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Un Conte de Noël

Publié le par François & Marie

- Bien, chers petits rennes, j'ai tenu à ce que nous puissions nous rencontrer pour entendre l'expression de vos difficultés et trouver ensemble une solution qui conviendrait à tous. 

- Moui... Qui nous dit que vous n'êtes pas un espion à la solde du patronat venu nous enfumer et briser dans l'œuf une manifestation solidaire ?  

- Eh, mais Totor, tu vois pas que c'est le Père Noël ? C'est notre chef bien aimé

- Ben Oui Totor, Sans lui, on serait juste des chèvres à brouter le lichen des bouleaux dans la toundra. 

- Ben oui , Totor grâce à Santa, on est logés, nourris abondamment et on fait un boulot de rêve, quoi ! 

- Euh, Tornado, mon ami, je crois que tes petits camarades n'ont pas tort... 

- Tornade ! Carl Gustave Tornade et je suis le délégué du personnel navigant technique de l'entreprise de livraison aéroportée Noël & Co. 

- Oui Tornade, je le sais puisque c'est moi le Père Noël et le "&co" c'est vous tous, mes Rennes agiles et vifs comme la lumière ainsi que mes joyeux lutins.

- Ah ! Parlons-en de ces joyeux lutins, car sous prétextes qu'ils sont ingénieurs en joujoux et blagues de réveillons, ils bénéficieraient d'avantages en nature bien supérieurs à leur qualification. Alors que nous autres, rennes de terrain, sommes exploités pour notre seule force de travail ainsi que notre capacité à tracter des traineaux d'un poids considérable ! Je suis d'ailleurs certain que la médecine du travail ne tolèrerait pas de telles conditions dangereuses conduisant à des troubles musculo-squelettiques.

- Eh Totor, tu exagères là, parce qu'on se marre bien quand on vole en tirant le traineau.  

- Bien, mes petits rennes, je comprends que vous puissiez être énervés avant les fêtes, qui ne l'est pas ? Alors, pour vous détendre, je vous propose un stage qui devrait vous plaire…

- Y aura du goûter ? 

- Ah ça, je crois que Santa Mama veut mettre les bouchées doubles. 

- Ouaiiiis !

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Un Conte de Noël

Publié le par François & Marie

- Alors comme ça, Rudy, tes petits copains manifestent dans l’entrepôt pendant que toi, tu te goinfres.  

- Mais ch'est bon cha les crêpes, et ch'est pas ma faute s'ils chont en retard pour le goûter. Pis moi cha m'intérèche pas le meeting.  

- Je n'ai jamais vu les Caribous bouder mes crêpes, je suis certaine qu'ils vont rappliquer comme des affamés après leur petite réunion. D'ailleurs, je n'ai pas bien saisi ce qu'ils demandent. 

- Ah ma chère amie, je crois qu'une petite rivalité entre nos Lutins et nos Rennes est à l'origine de cette… bouderie ! Ce n'est pas la première fois qu'ils se chamaillent. 

- Oui, mais enfin, la période n'est pas vraiment bien choisie. Nous avons une tournée à préparer, si on veut la mener dans de bonnes conditions, il faudra revenir à de meilleurs sentiments. De mon côté, je suis prête à doubler la ration de crêpes s'il le faut ! 

- Excellente initiative ma chère amie, et moi, je crois que j'ai une petite idée pour rabibocher nos Lutins et nos Rennes. 

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Un Conte De Noël

Publié le par François & Marie

Mais qui sont donc ces fameux lutins, objets de critique de la part des Caribous ?

Ils sont trois au Santa Palace sis au Pôle Nord : les frères  Bric, Brac et Broc. Ce sont eux qui conçoivent les joujoux et les blagues qui entourent les papillotes.  Les trois lutins élaborent et construisent les jeux et jouets dans leur atelier, les produits terminés sont ensuite centuplés dans le sac magique de Santa. Car c'est là un des secrets de la Grande tournée, Santa n'emporte qu'un grand sac dans lequel les joujoux se multiplient à volonté ; il peut ainsi voyager léger dans son traineau. Ce n'est pas le seul secret du Bonhomme Noêl, mais une clause de confidentialité nous empêche de tout révéler. 

