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souvenirs

Fenaison

Publié le par François & Marie

      Radio Sottens l'a annoncé - Attendez-vous à avoir du mauvais temps pour la semaine à venir ( Madame Geneviève Tabouis * aurait-elle changé de station -radio et aurait-elle délaissé la politique étrangère pour la météo ?).
     Juin, année cinquante ( toujours après JC.), voici venu le temps de la fenaison. Les prévisions de la météo sont suivies avec grand intérêt. A la ferme, tous les bras disponibles  sont réquisitionnés, y compris les miens ( qui sont pré-adolescents et n'aiment pas les travaux des champs...)
fointdbelfort
     Mon père le sait - " Faner est la plus jolie chose au monde, c'est batifoler dans les prés avec une fourche et un râteau !"  selon Madame de Sévigné, me rappelle-t-il malicieusement ! 
     ...Me voilà en rogne ! Si cette Marie de Rabutin, n'était pas rebutée ( j'ai osé !) par les travaux agraires, moi, je le suis!  Elle ne devait pas se faire beaucoup d'ampoules en râtelant, alors que je vais m'en sortir, comme tous les ans, avec des mains  douloureusement cloquées... 
     Je propose -je pourrais rester faire la cuisine ou... le ménage?...
     Il objecte -on a besoin de tout le monde, c'est la météo qui décide !  Le pré des Bruats, celui des Rameaux  et une partie des Norchamps sont mûrs, on les met "en bas" demain, cinq ou six "petits journaux*"...
     Bien du batifolage en perspective...
     Nous transigeons : serai, le matin au cuisinage, et participerai, l'après-midi, à "la plus jolie chose au monde"! Traduction immédiate :  paumes ampoulées, bout du nez pomme d'apité, mollets scarifiés et par taons dardés et muscles courbaturés. Attrayant programme...
     Ceux qui ne connaîtraient pas ce sport en pré se rendront vite compte qu'il vaut bien une séance de musculation en salle...  
julien_dupre_nr1000_la_fenaison.jpg  

Organigramme de la musculo-fenaison : 
     A l'aube, atteler à la faucheuse une belle jument comtoise et tourner, tourner autour du pré jusqu'à ce qu'il ne soit plus que rangées d'herbe fauchée," les andains" . La musculation est,ici, pour l'équine !         
    Dans la matinée, à la fourche, comme on le ferait pour des crêpes, " retourner les andains".  ( assouplissement des adducteurs du pouce et des radio- carpiens...) 
    En début d'après-midi, après une courte sieste ( décontraction...expiration...
roupillon. ) "retourner" à nouveau les andains-crêpes ( l' anconé et le triceps brachial, au boulot !)
    Laisser agir le soleil ( s'asseoir à l'ombre et flemmarder: calme musculo-plat ! Ou filer vers le pré suivant pour remettre les deltoïdes en action...)
    Avant la rosée du soir, mise " en raies ".  On modéle, au râteau, de longs et épais boas d'herbe odorante. Puis, flexion, portation, extension, respiration, qui transforment les boas  en une multitude de petits monticules, c'est " la mise en tas" qui permet au foin pré-séché de ne pas trop se réhumidifier pendant la nuit.
    Le lendemain, après évaporation de la rosée, à la fourche, éparpiller les tas, à la volée, ( extension, rétraction des bi et triceps et autres...)
    En fin de matinée, " faner", soulever l'herbe tout en la retournant. Du grand Art ! ( à vous de jouer biceps, triceps, pronateur, jumeaux, grand fessier et grand oblique abdominal...)
    Petite sieste ( décontraction...dormition !)
    Post-sieste : râtissage- gros boas... ( tous vos muscles sont échauffés, laissez faire ...)
    Dans la foulée, le " ramassage". Le fermier tend d'énormes fourchées de foin à la fermière, juchée sur un char qu'elle met un point d'honneur à équilibrer, à "réussir " ( n'était point considérée comme femme méticuleuse, et s'en trouvait bien honteuse, celle dont le foin se renversait sur le chemin du retour...)15wgu2a.jpg
     Deltoïdes, splénius du cou, latisimus dorsi ( pour ne citer qu'eux ) sont en alerte rouge...
     Les râteleurs s'activent. Ils récupèrent l'herbe fanée oubliée dans les contours du pré, pas question de le gâcher. Ce sera  la précieuse pitance d'hiver pour les vaches, chevaux, moutons et autres lapins. 
     Impossible ici de citer tous les muscles qui se démênent pour que la récolte soit rentrée avant l'orage...
     Il convient de noter l'intérêt du tendon de l'extenseur digital, indispensable pour chasser mouches et taons harceleurs.
    " La plus jolie chose au monde..." prend fin quand  les ridelles du dernier char s'ornent d' un gros bouquet de fleurs des champs.   

