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Les mots du patois

Publié le


 

Marie connaît les mots du patois utilisés à la limite de la Bresse et du Jura.
Pour les faire revivre, nous racontons des histoires vécues (ou inventées) en les illustrant des dessins et d'aquarelles de François.
C'est savoureux comme une bonne grosse tarte aux pommes (poummes comme ils disent). 

                                                   Traduction de Vouailla            

                                                           La veillée. 

 

Des effluves tabac - pain d'épices flottent dans la grande cuisine; le grand père fume la pipe en 

commentant pour l'assemblée les nouvelles du journal régional.

 

 De longs tentacules d'osier fouettent l'air. Le père de famille a taillé les 

saules l'hiver dernier ; cet été il a fait tremper les branches d'osier pendant plusieurs 

semaines, pour les assouplir, puis les a mises à sécher au soleil.
Ce soir il les tresse en 
mannes, utiles pour le ramassage des pommes de terre et le transport des bûches qui alimenteront la bonne grosse cuisinière.
Pas d'outils 
compliqués, son couteau, un poinçon et ...ses mains.
 

 Le cliquetis vif de quatre aiguilles à tricoter. La grand mère, Mongris - chat tigré calé sur ses genoux, commence une paire de chaussons" à gorge" qui épouseront la forme des sabots et les réchaufferont. 

 La lampe "monte et baisse "a été descendue bas. Un supplément de lumière pour la 

mère de famille ; elle a glissé un œuf en porcelaine dans la chaussette à raccommoder. Finette la petite chienne de berger somnole à ses pieds, elle fait provision de chaleur avant de terminer la nuit dans le foin de la grange. 

Un journal déployé protège la toile cirée de la grande table. La gouache pourrait déborder des albums à colorier - cadeaux de Noël des deux enfants de la maison - malgré leur application. Ils sont en pyjamas en pilou douillet et ont droit à une tranche de veillée (on est mercredi, il n'y a pas école demain !)  

À travers sa grille, la grosse cuisinière (unique point de chauffage de la maison) envoie par intervalles de pétillantes  gerbes d'étincelles, ce qui n'émeut pas la bouilloire qui zonzonne sur sa platine.

 

 50 37 Radio CM 74
Presque vingt heures, vite, régler l'antenne de la TSF pour découvrir  sur Radio Luxembourg 

les péripéties quotidiennes  de "la famille Duraton" ! Puis Sottens, la Radio-suisse proposera une pièce de théâtre. On la suivra en croquant de petites pommes rouges allongées, les "museaux de 

chiens." 

 

Un bol d'infusion de tilleul miellé et les enfants vont dormir. Les grands, quels veinards, ont la permission de suivre une pièce de théâtre.

 

C'est une soirée hivernale toute simple, à la campagne, dans les années cinquante.

 

 

                                        Traduction du Bariau du cotchi


"C'est la barrière du jardin où on trouvait tout pour nourrir la famille. C'était du bio, vous pouvez me croire!
Les poules aimaient bien venir tout y réduire à néant. Elles arrivaient à pénétrer malgré le double grillage, c'était des rusées!
 Il fallait doubler de tôle les portes des soues pour qu'elles résistent aux assauts des cochons. De vrais sangliers quand ils voulaient être libérés."


                                         Traduction de La maison de lune 

Savez vous ce qu'est une "Maison de Lune" ?
       Autrefois,celui qui n'avait pas de toit pour abriter sa famille pouvait construire, en une nuit, une modeste maison sur un terrain non cultivé. appartenant à la commune. Il ne fallait pas perdre de temps en brouettant les briques et les tuiles.
Au lever du soleil, si la  fumée s'échappait de la cheminée, la maison de lune appartenait à celui qui l'avait construite; il pouvait y loger sa famille, sans se soucier de plan d'urbanisme...
 


                                          Traduction des gaudes 
LES GAUDES.