Bric Brac et Broc ont une imagination foisonnante qui leur permet de créer des cadeaux extraordinaires pour petits et grands. Santa se charge de les distribuer grâce à l’extrême agilité en vol orbital des neuf Caribous. Pour entretenir leur imagination et leur bonne humeur , Santa Mama les nourrit exclusivement de crêpes de Noël au sirop d'érable et de thé à la cannelle. 

Comme on peut le voir sur la gravure, ils sont régulièrement plongés dans une réflexion monacale qui sera suivie de la réalisation minutieuse et horlogère des nouveaux joujoux. 

- Eh les gars ! Avec quoi on ramasse la papaye ? 

- Je sais pas .. vas y ? 

- Avec une foufourche !

- Ouaaah la blague ! À moi : Qu'est-ce qu'un canif ? 

- Un couteau ? 

- Maiiis non , un caniF c'est un petit Fien !

- Non les gars, un peu de sérieux quand même… pensez aux pauvres caribous qui se gèlent les pattes ! 

- Les pattes au gaz ? ou les pattes aux œufs ? 

- Les pattes à strophes, car ils en font toute une histoire !

- Arrêtez, j'ai mal aux côtes à force de rigoler ! 

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Un Conte de Noël

Publié le par François & Marie

- Bon les gars, tout le monde est là ? 

- Ah bah non, Rudy est avec la patronne, il touille la pâte à crêpes. 

- Rhaaaa mais quel fayot celui-là, sous prétexte qu'il a un nez rouge lumineux, il se croit indispensable...

– Faut dire que s'il n'était pas là, on ne verrait rien dans la nuit de Noël ! 

- Ok, Fring' mais on n'est pas là pour causer code brouillard et feu de détresse, si on est là, c'est pour décider ensemble d'une action, car la situation est devenue insupportable !

- Ouais t'as raison Totor, les crêpes ça va bien un moment mais faudrait voir pour un peu plus de gâteau à la carotte !

- Ouais ! Ou du Christstollen... c'est bon ça !

- Ou de la Pavlova, avec plein de fruits rouges ....

- Nan mais les gars, on ne fait pas une réunion Tupperware là ! On est là pour dénoncer les conditions de travail au sein de l'entreprise et décider de l'action à suivre pour négocier des accords de branche dans les différents secteurs d'activité. La maison Noël va mal et nos camarades sont au bord du burn out ! 

- Qu'est-ce qu'il raconte ?

- J'en sais rien  : il est comme ça Tornado, dès qu'il enfile un gilet jaune, il raconte n'importe quoi…

- Camarades ! Les lutins ont des privilèges entrepreneuriaux indécents qu'il faut dénoncer ! À bas les différences de classe !  

- Qu'est-ce qu'il raconte ? 

- J'en sais rien, il veut retourner à l'école je crois, il a parlé de classe. 

- Camarades ! Allons rencontrer la direction pour négocier des conditions de travail plus équitables !

- Qu'est-ce qu'il raconte ? 

- Il a parlé de table... ça doit être l'heure du goûter…

-  (tous) Ouaiiiis allons-y !

 

 

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Un Conte de Noël

Publié le par François & Marie

- Wouah, eh ben ... il a dérouillé le traineau de Santa ! Chaque année c'est la même chose, il faut remettre en état le matériel. Nan, mais regardez-moi ça : on ne va pas faire la tournée avec cette épave. D'autant plus que pour la sécurité, je ne suis même pas certain qu'on soit aux normes. 

- Pas de ceinture de sécurité, le patron dit que ça le gêne pour ses livraisons...

- La clim' on n'en parle surtout pas. 

