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Défi n° 239 proposé par Jeanne FADOSI pour Les Croqueurs de Mots

Publié le par François & Marie

Jeanne nous invite à écrire un petit texte en prose ou en vers portant sur un moment dans lequel l'électricité a joué un rôle particulier.
                                        Mots imposés à inclure : ambre, ampoule, appareil.
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Le lointain grommelle. Poliment, un orage s'annonce.

On rassure les p'tiots.
« C'est le vieux Père du ciel qui joue aux quilles ›› ou  « qui roule ses tonneaux !›› À chacun ses dires.
Il en faudrait bien plus pour rassurer la Léontine.
La Léontine est une vieille dame proprette - à la campagne on ne dit pas coquette, on laisse ça aux Parigots - chignon poivre et sel soigneusement épinglé, blouse gorge de tourterelle impeccable, fichu gris perle, bas anthracite. La Léontine est un vivant camaïeu de gris chaussé de sabots à brides ambres et fines.
Elle vit seule dans sa maison à glycines depuis que son fils, puis son mari, ont eu la mauvaise idée de s'en aller donner un coup de main au rouleur de barriques.

La Léontine, pourtant une sainte femme, exècre deux choses dans la vie, les buses qui planent au-dessus de son poulailler et les orages.
Les buses, elle les déroute hors du village en s'égosillant Chouuu labuuuse, (chou : oust) et en agitant avec frénésie vers le ciel un rustique appareil supposé épouvanter les pilleuses de poulaillers, son vieux balai de genêt.
Pour les orages, c'est une autre affaire.
Alors que son vieil ennemi n'en est qu'aux prémices, elle ferme les volets de sa maison, donne un tour de clé et s'enfuit. Elle file se réfugier chez ses voisins.
Non pas ses voisins les plus proches - il y a plus de cinquante ans, ces pingres ont escroqué ses parents lors d'un échange de maigres lopins labourables - dès qu'il s'agit d'un affront fait à leur terre ( leur coffre fort), les paysans ne se ramicolent (réconcilient) pas facilement.
Tête haute, regard lointain, plus droite que droite, elle passe devant chez c' tès vouleux (ces voleurs), se force à saboter (marcher avec des sabots) calmement, tout en fulminant de l'en - dedans, en leur récitant, en guise de mauvais sort, son chaplèt à la r' bos (chapelet à l'envers, à rebours. Jamais elle n'en dévoila la traduction).
La nuit tombe.
La Léontine presse le pas, la ferme du Léon et d' la Marie est la dernière en bout de chemin. L'ampoule de leur lampe de cour claire (est allumée), tant mieux se dit la Léontine, ça économisera ma pile (lampe de poche). Une élide (un éclair) la fait sursauter, le tonnerre rétaque du' (résonne dur), apeuré la Léontine franchit la cour en moins de deux et quasiment se jette à l'intérieur de l'uteau (cuisine et pièce principale), par bonheur, chez le Léon et la Marie, la porte n'est jamais fermée à clé, même lorsqu'ils sont occupés à la traite et aux soins des bêtes.


Guidée par le lusot (petite lumière) tremblant de sa pile, la Léontine atteint le fond de la salle.
Calée entre le coin du mur et la grande armoire bressane, "sa" chaise l'attend, une catalogne (couverture) chaude et râpeuse pliée sur le dossier; c'est là où elle vit les orages depuis quinze ans.
Elle éteint sa pile Wonder, s'assied dans le noir, rattroupe sur ses genoux la couverture et son grand sac en toile cirée noir. Ce cabas, elle s'en saisit dès qu'elle part se réfugier à la ferme, que contient-il ? Nul ne le sait, c'est son petit trésor à elle, sans aucun doute des photos et le missel de son fils séminariste déporté pendant la guerre, peut-être la casquette de son mari mort de chagrin peu d'années après son fils, quelques économies... Tous les trésors de sa vie gonflent à peine les flancs de sa modeste besace.
Pour ne plus voir l'obscurité elle ferme les yeux.