       A peine a-t-elle entendu cocoricoter le gallinacé du Justin, que l'Eugénie est tombée du lit. Hier soir, comme disaient les anciens, il y avait des signes qui ne trompent pas : "Nuages pommelés, femme fardée sont de courte durée." La pluie allait bientôt arriver.
       L'Eugénie veut gauler ses noix avant l'averse. On est le quatorze septembre, c'est le moment "À la Sainte Croix, tu dois cueillir tes pommes et gauler tes noix."
Elle a aussi le souci de son repas de midi, elle met mijoter ses gaudes sur la cuisinière et va chercher une grande perche sous son hangar pour secouer le noyer.
       Comme elle n'est pas paresseuse, une heure plus tard, elle a une bonne récolte: une grande corbeille de noix !
       L'Eugénie en a le tournis, elle est harassée ! Elle a bien gagné le droit de s'asseoir.
Il y a un banc sous sa treille de Noa, près du petit chemin. C'est par là qu'elle voit courir, tout excitée, la Veuve Fouinotte qui crie:
- L'Eugénie, l'Eugénie, vous voyez pas la fumée qui sort de votre porte, vos gaudes brûlent !
       L'Eugénie, pourtant assourdie par celle qui se mêle de ce qui ne la regarde pas, n'a pas remué un orteil. Après un moment de silence elle s'est dressée de toute sa hauteur et a répondu très calmement : 
- La Fouinotte, les gaudes brûlées, c'est comme ça que je les aime !
 

                                                Traduction de la  Vacherie

La vacherie est un troupeau d'une centaine de têtes de bétail que Le Bouvier, vacher, berger des Communaux, et Mousse son indispensable bon chien, vont faire paître à l'automne dans les prés de la commune.

   Les vaches lui sont confiées pour la journée par ceux qui n'ont pas de pré autour de leur maison ou qui n'ont pas le loisir d'aller surveiller leurs bêtes en pâture.

   Le Léon, de la Maison des Colombages, avait entendu la corne du berger, il savait que Le Bouvier devait être en ce moment vers l'église, qu'il serait bientôt ici et qu'il n'aimait pas être retardé quand il arrivait avec son troupeau.

" Viens vite p'tiot volot (domestique), détache celles de droite : la Bariolée, la Tachetée, la Noire, la Bilette, moi j' m'en vais désentraver la Rousse, la Rouge, la Brunette, la Cornue, la Lu la Lulu la Lunette" Le Léon en bégayait ! Il piétinait dans le fumier, se prenait les pieds dans un tabouret de traite, il a bien cru qu'il allait tomber dans la bouse !
Il poussa un soupir d'aise :

" C'est fait, c'était juste à temps ! Voilà L' Bouvier qui arrive avec, ouh là... au moins soixante dix vaches."

- Salut-fraternité l' Bouvier! Ça va t'i ? Ça carillonne fort aujourd'hui !

- Salutaré l' Léon. Wat, j' vais  faire avec, je vais les emmener racler les éteules, ça fera toujours du profit !
 Léon campé en bas de sa cour regarde partir le troupeau long comme un jour sans pain qui se dandine au son des clarines.
" L' Bouvier a bien à faire avec ces génisses, ces vaches et leurs petits veaux énuméra t-il en parlant tout haut, pensif, ; pourtant, il n'est pas costaud depuis qu'il tousse, il fume trop, il a toujours la pipe à la bouche ! On le reconnaît de loin avec son chapeau, sa cape. Il ne quitte jamais ni sa musette, ni sa corne qui pend à son cou. Calé dans ses sabots remplis de paille, aidé de son grand bâton, il arpente d'un large pas tranquille. Il est toujours avec son bon Mousse, qui fait bien son travail de chien de berger, il ne jappe pas, il écoute le Bouvier : waï, waï, waï, Mousse file à droite, brr, brr, brr, Mousse ramène les génisses qui courent en levant le derrière, il comprend tout ça le bon Mousse. Il sait aussi que l'après-midi se termine par le oille, oille, oille du rassemblement. Il va se faufiler à droite, se faufiler à gauche et ramener le troupeau vers le berger. Puis ce sera le retour au  village, à la queue leu-leu. 
Les clarines résonnent, ça sent bon le lait.
Les unes après les autres, les vaches quittent le troupeau pour rentrer dans leur ferme respectives, guidées par l'instinct.
Alors, le berger et son chien repartent "tous seuls les deux " jusqu'au lendemain.