- Les amortisseurs sont vieux comme mes robes, ça secoue à chaque fois qu'on atterrit et on perd la moitié des paquets...

- Et qui c'est qui qui doit faire le contrôle technique et la remise en état comme à chaque saison ? 

- C'EST NOUS !

- Aaaah ben ça ! les Lutins ne viendraient pas nous donner un coup de main, trop occupés qu'ils sont à passer un coup de polish sur les joujoux. Nous aussi, on peut avoir froid aux papattes. 

- Et puis ce n'est pas notre spécialité : nous sommes qualifiés pour la traction  circumterrestre en haute atmosphère et pas pour faire l'entretien au garage. 

- Ouais… les gars, il va falloir provoquer une réunion d'urgence avec la direction.  

 

 

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Un conte de Noêl

Publié le par François & Marie

- Alooors voyons, nous avons assez de farine pour les crêpes jusqu'au réveillon. Il faut prévoir large, des invités de dernière minute peuvent surgir à tout moment. Je vais en commander un ou deux quintaux de plus, on ne sait jamais. Pareil pour le sirop d'érable se serait ballot d'en manquer. 
Je vous note tout ça, les Caribous ; vous irez m'en chercher au Marché de Noël de Chibougamau  Qc. Pour le sirop, demandez la "cabane à Colette " c'est le meilleur.
En revenant, vous m'aiderez à installer les couronnes. Cette année, j'ai envie d'en accrocher tout  partout, dedans et dehors. Vous mettrez bien vos parkas, il fait -52 dehors. 
Qu'est-ce que j'oublie...heu... non rien.

- Eh ben dis donc, elle n'amuse pas le terrain la patronne, moi, je pensais qu'on devait juste tirer le traineau céleste pour distribuer les joujoux à tous les 'tits n'enfants. Et là, on est renne - à - tout faire. 

- Elle pourrait demander aux Lutins, mais ceux-là, j'te jure :  ils se prennent pas pour la queue de la cerise. "Nia nia nia, on fabrique les jouets, nia nia nia, sans nous Noël n'existerait pas, nia nia nia, on a besoin d'être tranquilles à l'atelier." 

- Mouais je me demande s'ils ne tirent pas un peu au flanc... Parce que leurs fameuses "exclusivités de créateurs" entre nous,  il parait qu'ils vont les commander sur Mazone. 

- Carrément. Et après, ils se font bien voir par Santa, tu parles d'une arnaque, et après ? qui c'est qui se tape tout le boulot ? 

- Eh ben, c'est nous. 

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Un conte de Noël

Publié le par François & Marie

Comme chaque année à cette période, la maisonnée du Père Noël déborde d'activités. Il y a tant à faire pour préparer la Grande Tournée. Les caribous, en charge de la traction du célèbre traineau, se rendent indispensables en donnant un furieux coup de pattes  à Santa le maître des lieux. Les Rennes des neiges ont la réputation d'être dociles, travailleurs et solidaires entre eux. 

- Nan mais t'es sérieux avec ton panneau là ? On est les seuls à habiter ici et on connait le chemin par cœur, c'est vraiment pas la peine de jouer les Picasso. Viens plutôt nous aider à ranger les nouveaux joujoux. 

- Eh ben voilà ! Môssieur "je sais tout" a encore bramé. Je ne sais pas si tu es au courant mais les Noël reçoivent régulièrement de la visite, quelques indications routières ne sont donc pas de trop. 

- Espèces de babache, va ! on n'a même pas de route par ici… les seuls transports se font en traineau magique et c'est nous qui le tirons, je te rappelle ! Pour le moment on a du tri à faire, alors t'es gentil, tu poses ton pinceau et tu viens nous aider : on n'est pas là pour beurrer les tartines. 

- Béotien va !

- Faignasse !

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Défi n°316 proposé par Josette pour Les Croqueurs de mots

Publié le par François & Marie

Face à l'inattendu !

Suite à un phénomène imprévisible l'électricité vient à manquer pour une durée indéterminée !

