Défi n°316 proposé par Josette pour Les Croqueurs de mots

Publié le par François & Marie

Face à l'inattendu !

Suite à un phénomène imprévisible l'électricité vient à manquer pour une durée indéterminée !

Il vous reste une bougie et des allumettes...

Vous nous racontez cette expérience !

Avec 4 mots imposés :

Atourneuse

Embarbotter

Marsouinage

Tranche-montagne 

Atourneuse : Femme qui dans le passé, gagnait sa vie en coiffant et en parant d'autres femmes, ou en louant des bijoux.

Embarbotter : C'est une façon de parler de manière confuse et désordonnée.

Marsouinage : Rebond répétitif de l'arrière d'une voiture, notamment de F1, à haute vitesse.

Tranche-montagne : Fanfaron qui se vante d'exploits fabuleux.
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Sa montre fait de l'espionnite aiguë ; un bip clignotant vient d'ordonner à Anne-Catherine "debout - marcher".
Pff, Anne Catherine juge que ça peut attendre. Elle vient juste de débuter une méticuleuse broderie sur un voile de soie diaphane.
L'autoritaire tocante connectée s'impatiente, elle vibre de façon pressante.
Anne Catherine soupire et délaisse son ouvrage délicat. Après tout, ce chronographe ne veut que son bien, sans lui elle prendrait racines sur sa chaise pivotante.
- Allons-y Georg Friedrich Haendel, débobinons ta sarabande ti.. ti .. titi ti, ti ti titi ti, titi titi titi ti titi.
Ton rythme me plaît, j'arrondis le dos je déploie bras et jambes en arabesques lentes et j'avance semi-accroupie tel un rat d'hôtel masqué.  Ti ti titi ti, ti t............................. Silence. 
Déconcertée - où es-tu passé Georg Friedrich ?
Médusée - pourquoi fait-il presque sombre ?
Sidérée - les plombs ont sauté...
Un message extérieur bien renseigné indique : panne de courant, durée illimitée.
Impossible.
Ça ne peut pas lui arriver.

Pourquoi maintenant ?
D'ici deux heures son ouvrage doit être terminé. La représentation historique débute à vingt heures.
D'un élan rageur elle vérifie tous les interrupteurs - la génération presse-boutons ne conçoit pas que l'éclairage lui fasse faux bond : que la lumière soit et elle doit être. Illico-presto. C'est un ordre.
Elle passe à nouveau tous les commutateurs en revue, leur demande gentiment de faire leur devoir, la sombritude persiste et la nargue.
Désemparée, elle les menace des pires maux, leur ordonne de lui obéir, les frappe...
Elle ne se maitrise plus, ses pensées divaguent, elle crache des paroles qui ne comprennent plus ce qu'elles disent. Lamentablement, elle embarbotte.
Elle s'écroule, un mur bienveillant s'empresse de la caler.
Elle ne pense plus, ne parle plus; le regard fixe elle sanglote sans pleurs.
Des spasmes l'agitent ; son esprit confus la plonge à l'époque où elle fréquentait un tranche-montagne. Il l'avait embarquée à bord d'une époustouflante voiture de course écarlate. Elle s'est retrouvée saucissonnée dans une combinaison raide qui sentait le moisi, et imbriquée dans un casque-étau qui la momifiait.
- Tu verras, tout n'est que souplesse sur la piste, on va glisser sur l'air, un véritable rêve, avait assuré ce fier à bras.
Tétanisée, scotchée au siège, elle fermait les yeux et oubliait de respirer.
Quand le bolide s'est mis à faire du marsouinage, elle a cru mourir; persuadée qu'ils avaient perdu les quatre roues; enchâssée dans son casque elle y vomit ses tripes et en fit une jaunisse.
Est-ce ce souvenir qui la fait sursauter et sauter sur ses pieds ? 
Elle ne va pas se laisser abattre ! Elle va se montrer digne de qui elle est : une atourneuse de talent, une modiste, une couturière hors pair ; ce n'est pas par hasard qu'elle porte les prénoms de ses patronnes.
Dans le noir, elle tâtonne et tire d'un tiroir une demi-bougie et quelques allumettes.
Cette panne d'électricité va finalement remettre les choses en place.
En début d'après-midi, "l'amie" du metteur en scène a surgi, sans frapper, dans l'atelier de Anne-Catherine et très sûre d'elle a commandé :
- Pour la représentation de ce soir, je veux un haut chapeau conique orné d'un voile en soie dorée. J'ai apporté le gabarit et le voile.
- Mais... ce cône mesure un mètre de haut, il sera importable... Ce n'est pas un hennin, c'est une Tour Eiffel...
- J'exige un grand chapeau qui en jette ! Je veux être la plus belle, la plus grande, la plus visible, donc la plus admirée de toutes les femmes de la cour.
- Le hennin ne se porte pas à la cour de François Le Premier, à cette époque, c'est un chaperon qui orne la tête des Dames.
- Je ne tolérerai pas d'être contrariée par une employée. Sachez que je déteste être chaperonnée  même par un modeste cache-tête aussi raplaplat qu'un vulgaire béret. J'exige un... comment dites-vous...? un N.Un ?
- Un hennin.
- Oui, un N.Un, c'est ça.  
- Par professionnalisme, je me dois de respecter les costumes d'époque...
- Je vous somme de me fabriquer un N .Un, c'est un ordre. Vous ne savez pas à qui vous avez affaire, ma p'tite, rugit la belle en claquant la porte. 