bonheur rosa 002.JPG  
      Ne pensez pas en avoir terminé pour autant! Fin août, les réjouissances reprennent avec les " regains", deuxième coupe moins importante en volume que la précédente mais tout aussi précieuse.
      Bonne occasion d'activer petits et grands zigomatiques, risorius et... j'en passe, au cours du repas champêtre du " Tue-chien*" qui clôt la rentrée des récoltes fourragères.
      Alors, prêts à sacrifier vos séances de muscu au profit de " la plus belle chose au monde "?...

 

*1- Geneviève Tabouis 1892-1985 : Historienne, journaliste en politique étrangère qui sévissait, dans les années cinquante et bien au-delà, sur les ondes de Radio-Luxembourg. Ses chroniques débutaient souvent par ces mots "Attendez-vous à savoir, dans les semaines à venir..."

*2-Un "journal" correspond à une surface pouvant être fauchée, en une journée à la faux ( 33 ares environ.)

*3-" Tue-chien", rassurez-vous, aucun chien n'était tué...Les regains se terminent en principe fin août, moment où pousse le colchique ( vénéneux, rappelons-le ) que l'on nomme "tue-chien " en langage paysan et "tieu-chin" in patouais !

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Les Rogations

Publié le par François & Marie

 

 Dans la plaine, un nuage de poussière. Non, ce n'est pas un nouveau caprice du volcan EYJAFJALLAJÖKULL !   

     Un village franc-comtois, printemps des années cinquante (toujours après JC). 

     A travers champs, dans les ornières d'un chemin poussièreux, ondule une longue procession humaine. On capte des chevrotements de cantiques, des psalmodies de litanies des Saints, des Ora pro nobis, des Parce nobis Domine, des Te rogamus audi nos. Par ces supplications, les Rogations, les paysans quémandent la fructification de la terre cultivée et sa protection.  

     Roga2.jpgLes enfants de chœur marchent en tête. Coupe au bol récente, surplités de dentelles blanches, juponnés d'écarlate, cramponnés, l'un  à la croix, le second au seau d'argent et son goupillon eau-bénité et le troisième, thuriféraire d'un jour, tout fiérot dans son nuage d'encens.

     Curé2Le curé vient ensuite en vêture d'enfant de chœur taille XXL, soutané et barretté de laine noire quadri-cornue, missel noir en mains, il latinise. Derrière lui, tanguent les bannières brandies haut par les journaliers, humbles et pauvres travailleurs mis à l'honneur en cette procession des Rogations. (Belle journée pour eux qui ne possédent pas de terres et s'éreintent au service des paysans-propriétaires. Ils ont reçu de  leurs employeurs une belle provision de lard salé, qui va améliorer leurs  maigres soupes  et  le jeudi de l'Ascension, ils seront, suprême honneur, invités à leur table.)

      Suivent de très près les adoratrices de poussière soulevée par les talons du curé, (attention ma fille, un seul Dieu tu honoreras... ). En tête, celles prêtes à affirmer leur très grande dévotion (attention mes filles, péché d'orgueil), et celles qui briguent la place d'honneur ( vu l' avancée de leur âge, et par là même de leur acariâtreté ) ! A coups de coudes, elles luttent pour y accéder, pousse-toi, l'Alphonsine, t'es venue qu'aux prunes alors que moi j'étais exacte aux Pâques fleuries, ouste! Elles sont traditionnellement raides, sèches, noirendimanchées des souliers au fichu et cramponnées à leur chapelet.Beurre.jpg

    Arrive ensuite le reste de la section féminine, celles qui ne recherchent pas les honneurs, qui suivent docilement, qui sont là parce que leurs belles-mères y sont, ou pour y surveiller leurs filles ou parce que tout le monde y va, ou pour faire un peu la causette Libéranos domine, t'as des nouvelles de l'Alberte ? Ora pro nobis, t'sais-tu si son" infractus" va mieux ? Amen.

