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Verres collectifs

Publié le par François & Marie

- Prât-me don tê u-yes, j'arrive point à n'enfiler m'n'aigu-ye Singer.

( -  Prête-moi donc tes yeux, j'arrive pas à enfiler l'aiguille de ma machine à coudre.)

L'Abel qui lisait le journal, s'interrompt un instant et cède ses verres à l'Anaïs qui a son ourlet d'biaude à terminer.

Lunettes2.jpg

 

- Ê z'écrivant bin p'tchiot su c'tè livrets d'comptes de futrie, j'y vouais ren de ren. L'Abel, t'èros-t'y tè carreaux pou ique, dè coups?

(- Ils écrivent bien petit sur ces livrets de comptes de fromagerie. J'y vois rien de rien. L'Abel est-ce que t'aurais tes lunettes par ici?)

 Et voilà un voisin sorti d'embarras!

 

L'Abel, j'a ubié mê lorgnons chu mouais, t'me prêtros t'y lê taines, j't'les rèpout'chrer à la fin d'ma virie.

- Qu'm'en çan t'restra miji la soupe d'aveu nôs, l'potchou d'laitres, qu'dit l'Anaïs.

(- L'Abel, j'ai oublié mes lunettes chez moi, prête-moi donc les tiennes. Je te les rendrai à la fin de ma tournée.)

(- Comme ça tu resteras manger la soupe avec nous le facteur, propose l'Anaïs.)

 

 Au début des années cinquante, nos verres s'ajustaient tout simplement d'un nez à l'autre par... solidarité campagnarde!

 

 

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Défi n°58 "Alors ce week end à Paris..." proposé par M'Annette pour la communauté "Les croqueurs de mots."

Publié le par François & Marie

Assise sur le pas de la porte, Françoise questionne Marie - Alors ce week end à Paris, ça s'est bien passé?

                                    ..............................................

  - T v'là donc rev'nue ma bonne Marie-Katel, comment c'était ton véquande parisien?

- Un raz de marée ma brave Françoise-Elwyna! J'croyais qu'j'avais changé d'planète. Y'a un monde fou qui court et grouille de partout. Chez nous, même à la grand'foirede Rennes, on prend l'temps de s'saluer, de se r'filer des combines pour stopper la piéride du chou-fleur, de comparer le cours de la sardine et celui de l'autruche. Dans cette métropole, on s'croise en prenant bien garde de n'point se r'garder, on fend la foule, nez au vent, l'air antipathique, genre "défense d'approcher". Y semblent tous affairés et très préoccupés. Des fois même y causent tous seuls en faisant des gestes, ça fait un peu peur...Comme y font pas attention à toi,tu t'prends les portes battantes dans le nez. On te bouscule si tu marches au rythme du ressac tranquille. Eux, tu croirais qu'y sont en perpétuelle tempête, en gros temps, c'est exténuant.

Bretonnes2.jpg- Bin dis donc, c'est du sauvagisme... 

- T'entends plus un son breton, y causent un Français bizarre  -"Bonjour-an", oui-an !  Et pis, rien n'est "gratuit-an", faut avoir le porte-monnaie toujours bec ouvert, tu paies même pour faire du vélo! J'aurais bin dû amener l'mien, ça m'aurait évité de chercher un taxi à toit ouvrant pour y loger ma coiffe de gala. Dans le train des taupes, le métro qu'y disent, un sauvage s'est agrippé aux dentelles de ma tubulure, croyant s'accrocher à une barre verticale. 

- Aucun savoir-vivre... Et comment "ça" se nourrit c't'engeance?

- Pas question de t'régaler de galette saucisse, pas assez light qu'y disent, ni d'andouille, ça pue, qu'y disent! Y vont au fast-food manger avec les doigts un hachis à la sauce rose coincé entre deux éponges...Tu rêves d'une bolée de cidre ou d'un bon lait ribot, on t'apporte un coca en boîte de conserve! Un indigène du coin en voyant mon beau tablier brodé m'a confondue avec une serveuse, t'imagines! 

- Sacrilège! ...T'avais emporté des niniches?