    
Un jour, le troupeau est revenu seul guidé par le bon chien Mousse...

Léon se souvient : " Cet après-midi là, au moment des oille,oille,oille, le berger qui s'était allongé, à l'abri d'un buisson, n'a pas bougé... Le bon Mousse a vainement essayé de le faire lever, il lui tournait autour, le reniflait tout en gémissant un peu, rien n'y faisait, le vacher ne bougeait pas...Mousse sentait bien qu'il y avait de la diablerie là-dessous, la grande Roussette s'était mise à mugir en piétinant, le reste du troupeau humait l'air de façon insolite, les pis étaient pleins, ils tiraillaient, les clarines faisaient du tintamarre... Le brave Mousse commençait à tourner autour du troupeau qui ne savait pas bien où il en était. Au bout d'un moment, la grande Roussette a démarré en tête et le reste s'est mis en route pour le retour au village ; ce jour là, les génisses ont oublié de courir comme des affolées la queue en l'air, tout le troupeau filait droit.
       "Ce lundi là,  je fauchais les épines dans le pré autour de ma maison, j'ai regardé arriver les vaches mais je n'ai pas entendu la corne du berger... Je me suis dit c'est bizarre, oui bien bizarre, qu'est ce qu'il se passe? Je ne vois pas le Bouvier, il n'y a que son chien, bizarre... J'ai couru chercher mon cheval et mon char pour aller voir où était le berger. Il était sous son buisson, de loin j'ai appelé très fort: HÉ LE BERGER ! HÉ LE BOUVIER ! Il ne bougeait pas, j'ai eu peur... J'ai couru vers ces sabots, vers ce chapeau immobiles, et là... ouf ! je me suis mis à rire de soulagement, la cape RONFLAIT! C'est alors que je me suis souvenu: hier soir, c'était le bal du mariage de Marius et sa Zélie, le Bouvier était de la fête (Zélie c'est sa belle-soeur!) il avait dû boire plus que de raison, n'avait pas dormi beaucoup, il cuvait son vin en faisant la sieste! Je l'ai glissé comme j'ai pu sur le char, à ce moment là, qui vois-je arriver ? le bon chien Mousse qui, après avoir ramené le troupeau, revenait vers son maître ! Je lui ai grattouillé la tête pour le rassurer : tout va bien, bon chien, le Bouvier dormait!" 
       Depuis, le berger fait la sourde oreille quand quelqu'un ironise un peu en racontant cette "aventure"!
- LE LONLON! Qu'est ce que tu fais? Depuis une heure tu es campé là -bas, tu divagues, les veaux attendent leur boire, bouge toi !"  La femme de Léon vient de le ramener sur terre.
Il remonte la cour en soupirant : "Être berger, seul avec un bon chien, ça ne doit pas être si mal..." 


                                                    Traduction pour "les gens"


François a bien imité ceux qui viendront peut-être un jour faire un tour dans le patois de Marie ; vous allez bien les reconnaître, avec leurs surnoms : Le Roux, L'Oeuf, Le Roublard, L'Herboriste, Le Nigaud, Le Ver Luisant, La Couturière, Le Goitreux. 

 

  
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LA VOUAILLA.