Il vous reste une bougie et des allumettes...

Vous nous racontez cette expérience !

Avec 4 mots imposés :

Atourneuse

Embarbotter

Marsouinage

Tranche-montagne 

Atourneuse : Femme qui dans le passé, gagnait sa vie en coiffant et en parant d'autres femmes, ou en louant des bijoux.

Embarbotter : C'est une façon de parler de manière confuse et désordonnée.

Marsouinage : Rebond répétitif de l'arrière d'une voiture, notamment de F1, à haute vitesse.

Tranche-montagne : Fanfaron qui se vante d'exploits fabuleux.
...................................................................................................................................................

Sa montre fait de l'espionnite aiguë ; un bip clignotant vient d'ordonner à Anne-Catherine "debout - marcher".
Pff, Anne Catherine juge que ça peut attendre. Elle vient juste de débuter une méticuleuse broderie sur un voile de soie diaphane.
L'autoritaire tocante connectée s'impatiente, elle vibre de façon pressante.
Anne Catherine soupire et délaisse son ouvrage délicat. Après tout, ce chronographe ne veut que son bien, sans lui elle prendrait racines sur sa chaise pivotante.
- Allons-y Georg Friedrich Haendel, débobinons ta sarabande ti.. ti .. titi ti, ti ti titi ti, titi titi titi ti titi.
Ton rythme me plaît, j'arrondis le dos je déploie bras et jambes en arabesques lentes et j'avance semi-accroupie tel un rat d'hôtel masqué.  Ti ti titi ti, ti t............................. Silence. 
Déconcertée - où es-tu passé Georg Friedrich ?
Médusée - pourquoi fait-il presque sombre ?
Sidérée - les plombs ont sauté...
Un message extérieur bien renseigné indique : panne de courant, durée illimitée.
Impossible.
Ça ne peut pas lui arriver.

Pourquoi maintenant ?
D'ici deux heures son ouvrage doit être terminé. La représentation historique débute à vingt heures.
D'un élan rageur elle vérifie tous les interrupteurs - la génération presse-boutons ne conçoit pas que l'éclairage lui fasse faux bond : que la lumière soit et elle doit être. Illico-presto. C'est un ordre.
Elle passe à nouveau tous les commutateurs en revue, leur demande gentiment de faire leur devoir, la sombritude persiste et la nargue.
Désemparée, elle les menace des pires maux, leur ordonne de lui obéir, les frappe...
Elle ne se maitrise plus, ses pensées divaguent, elle crache des paroles qui ne comprennent plus ce qu'elles disent. Lamentablement, elle embarbotte.
Elle s'écroule, un mur bienveillant s'empresse de la caler.
Elle ne pense plus, ne parle plus; le regard fixe elle sanglote sans pleurs.
Des spasmes l'agitent ; son esprit confus la plonge à l'époque où elle fréquentait un tranche-montagne. Il l'avait embarquée à bord d'une époustouflante voiture de course écarlate. Elle s'est retrouvée saucissonnée dans une combinaison raide qui sentait le moisi, et imbriquée dans un casque-étau qui la momifiait.
- Tu verras, tout n'est que souplesse sur la piste, on va glisser sur l'air, un véritable rêve, avait assuré ce fier à bras.
Tétanisée, scotchée au siège, elle fermait les yeux et oubliait de respirer.
Quand le bolide s'est mis à faire du marsouinage, elle a cru mourir; persuadée qu'ils avaient perdu les quatre roues; enchâssée dans son casque elle y vomit ses tripes et en fit une jaunisse.
Est-ce ce souvenir qui la fait sursauter et sauter sur ses pieds ? 
Elle ne va pas se laisser abattre ! Elle va se montrer digne de qui elle est : une atourneuse de talent, une modiste, une couturière hors pair ; ce n'est pas par hasard qu'elle porte les prénoms de ses patronnes.
Dans le noir, elle tâtonne et tire d'un tiroir une demi-bougie et quelques allumettes.
Cette panne d'électricité va finalement remettre les choses en place.
En début d'après-midi, "l'amie" du metteur en scène a surgi, sans frapper, dans l'atelier de Anne-Catherine et très sûre d'elle a commandé :
- Pour la représentation de ce soir, je veux un haut chapeau conique orné d'un voile en soie dorée. J'ai apporté le gabarit et le voile.
- Mais... ce cône mesure un mètre de haut, il sera importable... Ce n'est pas un hennin, c'est une Tour Eiffel...
- J'exige un grand chapeau qui en jette ! Je veux être la plus belle, la plus grande, la plus visible, donc la plus admirée de toutes les femmes de la cour.
- Le hennin ne se porte pas à la cour de François Le Premier, à cette époque, c'est un chaperon qui orne la tête des Dames.
- Je ne tolérerai pas d'être contrariée par une employée. Sachez que je déteste être chaperonnée  même par un modeste cache-tête aussi raplaplat qu'un vulgaire béret. J'exige un... comment dites-vous...? un N.Un ?
- Un hennin.
- Oui, un N.Un, c'est ça.  
- Par professionnalisme, je me dois de respecter les costumes d'époque...
- Je vous somme de me fabriquer un N .Un, c'est un ordre. Vous ne savez pas à qui vous avez affaire, ma p'tite, rugit la belle en claquant la porte. 