- Encore heureux, plein mon cabas! Risquait pas que je les oublie! Mon péché mignon est d'en tremper une ou deux au beurre salé dans mon bol de café. Là-bas c'est le chimgomme qui remplace la niniche, va donc tremper cet élastique dans l'café... J'avais prévu un beau Kouign-amann maison en provision de route, ben, y n'aime pas sortir de sa province, y s'est r'trouvé tout brisuré... 

- Tu connais la devise "L'biscuit breton, même en miettes, c'est bin l'plus bon"!

- C'est bin vrai Françoise-Elwyna. Là bas le café est si amer que j'l'ai sucré avec tous les débris de mon gâteau au beurre frais de baratte. Pour compenser, j'ai fait une razzia sur leurs sucres enveloppés. Y n'ont pas supporté l'heure de pointe dans le métropolitain et ont explosé au fond de mon sac. Depuis, j'ai un cabas englué qui crisse de partout.

- Notre fleur de sel, elle crisse aussi, mais elle est bien de chez nous, elle...Et des dolmens? J'parierais qu'y a même pas d' dolmens par chez eux?

- Si fait, si fait! Y'en a un, bien haut et ils en sont fiers. Il est en roc métallique boulonné. Ils appellent ça une Tour... Eiffel je crois. Elle doit servir de phare, elle dégouline de clignotants à t'en donner le tournis.

- Mais, y'a pas la mer là-bas!

- Bernique! Y a qu'une grosse, mais vraiment grosse rivière bien sale, avec des mouches dans des bateaux, là, j'ai pas tout compris...

- Bien fait! Nous on a la mer de tous les côtés... Et pis, vont-y à la messe?

- P't'être bin, quand y z'ont mis dehors les troupeaux en bermuda, en clic-clac kodak, y peuvent p't'ètre causer en paix à Ceux d'en Haut. Y a plus de cent églises dans ce patelin, t'as l'choix pour les horaires! Y en a une, haut perchée qui ressemble à la pièce montée du mariage de la Solenn et de l'Erwann et pis une autre, graaande, avec une rosace tellement belle que c'était comme si j'avais vu une apparition...

- Y doivent être bin r'ligieux dans l'secteur...

-  Sûrement, hein...

- Font-y des Pardons, avec des binious?

- Ouais, j'crois bin. Pour le premier mai. Les commis de l'Etat de tous poils, les non commis et même les retraités sont très pieux et  font souvent des Pardons. Mais comme y'a pas d'binious, y z'appellent ça manif... Y s'attroupent, s'agitent, klaxonnent, trompettent et  beuglent dans des gros entonnoirs en agitant des draps peinturlurés. Et ça revient souvent! Y doivent avoir pas mal à se faire pardonner. 

- Bizarre quand même...Et pis, y'a -t-y des crêpes?

- Sûrement puisqu' y'a même un moulin de la Galette, y z'essaient d' nous faire concurrence. Y'a aussi un autre moulin, il est rouge, çui-là. J'l'ai pas visité, j'avais mal aux pieds, j'ai dormi pendant que l'Albin allait l'explorer avec le Grégor et le Jakez. Y sont rentés à l'aube, comme pour le dernier fest-noz...  

- Les moulins doivent fermer tard par là-bas...C'est bizarre cette vie là. On est mieux chez nous, tu crois pas Marie-Katel?

- Voui Françoise -Elwyna...

- Y t'resterait pas une niniche au fond de ton baluchon?

- Si, une rescapée que j'ai trimballée dans la capitale.

- ...

- T'aime pas?

- Elle sent la Grand'ville...et pis elle poisse de sucre écrasé.

- Viens on va s'en chercher qu'éques-unes toutes fraîches chez l'Héliaz.

- Hummmoui, Marie-Katel! Des qui sentent bon la sardine à la fleur de sel pour tremper dans l'chocolat chaud au chouchen!

- T'as raison Françoise-Elwyna, y connaissent pas c'qu'est bon dans leur Pandémonium...

-  Curieux que tu me parles de pandémonium, vaste sujet! Alors qu'Alban s'encanaillait, j'ai été conviée à une nocturne privée au Louvre pour considérer un détail du célèbre tableau "Le Pandémonium". Je l'ai choisi pour illustrer ma thèse " Le sublime exaspéré des Mondes perdus"...J'ai pris du retard, ma soutenance est dans un mois à Londres.                                 