Publié le par François & Marie

  
   I sint l' gris pin èpeuces. I èst l' gran-pére qu' feum' san bouffârde en li-ant tou fô l' journau d' ique.
   Dès grands avans que siardant l'ére. L'pére, l'hivâ darnié avo tailli lè avanchers, è z'ont trempouilli qu'i en finissot point, ap'ès z'ont sochi quan y fiot du soulè. C't'hiva è lè maille, è viou fére dè mânnes pou lè poummes-è-tarre ape pou rintri l' bô. I li faut renque in cutè, in pouçon ape sès mins.
   D'aveu quêtre aig-euilles la gran-mére, l' métou l' Mongris su lès g'noux, qu'mensse dès choussons è gueurge pou' rèchauder lès pis dins lès sèbouts.
   La mére sô l'lusot qu' monte à pe qu'besse pou vouair quiâ pou r'mander sès chausses d'aveu èn' û. Fènette, la ptchiote cheine, dreume su' sès pids, ille sèt bin qui va point deurer,  qu'ille va fini la nai dins la peille d' la gringe.
   I'a in vioux journau su' la touèle ciria. Les ptchiots peinturant d'aveu la gouèche yeutès qué-hiers d' Noué. Es sant in biaude in pilou, ès pouvant vouailli in pchô, y'é mècredi sè (è vont point chu l'instruisou l' judi).
   La bouillotte zainzaine su l' fu que qui-aire un ptchô fô d'aveu lé bise que s'a l' via.
I'ést prèsqu' hui' heurs du sai, faudrot brinchi l'TSF pou la f'mille Deuraton ! Aprés, su la Suisse, y'a ène piéce d' té-hêtre. In l'oyant ès vant mingi dès ptiotes poummes ruges, dès mougnots d'chin.
   V' là l'heur' du tillol au mié, du nan-nan pou ben dremi. Lès ptiots vant s'cuchi.
I'é ène vouailla d'hivâ pou chu nôs, veu lès an-nians cinquinte (épré l'JC !)

50 37 Radio CM 74
Voir la traduction

Publié dans Souvenirs

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L'bariau du cotchi

Publié le par François & Marie

Canevas"Y è l'bariau du cotchi lavo c'qu'iavo tout c'qui faillot pou neuri la ptchiote fèmille. Ape yèto du bio, vo peutes m'craire!
 Lè poulailles  èmi-in ben v'ni escarbilli la tarre ape tout déconfrèchi. Illes arrivint maugré l'doubje grillaige à n'intrer pou ène barche, y'èto dè fouinaudes!
  Les potches dè soues dè neurains étint rapsaudées en d'dans d'aveu dè tôles que rèsistaint quand è lè tracmallin . Y'èto dè vré sinlliers quand è vien sotchi."

traduction ici



Publié dans Histoire en Patois

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Boun An-Nian

Publié le par François & Marie

carte 2 voeux
Nos-Anges-a-Nous2.jpg


"D'Janvi à Dècembe de c'ta nouvalle an-nian, qu'votè Inges Gèrdiens vo proutègiant".
    
   "De Janvier à Décembre de cette nouvelle année, que vos Anges Gardiens vous protègent."

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Rose Maraude

Publié le par François & Marie

 La vieille maison est à l'abandon.
      Un grand rosier sans épines plus que centenaire s'enroule dans les chéneaux. Ses roses chaudron  mettent des taches de feu sur les tuiles moussues. Je décrète que l'adoption de celles qui s'aventurent au dessus de  la route, domaine public, ne peut être assimilé à de la maraude!Rose wetpaper
      Mon ami rosier a disparu un matin d'automne haché par un engin maniaque d'élagage vertical. Seul subsiste un éclat de bois accroché aux racines.
      Ô joie ! le printemps suivant l'a vu renaître, l'été, refleurir. Mais il a dû céder à l'automne face à son ennemi.
      Le duel du gentil sans piquants et de la lame crantée a duré cinq ans.

     Je l'ai repéré hier à son bouquet de pousses nouvelles...hérissées de vigoureuses épines.

     Je l'ai félicité!: 
"Courage, Rosier-David, tu vaincras Goliath." 
  
 C.KLEINY a bo timps qu'y a pieu nion dans c'ta majon. Pieu qu'in gran abre à rouses sans èpeunes qu'à touj'été ique, è va jusqu'è ch'nos ape sô lè tièles.
       V'là t'y pâs qu'è sa fè déviougi pou l'essarpeuse.Y'en restô pieu qu'èn'èquiape.
       
La premeure y'a r'bailli du r'gingô, el a méme fieuri! Doumège, évant l'hivâ, è sa fé souailli...
       Y'a deuré qu'm'en çen cin enias. J'l'avô r'vu l'aut'je, eh ben vô m'crairé si vô vié ,li qu'avo pont d'èpeunes el en è pien,dè grousses costaudes, in vré hurchon! J'en avô lè rognons badjots, è va gaigni, j'vô dis!
 