... Oh si, je sais qui tu es, vaniteuse botoxée, hier encore tu vendais des légumes sur les marchés ;  je crois deviner de quelle façon tu as embobiné ce vieux beau de metteur en scène.
... Tu prends tout le monde de haut, tu n'es qu'une prétentieuse; je vais te faire une confidence : tu ne mérites pas un hennin et, grâce à la panne d'électricité, tu ne le porteras pas ce soir.
... Oh, quelle maladroite ! Dans un moment de distraction je me suis assise sur une sorte de grand cône; il est tellement écrabouillé qu'il serait indigne d'orner le chef de la maîtresse du patron et ne saurait paraitre à la cour de François Le Premier. Oh quel dommage... Allez, le N.Un, poubelle !
... Oh zut, la flamme de la bougie a brulé la moitié du coupon de soie ... ( soie artificielle  de qualité médiocre, le vendeur t'as bien été bernée Madame-vous-ne-savez-pas-qui-je-suis ! )
... En guise de chaperon, je vais enrubanner de ta fausse soie une vieille couronne de Noël en polystyrène - le toc appelle le toc - et tu deviendras une simple figurante, pas plus haute que trois pommes !
Parfois les pannes d'électricité ont du bon, qu'en penses-tu Georg Friedrich ?
Si on fêtait ça !

                         Ti ti titi ti ...

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Défi n°315 proposé par notre Amirale Domi, en personne, pour Les Croqueurs de Mots.

Publié le par François & Marie

Domi nous dit :

Je vous propose de nous partager un souvenir personnel ou public qui a marqué votre vie !
Tout est permis : humour, joie, tristesse, colère, dérision .... laissez parler vos émotions 😁😍😣😏😭
.....................................................................................................................................................

