu en quart de confettis ou bien pff, résignée, lui sourire niaisement.

Son Basile n'a certes pas inventé la machine à courber les bananes, mais ce dadais lui donne tellement de signes de générosité que déjà sa colère est retombée...

 

 

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Défi n° 193 " Ça me fait une belle jambe ", proposé par Martine " Quai des rimes " pour les Croqueurs de Mots.

Publié le par François & Marie

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Écrire un texte qui a pour titre " ça me fait une belle jambe ", en prose ou en vers.

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                                        Ça me fait une belle jambe

Il est une fois Aglaé

agréable jeune fille à la taille bien tournée,

aux yeux rieurs et mignon petit nez.

Pas si mal, direz-vous, le tableau d'Aglaé ainsi brossé.

Hélas, hélas, hélas ses jambes sont arquées,

les ongles de ses orteils, incarnés

et ses roides mollets sont très laids.

Maudite, elle a hérité de chevilles boursoufflées

où se cramponnent en spatules deux pieds, pas jolis à regarder

et des genoux cagneux, condamnés à loucher.

Aglaé en est souvent démoralisée.

Eulalie, sa fidèle amie,

tâche de la dérider,

au sujet de tout et de rien elle pépie :

- Aglaé ! sais-tu que l'essence va encore augmenter, elle sera hors de prix !

- Ça me fait une belle jambe ! je me déplace vélocement en vélocipède, de jour comme de nuit.

- Aglaé, les radis sont pourris et le salsifis est frit...

- Ça me fait une belle jambe ! je ne festine qu'en fricot de venaison et juge haineusement le végétable cru ou cuit.

- Aglaé, imagines - tu ! vingt cinq ans est la durée de vie de dame turbot !

- Ça me fait une belle jambe ! ce serait vraiment malplaisant de partager avec elle, pendant un quart de siècle, mon lavabo !

- Aglaé ! écoute cette ignominie : paraitrait que les spaghettis vont se trouver raccourcis de trois centimètres et demi...

- Ça me fait une belle jambe ! les seules pâtes qui m'appâtent sont les malicieuses petites coquillettes, trop croquignolettes quand elles se débinent de ma fourchette !

- Eh ! Aglaé ? Ça va ? Explique-moi... te voilà toute guillerette.

- ♪ Ça me fait une belle jambe ! ♫ Ça me fait une belle jambe !

C'est incroyable Eulalie ! chacun des dithyrambes

en faveur d'une belle jambe

m'a fait tour à tour retrouver, ô merveille, deux mollets bien galbés,

dix petits ongles roses enfin libérés,

des chevilles fines comme celles d'une poupée.

Disparus mes genoux bigleux !

Envolés mes pieds plats !  bye bye adieu !

Ah ! la belle jambe que ça me fait, je n'en crois pas mes yeux !

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Proverbe de Maxime, d'Adage et de Dicton :

N'envoyez pas aux plosses* - peuh ! ça me fait une belle jambe -

les amicaux babils,

combinez-les plutôt à la méthode Coué,

il se pourrait qu'avant le temps des prunelles

ils vous fassent jambe belle.

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* Rhââ ! bon... d'accord, on devrait dire " aux pelotes ", mais avouez que c'eut été incongru de parler ici de peloton disciplinaire alors que notre dialecte jurassien offre les plosses, en fruits du prunelier.

 

 

 

 

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Défi N° 192 (" une heure de votre vie ") proposé par Jeanne Fadosi pour les Croqueurs de Mots.

Publié le par François & Marie

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" Racontez les temps forts d'une heure de votre vie, en un minimum de mots."

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Dix heures.

J'en rêvais. 

Il paraîtrait

que ma vie va s'en trouver changée.

Quand faut y aller, faut y aller !

Sur un siège confortablement s'installer,

de deux miroirs, plutôt rétros, s'entourer,

vérifier leurs reflets.

Se concentrer.

- Vous êtes au point mort, bloquée,

 à vous seule revient la décision,

êtes -vous prête oui ou non ?

a questionné un breveté,

vous seule possédez la clé,

à vous de vous aventurer.

- Allez, j'y vais !

Il suffit de cligner clignoter,

de se laisser aller débrayer,

d'enclencher le processus sans barguigner cahoter;

de choisir le bon créneau.

Ne pas tomber dans les panneaux,

juste contrôler les signaux.

pour enfin aboutir, en troisième vitesse*, 

avec délicatesse.

Onze heures au clocher

Ça y est ! Je l'ai décroché

sans me faire éconduire,

le carton rose du permis de conduire.

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1967 : pas encore de quatrième vitesse.

 

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Défi n° 191 (" se tuer à la tâche ") proposé par Jill Bill pour Les Croqueurs de Mots

Publié le par François & Marie

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Jill Bill nous propose de broder autour de cette photographie de Ed Uncovered, ( intitulée " se tuer à la tâche ") et d'inclure l'un de ces bons mots imposés :

 " On a besoin des animaux, le jaguar pour la voiture, le vison pour sa fourrure et le dindon pour la facture. "  Paris Hilton.

ou

 " Je me suis engagé dans la marine le jour où mon père m'a dit qu'on était sur terre pour travailler dur. " Pierre Doris.

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Alors que je découpais soigneusement en très fines rondelles les carottes de Gègène mon lapin nain, mon père, exténué, entra pesamment. Il repoussa d'un mol et machinal coup de talon la porte vermoulue sur le brouillard gris de novembre; l'une bringuebala, l'autre ne se vexa même pas.