Publié dans Souvenirs

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La Messe de Minuit

Publié le par François & Marie

creche--neige.jpgY est ben vré,aga:
               Y fè frè :quètre en d'so d'ren.La noge a jalé.Y r'liche so lè galoches.Y a dè miténes ape dè bonnots,dè coulaichons ape dè perlines.Mamieneige.jpg
 
 Y est ben vré,aga:
             Binstôt minait,lè quieuches sonnant,l'eillise est tout almée.Y s'èbote su lè piarres,les bâncs d'bou sin piens.
             L' Justin vin d'chinter Minuit chrétien.  
  
Y est ben vré,aga:
              El est ique su la peille,l'Jésus d'aveu l'Josè ape la Marie.Y a l'âne ape l'bu qu'souffiant pou qu'El é point frè.
  
Y est ben vré,aga:
              Ill a breuli pindint la Messe d'minait.La "Tronche" a beilli dè braves bréses ruges.D'main in va gadjer sè cindres qu'vont protaigi la majon des èlides pindint ène in.
  
Y est ben vré,aga:
             E nos a point ubiés,El est v'ni,le p'tchiot Jèsus.El a émouné dans mè sèbots in brave lié d'cateau aveu ène armouère ape ,dins c'tes men frére,in ch'vau din lè ridelles d'in châ ruge.
    
Y est ben vré,aga:
              
D'min y èra ane bale bûche d'Noué,d'aveu quètre lusots d' l'Avent.
    
Y est ben vré,y est Noué...y a pieu d'soixinte ins.
Grosse BucheM
oins quatre degrés.

     La neige crisse sous les galoches.Minuit2

     Inutile la lampe de poche suspendue à la pèlerine du père de famille qui ouvre la marche, la lune suffit.

     Le reste de la maisonnée suit avec entrain ; il y a des mitaines et des bonnets tricotés-maison que l'on étrenne et des écharpes qui givrent devant la bouche.

      Bientôt minuit, les cloches sonnent, l'église a allumé toutes ses ampoules et ses cierges, ça sent l'encens. Les sabots font chanter les grandes dalles de pierre. On tousse, on frotte ses doigts gourds, on demande à voix basse,pressante,une place sur les bancs de bois, on met un peu de temps à s'installer, on est pataud, engoncés dans des vêtements superposés (souvenez vous : moins quatre !)

       La messe est en Latin, chantée. Les feuilles des missels font un bruit de soie froissée. Un doux engourdissement dû à la chaleur du coude à coude s'installe. Soudain, d'une voix puissante, Justin clôt l'office en entonnant le traditionnel Minuit Chrétien. On le reçoit, en apnée, parcourus de frissons de plaisir et de respect.

       Creche2.jpgPREMIERE VERIFICATION : Il est né. Il est là dans la grande crèche devant l'autel. L'Enfant Jésus. On L'admire en silence, dressés sur la pointe des galoches. On est impressionné, content. Avant de partir, on glisse une petite pièce dans l'urne tenue par un grand ange souriant qui remercie en hochant la tête. (Cet ange me fascinait, j'aurais vidé ma tirelire pour ses angéliques acquiescements !)

       Dehors, il fait moins froid, le vent du nord fait voleter des frimas que l'on vole du bout de la langue !

       DEUXIEME VERIFICATION dès le seuil de la maison franchi : elles sont là les belles braises rouges, elles réchauffent le nez lorsqu'on les regarde au travers des grilles de la grande cuisinière Gaudin. Ce sont celles de la grosse bûche de chêne qui s'est consumée pendant la messe de minuit. Demain, leurs cendres seront recueillies et conservées, elles protégeront la maison jusqu'au prochain NOËL.