... Oh si, je sais qui tu es, vaniteuse botoxée, hier encore tu vendais des légumes sur les marchés ;  je crois deviner de quelle façon tu as embobiné ce vieux beau de metteur en scène.
... Tu prends tout le monde de haut, tu n'es qu'une prétentieuse; je vais te faire une confidence : tu ne mérites pas un hennin et, grâce à la panne d'électricité, tu ne le porteras pas ce soir.
... Oh, quelle maladroite ! Dans un moment de distraction je me suis assise sur une sorte de grand cône; il est tellement écrabouillé qu'il serait indigne d'orner le chef de la maîtresse du patron et ne saurait paraitre à la cour de François Le Premier. Oh quel dommage... Allez, le N.Un, poubelle !
... Oh zut, la flamme de la bougie a brulé la moitié du coupon de soie ... ( soie artificielle  de qualité médiocre, le vendeur t'as bien été bernée Madame-vous-ne-savez-pas-qui-je-suis ! )
... En guise de chaperon, je vais enrubanner de ta fausse soie une vieille couronne de Noël en polystyrène - le toc appelle le toc - et tu deviendras une simple figurante, pas plus haute que trois pommes !
Parfois les pannes d'électricité ont du bon, qu'en penses-tu Georg Friedrich ?
Si on fêtait ça !

                         Ti ti titi ti ...

Publié dans Défis

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D
C'est fou, comment faites-vous, parce qu'après trois TI , j'ai tout de suite reconnu l'air de la Sarabande hi hi hi !<br /> Blague à part , c'est le film Barry Lyndon qui me l'a fait connaître et apprécier .<br /> Encore bravo pour votre chef d'oeuvre !!!<br /> Bises amirales.<br /> Dômi
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C
Superbe, mille bravos !!! <br /> Bonne soirée.<br /> Bisous
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Merci beaucoup Colette, belle semaine à vous. Gros becs de nous deux.
J
Un grand bravo pour ce moment de lecture jubilatoire , sans parler de cette sarabande de Haendel que j'adore . La vaniteuse botoxée en a pris pour son grade avec cet imprévu bienvenu.<br /> Bonne soirée <br /> Bises
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Merci beaucoup pour votre visite Jazzy, La Sarabande de Haendel donne une touche classieuse au texte fantaisiste de Marie, merci de l'apprécier. <br /> Bises des Cabardouche.
J
Ti ti ti ti ti ça va la scotcher la prêtresse du N.un quand le fée électricité vient au secours du "petit personnel'.<br /> Et Toujours bravo pour les participations délirantes qui me réjouissent tant texte et musique , pardon illustrations.<br /> Merci Merci à vous deux et très bonne soirée
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Merci Josette pour ce défi très inspirant qui a permis à Marie de tricoter un récit plein de fantaisie .
J
bravo les Cabardouche et oui sans électricité on ne sait plus faire ! J'ai bien ri car oui le harcèlement n'est pas le fait que des h mais aussi des f qui les entretiennent dans ces attitudes en en profitant un max !<br /> bises et belle semaine
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Il faut mépriser ces harceleurs -ses qui pensent avoir un pouvoir mais qui ne sont que des garnements mal élevés ! merci beaucoup pour votre visite sympathique. bises de nous deux.
Z
Une panne d'électricité salvatrice et vengeuse.<br /> 👍😅😂🤣<br /> Bises et bon début de semaine. Zaza
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Comme quoi une panne peut avoir des bons côtés. Merci pour votre agréable visite Zaza. Bises de nous deux.
J
Bonjour les Cabardouche ;-) eh eh....... et sur un grand air aussi musical, merci, amitiés, jill
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Ah ben ! quand on déballe la Sarabande, les textes prennent de la hauteur, merci pour votre visite madame Bill. Amitié des Cabardouche. .