-  Ce sera vite venu, mon amie doctorante. J'ai à faire également, hier j'ai décelé une anomalie lors du dernier fixing de 17h 35 du CAC 40. Mon MP3 m'a restitué des calculs de  moyenne pondérée assez alarmants. Il me faudra tirer ça au clair avant mon départ pour Tokyo. N'oublie pas que tu m'y accompagnes!

- Bien Madame l' Inspectrice des Finances, laisse-moi juste le temps de désensucrer mon cabas!

                                                                                     et bla, bla, bla, et bla...

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Verres tout ronds

Publié le par François & Marie

Providence des prunelles amblyopes, nos verres tout ronds cerclés d'écaille ont donné à une fillette un air de petite chouette aux yeux bleus.

P-tiote-lunette.jpgPour elle, nous avons pris garde de viser juste entre les cases crayeuses d'une marelle, où  tressautaient ses sandalettes, de la terre au ciel en évitant l'enfer.  

Ses peines enfantines nous ont embués de larmes lorsqu'elle trépignait des "c'est pas juuuste!" ou saignait de coudes écorchés.

 Son regard fiérot nous a égayés quand elle bravait avec succès les défis des "même pas cap!" 

 Ses yeux neufs retrouvés, en un fond de tiroir elle nous a pour un long temps négligés. 

Bien des décennies plus tard, avec une once de nostalgie, elle nous affiche et nous contemple, sur un vieux cahier négligemment posés.

.....................................................................................................................................................................................

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Homophonies approximatives -

Publié le par François & Marie

Défi n°57 proposé par Nounedeb pour la communauté "Les Croqueurs de mots".Camel2

Imaginez une histoire qui doit commencer par "Le chameau était lancé" et se terminer par une phrase homophonique (qui ressemble à la première, uniquement par les sons) de votre choix.

 

Le chameau était lancé et ondulait en longues enjambées.

Thimoléon et Olifie cramponnés à la monture étaient au bord de la nausée.

Ils se seraient cru en voilier sur la mer démontée et le bateau était secoué.

Les invités s'étaient cotisés. Le voyage de noces au milieu des dunes devait les dépayser. Hélas, le cadeau était empoisonné.

Le sable donnait à Olifie des allergies mais, puisque l'anneau était passé, elle se devait de suivre le marié.

TarbouchThimoléon n'avait pas le pied marin. Et puis, il détestait le tarbouch; il allait regretter son chapeau melon en affublant sa tête de cette pièce montée. Dans sa famille le chapeau était porté, hiver comme été, il n'allait point déroger!

Leur cerveau était embrumé (c'est dire s'ils ne font plus qu'un!). Ils avaient passé la nuit dans un château. Belle-mère avait insisté - Très sélect, vous ââdorerez!

De plus, par le guide du Couchetard paraît-il, le château était recommandé...

Mais,le château était hanté et il y faisait si froid qu'un manteau de Père Noël le fantôme avait endossé. En mai, ainsi accoutré, le spectre manquait de crédibilité! De plus, il éternuait et le manteau était mité.

Tout étourdis ils descendirent du manège, se promettant d'y revenir  demain. Olifie  choisira un escargot alors que Thimoléon pour une paisible tortue va opter.

poireaux22Envoyant valser les conventions, ils décidèrent de croquer à leur guise le pécule aux noces récolté, en débutant par un bon dîner aux Halles, où, de ouï dire, le poireau était réputé!

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De notaire à la lune.

Publié le par François & Marie

luneDemi-lunes cernées de métal doré, nos verres se sont accoutumés au perchoir d'un notarial bout de nez.  

Ils ont secondé Maître Scribe, sis en une Etude cossue, lorsqu'il déclinait les noms et qualités de chaque De cujus.

Ils ont partagé les silences respectueux de parterres d'ascendants, descendants et collatéraux, engoncés en de sombres habits.

Ils se sont penchés sur des phrases sybillines et des mots compliqués, "Tontine", "Ab intesta" et autres "Codicille". Le tabellion les décodait lentement face à de futurs héritiers qui n'avaient qu'une hâte, entendre prononcer de "legs", les quatre lettres tant attendues.

Ils ont contemplé des promis très épris, surpris de voir opposé à leurs sentiments ardents et généreux, un contrat limité, réducteur aux acquêts.

