En avent les ptiots ! #7
C'est à boire qu'il lui faut .

Histoires réjouissantes contées par Marie et illustrées par François.
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Colette dit :
" Je vous propose deux mots : NUIT et JOUR. À partir de cela, écrivez un petit quelque chose en prose ou en vers".
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Résultats de six jours de cogitations diurnes et de trois minutes de réflexion nocturne :
La nuit elle festonne des carreaux et des jours échelles, le jour elle récure les carreaux perchée sur une échelle.
La nuit ? pffi, elle n'a aucune personnalité, c'est une copieuse qui tombe quand elle voit le jour tomber.
Le jour est un gros trouillard, il recule lorsque la nuit avance.
La nuit des temps, le jour crispe ! (gloups !)
Nuit polaire, jour de braise. (réversible !)
Mieux vaut en être à son premier jour plutôt qu'à sa dernière nuit...
Nuit sans sommeil, jour sans réveil. (nul besoin faire sonner son JAZ)
Nuit blanche = jour sombre.
Il passa sa nuit franche dans la pénombre d'un faux jour. (On dispose d'une "nuit franche" quand on est dispensé de prendre son quart... Conclusion : on prend le train, le bateau ou l'avion)
Il n'est pas indécent de conserver sa chemise de jour la nuit, mais il est plus délicat de se balader au grand jour en chemise de nuit...
Ach... encore une impossible rencontre : le jour descend, la nuit monte...
Quoi de plus logique que de prendre du café au lait au p'tit dèj', puisque le lait du jour blanchit le café noir de la nuit.(j' n'aime pas le thé...)
Donner le jour, c'est généreux, reprendre la nuit, c'est filouter !
On promet : demain il fera jour, jamais : demain il fera nuit, en douterait-on ?
Ce qu'on étale au grand jour où le planque -t-on pour la nuit ?
On met une question à l'ordre du jour, jamais au désordre de la nuit.
Un œuf du jour l'est-il encore après qu'il a passé une nuit ? (et les z'œufs garantis frais des pâtes, le sont-il toujours après un mois passé dans l'ombre de votre placard ? À s'interroger urgemment)
Les nuits sont des coquettes, on fait allusion aux vieux jours, jamais aux vieilles nuits...
L'air pincé, Madame De Toutbienlàoùkifot morigène sa nouvelle soubrette,
- Combien de fois devrai-je vous le répéter ma fille : on enferme le vase de nuit (qui n'odore pas la rose) dans la table de nuit, alors que, sur la table de la salle à manger, on dépose le vase des roses du jour. Sachez que je ne tolèrerai pas que cette bévue se reproduise une troisième fois.

Nous voici déjà au mois de décembre ... les Ptiots vont certainement vivre
de nouvelles aventures !


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" Je vous présente Edmond ! "
À partir de ce tableau (vu dans une brocante), racontez une histoire courte en incorporant les mots : ciel, chaussure, coq, couronne, crapaud ."
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Edmond boude. Il est bougon-chiffon.
- C'est bien ma veine... il a fallu que ça tombe sur moi... Me voilà coincé, contrôlé par ces deux corbeaux gris aux bajoues flasques, aussi gais que le jour des défunts.
Et pendant ce temps, que font les autres, mes copains de récré ? Je les entends chahuter, taper du ballon, claquer des billes et rigoler en se faisant des croches-pattes.
Tout ça parce qu' ELLE, la Corneille, après m'avoir discrètement observé, m'a choisi, MOI, m'a désigné, à LUI, le curé.
Elle a dit qu'elle en est sûre et certaine, que le ptiot t'Edmond a rigoureusement le bon calibre, le bon gabarit, bref, les bonnes mensurations.
Elle a bien dit " ri-gou-reu-se-ment ", simplement après avoir observé mes chaussures, elle est fortiche la Corneille, elle a l'œil.
D'un ton ferme elle a affirmé,
- Curé, c'est bien connu, la pointure de l'humain correspond TOUJOURS à la taille de son avant-bras. Causez-en donc au Léonard de Vinci et au François de Cabardouche, eux savent ça, d'instinct.
Vexé, curé a pincé ses inexistantes lèvres, l'a toisée, regardée de travers. Ça n'est tout de même pas à LUI qui a potassé le Latin, la théologie, la philosophie et les Évangiles pendant de longues années, que la Corneille va en remontrer !
Et moi l'Edmond, dans tout ça ?
Maintenant que la rigolote a vendu la mèche, je suis bien obligé " d'avaler le crapaud ".
Bon, d'accord... je me suis laissé acheter par la félonne; en échange du service que je leur rends, elle m'a promis une bolée de gaudes* qui sentent si bon la noisette, j'en raffole. J'ai cédé.
Je sais, je sais, j'ai été aussi faible que le fut Esaü qui vendit son droit d'aînesse contre un plat de lentilles...
Oh ! et puis après tout, je ne suis pas Dieu et... les gaudes au lait sucré, c'est trop cool ! Pourtant, ça ne l'est pas au point de me demander de faire risette aux deux sombres statues. Je les ignore. Je vais tenir mes yeux bleu ciel levés vers le ciel, en attendant que " ça prenne." Combien de temps le noiraud a-t-il dit qu'il fallait patienter ? de vingt à quarante minutes... c'est longuet, je me suis fait berner, j'aurais été en droit d'exiger DEUX bolées.
Sans l'observer, je sens que curé tend le berceau de ses deux mains crochues vers le plâtre humide et froid qui emprisonne mon avant-bras. Il veut protéger SON moulage, impatient, il semble l'encourager à accélérer la prise. Il y tient. Ce sera SON œuvre. Elle est d'envergure : il s'est mis en tête de changer le coq de SON clocher; il le veut géant, le plus haut du canton. Serait-ce pour contrebalancer l'insignifiance de sa propre silhouette, si grise et si maigrichonne ?
Il a tatillonné des nuits sur des règles de trois à rechercher le point G calculer et recalculer la résultante G, il a chipoté sur la gravité, la masse, le volume, n'a rien concédé à la pesanteur et ouf a finalement réussi à évaluer le point d'équilibre de SON énorme volatile et sa SURFACE DE BASE.
D'après la Corneille espionneuse, ce dernier résultat correspond parfaitement aux mensurations de mon avant-bras. J'apprends, en même temps que vous, que je suis sacré " mètre étalon es pattes de poulaille " !
- J'ai une idée curé, a suggéré la Corneille, pendant qu'on tient le ptiot t'Edmond, si on prenait son crâne d'œuf en gabarit pour la couronne de votre volaille...
Quoi ! Sombre Corneille a osé prononcer " crâne d'œuf " ! Edmond est furax. Sa mémé l'aime bien, elle, ce crâne d'œuf, elle en est très fière, même qu'elle l'appelle affectueusement son joli petit Modigliani.
Edmond va se venger. Il va jouer un sale tour à ces deux profiteurs.
Ils ignorent que, lorsqu'il se met en apnée, il peut à loisir faire se boursoufler ou dégonfler le pourtour de sa tête.
Docilement il se laissera mensurer le crâne, ce beau crâne oblong qu'il aura enflé au maximum.
Lorsque curé auréolera son œuvre, le fier coq et son Maître vont avoir l'air fin ! La couronne bien trop large pendouillera penaudement de guingois, sur les barbillons du poulet !
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* les gaudes (toujours au pluriel) : bouillie de farine de maïs torréfiée, mélangée à du lait, en Bresse, Bourgogne Franche- Comté.