        Du miel dans un verre de lait si chaud qu'il brûle les doigts et le palais, les petits sabots bien en vue devant le feu et au lit ! (on est déjà demain !)tracteur

        Clichémon lapin TROISIEME VERIFICATION au réveil : Il n'a pas oublié, Il est venu ! Le Petit Jésus a déposé dans mes sabots un lit de poupée bleu ciel et l'armoire assortie et dans ceux de mon frère une belle charette rouge et son cheval de bois.      (Un papa ça sait tout faire,même s'il doit prolonger tard sa journée de travail dans la "chambre à four "penché sur son établi.)Lapineigeux.jpg

          QUATRIEME VERIFICATION(c'est la dernière) à midi, au moment du dessert : elle est là, la belle bûche au chocolat, striée à l'aide d'une fourchette, décorée de houx en pâte d'amandes, de feuilles de laurier et des quatre bougies de l'Avent.     (Une maman sait, elle aussi, créer la surprise.)Grosse Buche

           Plus de doute, toutes vérifications faites c'est bien un NOËL...il y a plus de soixante ans.

Publié dans Souvenirs

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Majon d'Leune

Publié le par François & Marie

Vo sété c'qui'è ène "Majon d'Leune"?
      C'tu qu'avo point d'avriau pou sa fone ape sè p'tchiots, pouvo in ène nè, su ène érodon, construi qu'men ène grand caborote.
      Feillot point biscugni in barrotin lè carrons ape lè tieules. Y fayot qu'la chemnia feume quand l'soulè arrivo. Maindien, la majon d'leune èto cen yeutre, è pouvin étre è chaudot; ôtreko y avo point de pian d'urbanisme...

Voyez la traduction
ici

Publié dans Histoire en Patois

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L'haras des villes et l'haras des champs

Publié le par François & Marie


L' haras des villes et l' haras des champs.

      L'aut ' je, su èn' ptchiète route, j' proumonos mès cin' ch'vaux fiscaux ! J' a crouèsé in châ' ! Dins lès r'dalles, in brave ch'vau comtouais preumonot douais vioux gins. J'en crayos point mè uyes! Y est point sovint qui s' vouait in 2009.
      Pieus louin, su la grand' reute, y' avot in gros treubeu qu'avo ène inscrition "Attention transport de chevaux". Y èto, bin sûr, dès ch'vaux qu' corrant pou fére gaigni dès sous...
     Diès-me vouair, lequé qu'est l' mi-e : l' brave comtouais qu' premoune ses gins(qu' l'aimant bin), l'ch'vau d'course què rgaidjé qu'si è gaigne, ou bin mè cin' ch'vaux fiscaux qu'me serviant bin mais qu'empois' nant l' monde ?
       J'crais bin qu' faut s'arringi d'ave lès trouais...

       

Au volant de mes cinq chevaux fiscaux sur une  route de campagne, je vois venir à ma rencontre un char agricole,  paisiblement conduit par un robuste cheval comtois étrillé de frais.

Assis à l'avant, un couple "d'octentagénaires" devise tranquillement. L'homme, casquetté de laine à carreaux et emmitouflé dans une canadienne, tient les rênes. Il désigne à sa voisine, les champs, au loin; tricot et foulard fuchsia, elle approuve mollement du chef.

Je les ai croisés en roulant au pas, histoire de savourer ce spectacle - devenu rare à notre époque - et sans risquer d'effaroucher le bel animal. 

Peu importe où ils vont, ils savent qu'à un moment ou un autre, ils y arriveront.

Leurs bavardages tranquilles dessinent des volutes éphémères dans le petit froid du matin. Une forte et saine odeur chevaline persiste un moment dans le sillage des paisibles clop-clop- clop- clop, qui semblent rythmer un autre temps...

Comment ne pas éprouver un peu de nostalgie en voyant l'équipage rétrécir dans mon rétroviseur ...

 

 

 

Curieux hasard, à quelques kilomètres de là, j'ai croisé un grand van qui annonçait sur son fronton  "Attention, transport de chevaux". Chevaux de course racés, sans aucun doute.

De toutes les conquêtes de l’Homme, laquelle est la plus noble : le cheval de trait qui promène un couple serein ou celui qui voyage  sécurisé dans son luxueux habitacle capitonné ?