Ils ont chu par un matin pluvieux sur le bureau ciré. Leur notaire venait de s'écrouler,  feu, de leur perchoir les laissant orphelins.

Publié dans Souvenirs

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Notre paire qui êtes aux yeux

Publié le par François & Marie

Croire en la mémoire de l'eau peut être sentencieux.
Pressentir que des verres de lunettes facétieux
Confisqueraient une once des images pour eux,
Nous ferait-il basculer en camp des suspicieux?

lunettes.jpg

(cliché: Marie)

Notre-paire.jpg

(François)

Publié dans choses vues

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Défi n°56 "Roman policier" proposé par Fanfan pour la communauté "Les croqueurs de mots".

Publié le par François & Marie

                                      - Roman policier-

L'histoire commence ainsi:

"Un soir d'orage où le bruit du tonnerre se mêlait à un plastiquage, près de la maison de Dumè..."

A vous de continuer.

Voici les questions:

1- Pourquoi la porte du frigo est-elle ouverte?

2- Pourquoi y a-t-il une chaussure à l'intérieur?

3- Pourquoi le grand -père est-il couché dans l'entrée?

4- Que fait le parapluie dans le lit conjugal?

5- Où est passée la grand-mère?

6- Pourquoi la bouteille est-elle vide?

7- Où sont passées les casseroles?

8- Qui a dit que c'était impossible?

9- Pourquoi lundi?

10- Que fait le chat chez les voisins?

...................................................................................................................................

Un soir d'orage où le bruit du tonnerre se mêlait à un plastiquage, près de la maison de Dumè, il se mit à grêler dru.

Le commissaire Calistu-Calistu ("Très Beau-Très Beau", traduction métropolitaine gratuite) et son sous-fifre Lisandru ("Alexandre" pour nous autres continentaux), étaient chargés d'élucider une affaire de la plus haute importance. Ils s'étaient vu intimer l'ordre de mettre fin, dans les plus brefs délais, aux agissements du vaurien qui plastiquait, systématiquement les lundis de pleine lune, les vieux cageots et cagettes de Dumè, jetés à la diable dans le terrain vague près de sa maison.

La déflagration faiblarde retentit alors que les deux enquêteurs planquaient accroupis derrière leur Vespa 125 à side-car incorporé.

Vespa BDLe mas ancestral de grand-père Missia, grand-mère Mina et du matou "Chat-vieux" était dans leur collimateur.

Cette maison aux volets ouverts et aux fenêtres éclairées était suspecte. Traditionnellement dans ce village, on vit dans la pénombre des persiennes closes pour éviter mouches et moustiques et pour mieux épier les voisins. 

- Maintenant! intima Calistu -bis qui en avait ras le chapeau mou de se faire matraquer par les grêlons teigneux.

Lisandru bondit jusqu'à la bicoque. Se souvenant à temps qu'il n'était que stagiaire, il courut au ralenti-arrière et se mit sur pause devant les vieilles pierres ébréchées des escaliers.

Il convenait de laisser à son supérieur l'immense honneur de s'ecchymoser l'épaule droite en forçant la porte en bon bois d'arbre (dont la grosse clé pendait à la serrure).

- Police! clama le chef en braquant le faisceau de sa lampe-torche dans l'entrée (pourtant généreusement éclairée), personne ne bouge!

Personne ne bougea! D'ailleurs il n'y avait pas foule, seul grand-père Missia ronflait comme un sonneur au milieu du passage. Point de Chat-vieux ni de grand-mère Mina.

- Ah ça c'est du roupillon, siffla Très -Beau admiratif. Bizarre, il lui manque une godasse, remarqua-t-il fine-mouche, en éclairant une chaussette, tricotée-maison, en coton -pieds- sensibles -100 % fil d'Ecosse prune moucheté cerise burlat.

Réalisant que deux flaques d'eau les cernaient peu à peu, il ajouta pensif - Il est pas comme nous, il est bien sec le veinard, il pionçait déjà avant l'orage. " Icelui, fût-il orant avant que d'être gisant? "... poétisa-t-il dans un souffle.

Les sourcils du stagiaire s'arquèrent d'admiration. Une ride horizontalisa son front soudain soucieux: parviendrait-il un jour au niveau de culture de son chef ou était-il plus sage de démissionner illico?