Les parents vont partir travailler la vigne.
La mulette est attelée, mon petit frère se fait une joie de les accompagner (et surtout de guider lui-même la petite mule, assis sur les genoux de papa); il en trépigne d'impatience et se prend pour le roi du monde !
- Mémé est au jardin, on te laisse avec elle, ne fais pas de bêtises ! Et pense à l'eau pour les vaches, recommande maman.
L'équipée s'éloigne. 
On est au début des années cinquante, j'ai huit ans et un long après-midi rien qu'à moi.
Je rejoins Mémé. Elle se plaît dans son jardin attenant à la ferme, ce potager fleuri c'est son fief réservé !
- Mémé, ils sont partis. 
- Y'est bin, ptiote. Te veux rêster au cotchi aveu mouais ?
- Plus tard, Mémé ; je dois remplir l'auge pour les vaches.
Je lambine un peu dans les allées en sifflotant "cerisiers roses et pommiers blancs".
- Te subiotes à c't' heure ! An crairôt in rossignola !
- C'est bath, Mémé !
Je reviens vers l'auge en pierre. Sur son rebord je dépose une douzaine de pétales de géraniums; un à un je les léchouille et j'en décore mes ongles.
C'est beau ! Le résultat est vraiment épatant !
Les poules vont en pâlir d'envie ! Je me pavane jusqu'à elles. Je fais voleter mes mains, elles les trouvent sans intérêt puisque vides de pâtée. Pfff, bande de morfales ! 
J'en boudoune de dépit lorsque je l'aperçois, Didou, mon Didou-dindon ! Mon sourire revient illico.
Ce dindon laid me plaît ! Ses yeux cernés de bleu, sa pendeloque, son fanon et ses caroncules rouges font de lui un coquet qui s'ignore.
Mes ongles roses papillonnent face à son regard impassible. J'encourage son approbation. Enfin il approche pour admirer mon oeuvre ! Quelle déception ! Il voulait seulement savoir si ces trucs roses se mangent. Il happe un pétale, ça à l'air de lui plaire ! Lui au moins, il participe !
- Mon Didou, parce que je t'aime bien, je vais te rendre encore plus beau, moins noiraud et effacer tous tes plis. J'ai une idée. Suis-moi !
Docile il se dandine à mes côtés et béquète la moitié du rose de mes ongles.
- Que tu es lourd mon gros ! Aide-moi, saute dans l'auge.
Une fois installé, il s'y désaltère, très à l'aise.
J'active la pompe à bras. Didou baigne, tranquille. Hop, je déverse un paquet entier de lessive Omo, hop hop hop, j'ajoute un reste de Sunil, je brasse le tout et je brosse le Didou. Il glougloute de surprise. Le voilà transformé en gros oeuf battu en neige ! Plus il agite ses ailes, plus la mousse déborde en cascades.
Je jubile !
- Bravo Didou ! Plus ça mousse, plus ça décras...aaaaah... qui ? que ? 
Des ... des...
Des vaches ?
Des vaches... Déjà ?
Des vaches qui reviennent vers leur étable.
Des vaches qui ont hâte de plonger leurs mufles dans l'eau fraîche.
Des vaches qui se bousculent autour d'une montagne de mousse blanche.
Didou mort de trouille, s'éjecte bruyamment de cet enfer. Il perd la boule.
Mémé revient du jardin; elle recule de deux pas. Elle se demande si elle n'est pas en train de devenir maboule.
Un incroyable raffut accueille la Mulette, toute guillerette, qui ramène...la... parentèle.
La parentèle...
Ouille ?
Ouille !
Ouiiille ouiiille ouiiille ...


 

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Défi n°314 proposé par Martine Martin pour Les Croqueurs de Mots.

Publié le par François & Marie

THÈME : DANS LA CUISINE DE BOF-CHEF

Dans la cuisine d’un restaurant qui pourrait faire l’objet de l’émission télévisée « Cauchemar en cuisine », faites dialoguer entre eux deux ustensiles de cuisine.