L’humble ou le glorieux ? 

L’un reçoit l’attention simple et rustique de ses maîtres, l’autre ne sera peut-être pris en véritable considération que s'il satisfait aux critères de gloire de son propriétaire. 

A méditer… 

 

Publié dans choses vues

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Lè gaudes

Publié le par François & Marie

Lè GAUDES

 

 A pouène ill avo étédu cocoricoter l'poulot du Justin,q' l'Ugénie avo chè du chlof . Yal'sai , q'm'en disin lè vious, y avo dè signous q't'rompin point « nuaiges poum'lés, fone fardée san d' cotche deré !» La pieuge alo binsto v'ni.

       L'Ugénie vouillo grouler sè cassots d'vant la batrasse ape y'éto l'moument, quétiose s'tembre "Veu Saint Crouaix, te dè queudre tè poumes ape grouler tès cassots". 

Ill avo atou l'queusan d'sa marande, ill mé queure sè gaudes su la piatine ape va qu'ri ène palinche, so san charti, pou grouler l'cassotier .

      Qu'm'en ill est point ène bon laisi, ène hèur' apré, ill a du prougeot: ène grand 'pénére de cassots !           

L'Ugénie en avo l'leudiot"...,ill èto égarottée." ! Ill avo ben gaigni d's'aster su l'ban ,à l' assote so san Noa ,pré du p'tchio ch'min. Y'est pou ique qu'ill vouai corre, qu 'm'en in faraga, la vouaive Fouinotte, qu'li cheupe :

- L'Ugénie, l'Ugénie,vo vouète pas la feumia qu'so d'vot'potche,votè gaudes frillant !   

 L'Ugénie, pout'chan essodialée -pèr c'ta qu'fore sin né pouètchou, qu ill vio fére cougi - a pas bougi in atiot, in s't'niant ben drète, ill sa r'varpée :

- La Fouinotte, y est qu'm'en çan qu'j' lè éme ! 

Cliquez ici pour aller voir la traduction

 

Publié dans Histoire en Patois

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La Vacherie

Publié le par François & Marie

La vacherie est un troupeau d'une centaine de têtes de bétail qu'un vacher, ou berger des communaux, et son bon chien, emmènent paître, en automne, dans les prés appartenant à la commune. Les vaches sont confiées...

Mais écoutons plutôt Marie nous le conter en patois :