Calistu ignorant dans quelle immense confusion d'esprit il venait de plonger son subalterne, mit le cap sur la cuisine qui jouxtait l'entrée. Il tomba en arrêt devant le Frigidaire ventru resté grand ouvert.

- Eh ben bravo l'économie d'énergie, bougonna ce sauveur de la planète. Quelle gabegie! Du cuir d'avant-guerre, s'indigna-t-il en découvrant la chaussure vagabonde de Missia qui squattait un reste de salade de pâtes au concombre et figatellu, sur la clayette 4° Celsius réservée aux plats préparés.

Accouru, Lisandru n'avait cure du cuir mais bavait d'envie devant ce plat succulent gâché par ce soulier incongru...Pour ne pas être tenté, il fureta dans le cellier tout proche. - Tiens, ça sent l'orange par ici, remarqua-t-il.

- Et ça continue! On range une bouteille vide dans le frigo! S'emporta le gradé, fervent défenseur du tri sélectif. Cette armoire réfrigérée est aussi mystérieuse que le placard de Barbe bleue, qu'en penses-tu fifrelin?

Lisandru révisa vite fait le vocabulaire-maison et s'exclama - Ben, c'est bien sûr chef, y'a du bizarre-bizarre dans cette cantine! Zieutez donc les ronds de traviole sur le mur.

- Traces de casseroles...Cinq. Diamètre douze à vingt. La batterie complète, évaporée...Récita le patron.

Lisandru admiratif, se sentit une fois de plus bien petit; seul un boss est capable, d'un seul coup d'oeil d'estimer un calibre de gamelles, par ailleurs... inexistantes. Le moral bas, il soupira.

- C'est le bouquet! Ricana le fin limier qui venait de pénétrer dans la chambre conjugale, v'là t'y pas qu'un parapluie noir sieste grand ouvert sur le lit, on aura tout vu!

 Yeux ronds et bouche bée, le subordonné s'appuya au chambranle, eut un reniflement interrogateur et constata tout haut - La aussi, ça sent l'orange!

Calistu-bis flaira l'air - Non gamin, ça sent la clémentine. Et pas n'importe laquelle, la clémentine CORSE.

- "Constitutiones clementinae", doit son nom à Frère Clément, longues feuilles effilées très parfumées, brillance, petit cul vert, chair sans pépins, juteuse et acidulée", récita rêveur Alexandre redevenu continental. Il connaît bien ces délicieux agrumes, sa maman en raffole. Pour elle, quand il était petit, il chapardait chez le primeur leurs belles feuilles vernissées et les lui offrait en odorant bouquet...

- Mazette, applaudit Calistu-bis éberlué, une vraie encyclopédie, bravo le mouflet!

Mouflet rougit et se sentit presque sous- chef ! Son moral remonta.

- Oui et alors! Chat-vieux et moi on mangerait des clémentines sur la tête d'un pouilleux, c'est-y un crime? grinça la voix fluette de la grand-mère Mina, sorte de petite fourmi noire les bras empêtrés de casseroles, qui venait d'entrer sans bruit par la porte du cellier. 

- Qui vous êtes, vous? Qu'est ce que vous fichez chez moi? D'où qu'vous v'nez? Vous voulez quoi? furibarda-t-elle en questions -rafales tout en plaquant ses marmites dans les bras du chef. Icelui se retrouva en situation hiérarchiquement embarrassante.

- Police! Eh! Les questions c'est moi qui les pose, se cabra l'agent en transmettant avec brusquerie son fardeau bassement ménager à un Lisandru... qui, hiérarchiquement, s'y attendait.

- Police, disais-je! Enquêtons sur plastiquage cagettes z'et cageots. Investiguons, rapido:

   très beau1- Casseroles disparues, motif ?

Grand-mère Mina: - Orage, voisins fuites plafond, téléphone SOS                     récipients...Illicite? 

   2- Porte frigo ouverte, motif ? 

   3- Bouteille vide frigo, motif ?