Elle sort de sa poche son fidèle chapelet de communiante et commence à l'égrener. Un éclair...un sursaut... elle s'y perd dans les grains, chaque coup de tonnerre l'emberlificote dans ses Avé - t'inquiète ptiote, le Bon Dieu n'est pas à ça près - la rassure sa bonne conscience.
Un mince soupir lui fait réaliser qu'elle n'est pas seule,
« T'es don' là, l' chin ? (chien), on est bin deux pôv' pouèrouses (peureuses) hein don' ?››
Sous la grosse armoire un mince couinement lui répond, c'est Finette, la jeune chienne de la maison, toute fluette; cette petite maille canine qui, en temps ordinaire, sait se faire respecter d'un troupeau de vaches, se retrouve pelotonnée sous le grand meuble dès qu'elle flaire le tonnerre.
L'orage va, vient, s'entête, s'étiole, la pluie calme le courroux du ciel.
Finette tremblote, se détend, tremble encore un peu puis s'endort.
La Léontine sursaute, perd la foi, la retrouve, délaisse ses pieuses dizaines, finit par s'assoupir.
Le silence se fait. La Finette ronflote. La Léonie aussi.
Il fait grand' nuit.
Le pansage des bêtes terminé, la Marie, abritée sous une sache (un sac à grains en jute, replié en capuchon pointu, ancêtre campagnard du KWay ) "se" rentre. Elle serre contre elle une grand' trappe (une jatte à lait en terre cuite vernissée, d'une contenance de deux à cinq litres) remplie de bon lait tout chaud et moussu. Elle grommelle toute seule « Ah, y'est bin beau c' te nouvale électric, mais faut aller charchi l' bouton d' l'aut' bout d' l'uteau, 'rheusement que j'cougnais bin ma  majon.››
Dans le noir elle avance en comptant les six pas qui la séparent de l'interrupteur en bakélite. Elle en tourne l'ailette.
Qui, en premier chef, est coupable du capharnaüm qui s'ensuivit ?

Qui ?
On ne peut dire, Monsieur le Commissaire...
On s'interroge quant à la chronologie des faits:
Est-ce le cri d'effroi de la Léontine percevant la sache ambulante qui a déclenché les abois apeurés de la Finette provoquant l'exclamation stupéfiée de la Marie sous sa sache ou bien le vice du versa qui renversa le lait après explosion sur le carrelage de la trappe que lape le toutou tout fou-fou ?
On s'y perd.
On raisonne.
On réfléchit.
Le coupable?
Serait-ce l'électrichien
qui a placé trop loin
de la porte d'entrée
l'interrupteur papillon
de la fée électricité ?
On ne sait...
On oublie.
On s'en va partager une bonne soupe !

 

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Défi n° 238 proposé par l'Amirale Domi pour Les Croqueurs de Mots

Publié le par François & Marie

" Le texte fendu".
Le poème de Jules Supervielle a été déchiré en deux et un morceau a disparu.

C'est à vous d'imaginer et d'écrire la partie qui manque.

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               L'allée

- Ne touchez...
  Du cavalier...
  Il se...
  Et ce...
  Une nuit...
  Sans...
- Alors que...
  Tout ce...
  La lune...
  Et le
- Il vous...
  Qu'un...
  Aussi...
  Consentît à...

                  Jules Supervielle

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              L'allée

- Ne touchez pas la guêtre
  Du cavalier cinabre,
  Il se liquéfierait
  Et ce serait borgnon,
  Une nuit charbonnée,
  Sans une étoile au ciel.
- Alors que sonnerait
  Tout ce qui peut tinter,
  La lune ferait naufrage,
  Et le soleil aussi.
- Il vous faudrait prier
  Qu'un mage salvateur
  Aussi prompt que Zorro
  Consentît à surgir.


                   Julie Viole de Gambe

 

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