       La vècherie y' est in troupiau d'ène grosse de vèches qu'un vècher ou bargi dè caruges ape sen bon chin
em'niant champouailli è
communaux. Les vèches li san baillies 
pou la jeunia pou c'tè qu'en point d'chaintre ou ben point l'laisi d'eller champouailli yeuté vèches.
     Le Lonlon du meix dè Hourdis avo oyu la cône du bargi, è savo que l' Bouvier , astheure d'vo étre veu leillise, què s'ro binsto ique ape qu'el émo pas ben étre r'teidjé quand el arrivo d'aveu sa trope.
"Vin vite p'tchiot volo, détèche c'tè d'drète: la Bédiote, la Meussotte, la Nouère, la Bilette, mouais, j'va dépouaigi la Roussette, la Ruge, la Beurnotte, la Cornue, la Lu La Lulu la Lunette."
      Le Lonlon en jotto! è braiyo dans le f'mé, è s'entroupo dans ène salle, el a ben crè qu'el alo cabardouchi dans ène chogne!
"Vouai don, y'est fé, y'éto ric-rac! V'là l'Bouvier qu'èrrive d'aveu ène mi-grousse de vèches, ben y'en a braman  !"
- Salut-fraternité,l'Bouvier! Va t'y ? Y campène dur auj'dheu!
- Salutaré l'Lonlon,j'va ben fére d'aveu,j'va lè mouner rèquier lè ètrubions, y f'ra touj' du prôgeot !Meuhjpg.jpg
Le Lonlon crampé en bas d'sa couo, r'gaidjo parti l'troupiau leng qu'm'en in je sin pin,que dodelino en campouainant. E s'dio "l'Bouvier a ben à fére d'aveu c'tè touries, vèches, bilots ape ban-niaux, potchant, y'est ène vré arote ape que beusse, è feme trop, el a touj sa boffarde enboquée! E fai dè grinds pas r'lichis din sè sèbots empeillis, an le r'couniait d'loin aveu san chèpiai, san pélerine, san musette, sa cône que pendroille à sin cou, ape san  grin baston. El est touj d'aveu san bon chin, l'Mousse que fio ben son travouail de chin de bargi,  è japillo point, el oyo l'Bouvier : waï, waï, waï, le Mousse file à drète, brr, brr, brr, l'Mousse ramone lè touries que bzillant, è savo tout cen l'bon Mousse. E savo atou qu'veu la fin mèriaine, oilli, oille, oille s'ro l'signo de rattroupement , qu'el alo corre à drète, corre à gouche, sans japilli, pou  ramoner  l'troupiau veu l'bargi qu'va l' èqueudre, ape, à la queue leu leu è r'vindront en campouainant, y sentra bon l'lait, lè vèches r'vindront chècunes chu ieu (è savant qué couo é la yeutre). L'bargi ape l'Mousse reperteront "tous seuls lè deux"! 
       Un je, l'troupiau è r'veni tout seul aveu l'bon chin Mousse...
     C't'avépria là, au moument dè oille, oille, oille, l'bargi qu'sèto allongi pou tare, à l'èvri d'un baouchon, a pas bougi...L'bon Mousse a ben taichi d'le fére l'ver en virant auteu, en le r'nifiant en couinant un pcho mais y fio ren, l'vèché bougeo point...L'Mousse sento ben qu'y avo d'la djabieuri là d'sso, ape la grand'Rossotte sèto mis à muter en piatnant, l'rèste du troupiau fiono l'ére, lè pis ètint piins, è tiraillin, lè campouènes tracmallin... L'brave Mousse qu'menço à viri auteu du troupiau qu'savo pas ben lavou el en èto.Au bout d'in moument, la grand' Rossotte a marchi en téte , ape tout l'rèste s'est mis en reute vo l'villège , c'je là, lè teuries ont ubié de bzilli, tout l'troupiau se t'nio à carreau.
      Ce lindi là , s'rappale le Lonlon, j'souaillo lè èpeunes auteu d'ma chintre, j'ai r'gèdié arrivi lè vèches mais j'entendo point la cône du bargi...Bizère que j'me seu dit, ouais, ben bizère, qu'est c'qui a donc? J'vouais point l'Bouvier,y a renque son chin, bizère...J'a coru charchi mon ch'vau ape mon chai pou aller vouaire lavou èto l'bargi. El èto so san baochon, j'a ch'pé: HE L'BARGI, HE L'BOUVIER !è bougeo point, y m'a fait po ...J'a coru veu c'tè sabots, veu c'chapiais, qu'bougint point ape, ique...j'me seu dègonfié d'ri! la pèlerine RONFIOT! Y est là qui m'est r'veni: ya l'sè yèto la poule du Marius ape d'sa Zélie, l'Bouvier èto d'la riaule (la Zélie y est sa balla sieu!) è savo récarquilli l'jabot, el avo pas gros dremi, è cuvo en fiant mèriène! J'lè r'lichi qu 'm'en j'a pu su l' chai, à c'moument là, qu'est ce que j'vouais?l'bon chin Mousse qu'avo ramoné tout l'troupiau ape que j'venio veu san métre...J'y ai gratouilli l'crène en l'rasseurant : y va bin, bon chin, l'Bouvier è dremo !
       L'bargi, è r'gaidje pou tarre quand quéquion jèse de c't'...
"LE LONLON! Qu'est c'te fè ? y a èn'here qu't'es crampé lévan, te bargeotte, les viaux attendant yeute bouaire, bouge te vouaire"
La fone du Lonlon v'nio d'li r'monter lè bertalles en l'rèmounant su tarre, è r'monta la couo en s'dian :
“étre bargi, tout seul d'aveu un bon chin, y dè pas éte si mau ...“


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Publié dans Histoire en Patois

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