Chat-vieux: - Famine! Santa Mina m'offrir clémentine...Extase...Mais famine encore! Youpi fond bouteille lait, frigo. Adorémus-Mina, dans écuelle lait verser. Drrring- téléphone. Bella-Mina lâcher- réflexe  bouteille vide frigo. Madonna-Mina laisser "General Motors" porte ouverte. Mina-beatum bondir "ALLO"! ...Illicite?

   4- Parapluie dans lit, motif ?

Grand-mère Mina: - Dare-dare!  Parapluie à la volée. Si douairière corse sort sans châle noir= deshonneur. Presto!  chercher fichu armoire chambre = oublié parapluie sur lit...Illicite?

   5- Chaussure dans frigo, motif ?

Grand-père Missia:  - Chat très braillard. Mina pas là. Ôter soulier. Viser chat. Raté! = Aterrissage croquenot dans frigo... Illicite ?

   6- Grand-père roupille entrée, motif ?

Grand-père Missia: - Bel après-midi "Café des Amis" + petit muscat corse mummm...velours! + belote + re-velours + re-re-velours =  besoin dodo... = chambre. Ouh là ! Stooop! Lit + parapluie = diablerie... Donc, roupiller entrée...Illicite ?

   7-8-  Mina pas là et chat chez voisins, motif ?

Grand-mère Mina: - Faudrait suivre, hein! Mina + casseroles chez voisins. Chatière porte cellier, matou sortir, retrouver Mina = Mina + chat chez voisins...Illicite ?

   9-Plastiquage lundi, motif ?

 Mina, Missia, Chat-vieux:  - ...???

   10- Qui a dit  "impossible", motif ?

Mina, Missia, Chat-vieux:  - ...???

Le trio semblait avoir de solides alibis.

Calistu-Calistu en syndrome avancé de rhume de poitrine et en état d'hypoglycémie ramollissante, décida que vue l'heure tardive il était grand temps de rentrer prélasser ses pieds en charentaises- Jéva.

Lisandru ne se fit pas prier pour lever le camp. Il serait à l'heure chez Gaumont-Pathé où se donnait un super western noir et blanc, muet (quel régal d'arranger soi-même les dialogues!).

Agrippé au siège du side-car que son chef malmenait, l'apprenti-policier, pour oublier qu'il était mort de trouille, cogitait.

Il eut été chef, il eut pu se questionner:  d'où Chat-vieux tenait-il le fil bleu (fleurant la clémentine) avec lequel il jouait sous la table, durant la séance d'interrogation? Il lui semblait avoir entr'aperçu ce genre de câble azur dans les débris de cagettes explosées. Mais quand on n'est qu'apprenti, on n'est  pas chef! Et quand on n'est pas chef, on évite de se poser des questions.

 Il eut été chef, il eut pu se remémorer un brumeux épisode, rapporté par le neveu du cousin de la belle-soeur du frère d'un de ses amis, qui insinuait que Mina aurait transformé en coq au vin le gallinacé de Dumè, qui lui déterrait ses radis. En représailles Dumè lui aurait raflé, un lundi de pleine lune, toutes les feuilles de son clémentinier. La cuisinière de fricot frauduleux s'était retrouvée ainsi dans l'impossibilité de vendre sa récolte sous l'appellation " Clémentines corses AVEC FEUILLES ". Ses feues feuilles étaient pour elle un important manque à gagner.

 Mais Lisandru n'était pas chef...Et quand on n'est pas chef, on n'est pas habilité à soupçonner de plastiquage les lundis de pleine lune, qui que ce soit, pas même une petite fourmi en châle noir...

  Si l'on n'est pas chef, on ne peut subodorer que cette même petite fourmi, en parfumant la chatière à la clémentine, inciterait son vieux matou à la franchir, déclenchant ainsi la bombinette. Impossible de subodorer, vous dis-je, quand on n'est pas chef...









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Tout pour ma cherry

Publié le par François & Marie

Noeud papillon  
Coeurs de pigeons
Protestation!