Las, il s'affala sur une chaise à demi dépaillée par le mini rongeur à domestiquer.

- Fils, on est sur terre pour travailler dur, soupira-t-il en extirpant péniblement de ses godillots terreux des pieds bistres et boursouflés.

Cette sentence lugubre me figea, le couteau en suspend.

Bouche bée je cogitai : ainsi, d'après cet homme d'expérience, demeurer sur la terre ferme équivaudrait à se tuer à la tâche ? Mon père me mettait en garde. Mon père voulait que je sauve ma vie.

J'observai, sans le voir, Gègène qui rongeait goulument ma planche à découper en acacia massif. Inconsciemment je me félicitai d'avoir opté pour la moins onéreuse du catalogue et déplorai qu'il sélectionne ce genre d'alimentation peu adaptée à son régime premier âge; à coup sûr ce petit irresponsable allait au devant de désordres internes préjudiciables. En quasi état d'anesthésie, je ne réagis point.

C'est la quinte de toux catarrheuse, qui pliait systématiquement en deux mon père lorsqu'il passait de l'extérieur à l'intérieur, qui me sortit de ma léthargie.

Par le truchement de sa violente tousserie, il m'expulsait, m'incitait à fuir cette terre qui tue.

Où aller ? Quelles autres alternatives ? Les cieux ? C'est bien trop en hauteur et puis Gègène craint les courants d'air. La mer ? La mer... pourquoi pas ? Oui ! ce sera la mer; Gègène a toujours humé avec délectation les antennes des crevettes.

Sans hésiter une seconde, je saisis mon sac à dos, deux carottes, quatre chaussettes, mon album fétiche écorné Gaston Lagaffe; j'enfilai à la diable mon passe-montagne, ma doudoune, pelotonnai Gègène dans la poche intérieure près du cœur et sur un merki eul' péér', je franchis la porte qui bringuebala et transperçai le brouillard qui ne se vexa même pas.

Tout alla très vite ensuite. Je courus jusqu'au port, le Jean Bart n°59 n'attendait plus qu'un dernier mousse pour appareiller, je serais celui-là.

Comme s'il se fut agi d'une suite luxueuse, le maître d'équipage me fit les honneurs de ma cabine, un bas-flanc dans la soute.

Il dut se méprendre sur mon geste lorsqu'il me vit porter la main à mon cœur.

- Ça va ti' n'aller 'tiot gars ?

- Voui voui, que j'fis en massant doucement mon cœur.

- Tu crains point l'roulis, que j'escompte ?

- Nan nan, que j'fis, en essayant d'atténuer les borborygmes qui semblaient grouiller depuis mon organe cardiaque, c'est rien, rien du tout, seulement mon moteur qui tachycarde en bradycardie, c'est rien...

Le bosco futé plissait ses petits yeux de fouine, il  flairait que quette chos' déraillait, qu'y avait comme une arête dans le bistèk...

- Quèque te berdoulles mon gars ? N'ouvres don' ta houppelande que j'voyïe si t' breloques en orthostatique ou bin en paroxystique.

Le vieux roulier des mers eut un gros coup de sang en découvrant mon Gègène, chaudot comme une p'tite caille, dans la poche près de mon cœur. Le pauvret  venait d'être dénoncé par sa tuyauterie gargouilleuse, elle peinait à digérer l'acacia massif de la planche à découper.

Point du tout attendri à la vue du - pourtant si mignon - petit rongeur de cordes et rogneur de ponts, le gabier furibard frôla la syncope, éructa des politesses genre échafaud, corbillard, surin, gibelotte, assassins. Fort abruptement il nous expulsa de son sanctuaire, fulmina, aux portes de l'apoplexie que, s'il ne nous flanquait pas à la baille, c'était par respect pour les méduses, mille milliards de mille sabords. Bref, il semblait contrarié.

Ainsi naufragea mon engagement dans la marine.

Depuis cette fin de contrat houleuse, je suis devenu homme-sandwich pour une institution d'Art Contemporain. J'erre dans la ville, porteur des dernières Trouvailles des Créateurs. Présentement je trimballe une ŒUVRE intitulée

                             " N' PARSPAING SANS TIN VÈLO. "

Ne vous  apitoyez pas trop sur mon sort, les briques sont en carton pâte. Elles présentent quelques avantages, me protègent du vent furieux qui balaie Duin-Kerk trois cent soixante deux jours et demi par an, me camouflent aux yeux de la Marine (où je suis grillé, telle sardine au barbecue) et nourrissent Gègène qui les boulotte avec gourmandise; leur cellulose (C6H10O5)n est plus légère à digérer que celle de la planche à découper nordique Slaâäta, responsable collatérale de mon retour à la Terre- qui- tue- à- la- tâche.

Dans un avenir que je souhaite très lointain, cette épitaphe dénoncera, en regrets éternels :

                                      " CI-GÎT UN  MARIN

        AU DESTIN CONTRARIÉR PAR UNE PLANCHE À DÉCOUPÉER.

                                      SLAÂÄTA L'A TUÉER. "

 

Pour l'heure, permettez que je retourne à mes briques si je ne veux pas les manger à la sauce cailloux !
 

                      

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Défi n° 190 ( " Et si Jésus revenait ") proposé par Domi pour Les Croqueurs de Mots

Publié le par François & Marie

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