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La façade du restaurant "Des Brouillards" hésite entre un mauve délavé et un kaki- taupe jamais lavé.
Les vitres de la salle sont devenus des yeux vitreux. Des rideaux jadis blancs s'y collent en cataracte blême.
La salle est d'une banalité déconcertante et périmée.
En cuisine les murs sont gris souris et les souris s'y faufilent.
Sur une étagère je patiente; je suis Girafe, râpe à fromage terne et pyramidale.
À mes côtés le nouveau petit four à micro-ondes, rutilant et tout neuf; tout fébrile il s'interroge.
- Qu'est-ce je fiche là, Girafe ? D'habitude les chefs cuisiniers nous méprisent et nous jettent par la fenêtre. Ils ne jurent que par leurs distingués bains-marie et leurs élégantes lampes chauffantes.
- Ici, on va t'aduler, crois-moi ! Ce n'est pas pour rien qu'on te surnomme Chouchou ! Tu es le sixième en six mois, tes confrères sont tous morts d'épuisement.
- Mon avenir me paraît quelque peu incertain, soupire Chouchou.
Nous restons un moment hypnotisés par le roulis des toques des cuisiniers. Ils s'affairent deux mètres en dessous de notre étagère.
- J'entends quelqu'un qui semble traîner ses savates, s'étonne Chouchou.
-  C'est Linot ! une vraie tête de linotte, une fois de plus il a égaré ses chaussures vernies, du quarante trois. Il a dû emprunter les espadrilles de sa cousine, du quarante.
- Qu'en dit le chef ?
- Il en dit "bof" !
- Ce qui en dit long...
- Tu vas comprendre, sois attentif à ce qui va suivre.
Linot, les orteils  crochetés à ses semelles en ficelle, glisse jusqu'au passe et révèle son bon de commande.
- Chef ?
- Mumm, bof, y'a pas l'feu, assure le Chef qui termine son opération hebdomadaire de curage des ongles. 
- Chef j'annonce : table neuf.
- Bof... tu veux dire cent neuf ?
- Oui oui Chef, table cent neuf.
- Il n'y a que dix tables, susurre Chouchou.
- Chef bof souffre parfois de folie des grandeurs ...
- Deux oeufs brouillés aux pétales de truffe.
- Ça fait dix ans qu'on n'a plus de truffes soufflent d'une même voix Girafe et le responsable des végétaux.
- C'est la cata, murmure Chouchou.
- Bof, rassure Chef, les pétales de pensées que tu as chopés au cimetière ce matin iront tout aussi bien.
- Deux salades frisées et ses noix de cajou.
- Chef, il reste seulement de la laitue...
- Bof ! L'arpète va aller quémander un fer onduleur chez Loulou, la coiffeuse d'en face; elle ne peut rien me refuser.
- Chef, rupture de stock pour les noix de cajou...
- Bof ! va chaparder des noix chez ta grand-mère, ce sera plus rapide que courir jusqu'à Cajou.
- Rhôô Chef ! "qu'à Cajou", "acajou",  vous avez fait un jeu de mots, s'extasie le lèche-bottes de service.
- Deux St Jacques du jour, purée de patates douces. 
- Ton tour arrive Chouchou, c'est toi qui va décongeler les noix de St Jacques.
- Mais... elles sont du jour, donc toutes fraîches, s'offusque Chouchou.
- Tu rigoles ! Si on veut du frais, mieux vaut éviter Des Brouillards.
- Quatre filets de daurade royale, légumes du jardin.
- Chef, les daurades n'ont pas été commandées ...
- Et pis... on n'a pas de jardin, dévoile Girafe.
- Bof ! La maison Kigèle-tout, va nous dépanner, ses filets de harengs sont à peine périmés. Mêlés à des patates de chez nous, on va faire un gratin mémorable. 
- Qui dit gratin, dis fromage, s'amuse Girafe, je vais me faire gratter le dos !
- Trois biscuits crémeux au chocolat et son coulis de mangue.
- Chef... les tablettes de chocolat sont introuvables... Chèèèf que personne ne sorte... sanglote le pâtissier.
- Ne trouves-tu pas que Chef à un air bizarre s'inquiète Chouchou.
- Il est tout rouge, renchérit Girafe, et le devant de sa veste devient marronnasse...
- Chèèf, bêle le roi du crémeux...
- Bof, c'est moi le coupable reconnaît le Chef, les tablettes de chocolat sous ma veste, c'était pour impressionner Loulou qui me trouve mou des pectoraux... Bof, Ça a foiré... Viens récupérer ton chocolat, sa consistance est parfaite, aucun besoin de bain-marie, tes biscuits crémeux vont faire un tabac, parole de bof.

 

Publié dans Défis

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