CerisesJPEG.jpg

(Cliché: Marie) 

Publié dans choses vues

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Abader lè vèch's

Publié le par François & Marie

(Texte patoisé de l'article en français Mistice ) 
Que dit Pèques dit pèqu'rettes aveu... d' la ball' harbe au-te!
V'là v'ni l'temps d'abadi lè vèch's au pâquis.
Y'ètot tou in systèm'.
Et d'un, fèyot lè sotchi de yeut'ètâle. Ill ètint ébarlutées pou l' soulé, ill r'chignint à n' èvanci...
toutou2Et de deux, y faillôt n'enmouner l'troupiau veu la chintre, in travèchant la reute. Bin heureux, y'avôt èn' auto de ci de là, yètôt point qu'm'en aujd'heu;
Faillôt s'pianter d'aveu in bâton veu lè barches pou qu'ill allint drêt.
Ill savint pi-e guèr' merchi, lè gravillons y'e talint lè pi. Y' s'dandinôt, y b'sillôt, y' chôgnot, y viôt se r'viri, y' cônot, y'ètôt in cômmèrce impossi-by-e!
Ben heureux, y'avot l'chin d'bargi que fiot bin c'qu'el avot n'à fér!
Laut'je j'avos öyi dè vèch's que breuillint, ill z'ètint dan èn' bétaillèr' condute pou in tagazou. Trouais pou trouais, ill sant baguenaudées veu l' pâquis. Ill m'fi-int songi à c'tè qu'en enmounot veu l'gibet...
Y'è p'tét'bin pouèsqu'y è pi-e dè vèches pou l'laicé, y'è dè bétes pou l'bistec! Y'è p'tèt'bin pou çan qu'y a pi-e d' chin, pi-e d'bargi...P'tèt'bin pou çan qu'ill z'ant pi-e d'nions, qu'an y'e z'y cause pi-e ape qui frondale. Va-t-en don sâvouèr'...

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Défi n°55- "Panne d'électricité"- proposé par Capitaine Tricôtine-

Publié le par François & Marie

Panne d'électricité-

 

Madame Pômée Sanzélektricité, issue de la génération presse-boutons,dort sur une montagne de picaillons.

Elle a eu le nez fin en ouvrant boutique de bougies, allumettes et lampes de poche à remontoir zinzinant, dès le début de la grande panne de courant. Depuis peu, on trouve sur ses  rayonnages un guide de " Nouvelles pratiques de déambulations dans le noir sans écorner la commode de tata Lucienne." Elle propose également un assortiment d'onguents-guérisseurs -d'ecchymoses pour les sots-radins qui s'obstineraient à snober son manuel GPS.

Nuit2

 Le fils de madame Sanzélek, un distrait de première, n'a plus à paraître navré d' exhiber une socquette bleue à dextre et une jaune à  sénestre, cette pénombre, quelle liberté! Personne pour lui reprocher son pull à l'envers porté ni ses joues mal rasées!

Monsieur Sanzélek jubile. Depuis que s'est installée cette nuit qui annule la notion de temps, il n'est plus tenu de payer ses dettes " avant l'août foi d'animal". Il en est fort aise!

Dans les ténèbres Madame Pômée qui n'a pas tout compris, s'extasie - Quelle belle capacité ce nouveau réfrigérateur!  et vide dans l'ascenseur ses radis, poireaux, yaourts et panais.

Puis elle s'impatiente, plantée devant une porte d'où sort du froid et qui fleure le Munster, elle attend depuis une heure qu'il bouge ce maudit ascenseur...

Dans le noir, elle affirme d'un ton sans appel - Madame, j'étais là avant vous! au ficus du salon; elle s'assied sur le chien, constate - Le dentiste a bien fait de changer les sièges de sa salle d'attente, un peu bas peut-être mais bien douillets ma foi!

Dans sa cuisine sombre, elle se régale de crème pâtissière bêtement étiquetée "mayonnaise de Dijon"...

Elle n'y voit goutte, pourtant elle âdooore les chocolats de son anniversaire garantis "cueillis main" dans une oliveraie provençale.

Dans sa salle de bains, elle trouve bien moelleuse la brosse à cheveux-balayette trouvée à tâtons. Puis s'étonne de la saveur du dentifrice qui s'honore d'être "anti-frizz, cheveux secs".

Allongée dans l'herbe, madame Pômée oublie le mutisme des radios et télés. Elle se délecte du chant des grenouilles et des grillons. Elle détecte Cassiopée, puis l'étoile du Nord (pour éviter peut-être de le perdre complètement...). Quelle quiétude! 

...Elle ne sait pas encore qu'elle est assise sur une fourmilière, laissons-la rêver...

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