     Les hommes, maîtres des champs, avec un retard conséquent ferment la marche. Une trentaine de paysans, plus habitués à fouler ce chemin de terre en sabots plutôt qu'en souliers du dimanche. Ils ont presque tous "tombé la veste" et mis leur béret en poche, on voit d'eux des chemises blanches qui se dandinent. Ils suivent, en plantant au bout de chacun de leurs champs, de courtes croix bénies en noisetier écorcé. Les gros possédants en ont encore les mains encombrées, alors que les autres se retrouvent les mains croisées dans le dos (et non dans les poches, ce serait mal vu en processionnant ...) en attitude de "j'ai marié mes filles" !

      Là aussi, les Ora te pro nobis dérapent,  paraîtrait qu' l'Auguste hésite entre un Mc Cormick et un John Deere, faut dire qu'il serait le premier à avoir un tracteur... murmurent-ils un peu envieux, et comme de loin le curé supplie : Seigneur délivrez-nous des rates, ils ajoutent Amen, et, pour faire "bon poids" et puis qu'Il nous délivre des courtilières aussi !

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Pain d'ménège

Publié le par François & Marie


  Trouais livres, ch'u t'y point èn' balle miche, point in raiquion d' maie ! 
  Aveu ma balle crote, an dirô èn' étiureu, ape ma mia sint ben bon l'bon pain.
  J'ai été queute au fô d'la chambre d' fô. Y'è pou çan qu' an m'appalle pain d'ménège. 
  Le René a fait l' pèn'tier ( si t'sais point tout fére par chu nô, t'èras bin du mau...). E m'a preti dans la maie d' l'huteau, veu quètre heures c' mètin, y fiot encor'nai. El avô roulé sè minches de ch'mise ape, va z'y que j'te preti ape que j'te preti. El avô all'mer l'fô, dan la chambre d'fô, aveu dè rins. J'avô l'vé dans ène vanotte . Quand l'fô a été tout bi-an tellement qu'el ètô ruge d'chaud, el a enforné. An èto ben neu ou di, ène fornia pou in mouais.Jam
   Si vô crêtes  que l' René est r'parti s'cuchi, y'è qu'vôs seutes point d'par chu nô, el a bu son jus ape el est parti tiri sè vèches...
   Dans l' fô an cuisôt, an gonfiôt, an s'rappruchôt pou s'touchi du coude. Quan è nô dèfornera, le René va nô sèparer aveu son vieu cutiô, l'Eustache qu'el a touj' din sa pouche. Y f'ra duè bèsiaux. Lè ptchiots è z'aimant prou ça, v'ni grapilli dans l'bèsiau pou avouaire la mia toute chaudote !
   Dites -me vouaire, vô qu' èch'tez renque dè "baguettes", des "ficelles", toutes bi-inches - une demi-baguette, s'il vous plaît madame la boulangère
( tiens, un bien élevé...) surtout pas cuit, , oh non pas celle là, elle est bien trop cuite, vous n'avez pas plus blanc?( il croit que le pain est fait avec de l'Omo...)  pis d'abord à la maison on aime pas le pain cuit, on aime pas trop le pain faut dire, ça fait grossir, et pis on met les croûtons à la poubelle, c'est pas bon, c'est dur ces trucs (ouais, c'est pas des chamallows.) et pis on le jette s'il est de la veille, nan on le fait pas griller, ça croque trop, on aime pas quand ça croque, ça fait mal aux dents ( inventons vite le pain pré-mâché, en compote...)  Je m'emporte... Où en étions-nous? Ah oui, repatoisons: In de c'tes je, offri-vô ène boune miche d' pain d'ménège, vos m'en direz dè nouvalles...

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Commodités

Publié le par François & Marie

Les Mai et leurs "commodités" -

-Aspect extérieur :
       edicule.jpg Trois façades en planches de guinguois, rapiécées selon l'humeur du bâtisseur.
   L'entrée de l'édifice ? Une porte aux planches tout aussi disjointes. Par ses interstices, elle accepte généreusement et indifféremment, les flocons de neige, le vent glacial ou brûlant, les arrosages des jours de pluie, les bestioles calibrées gabarit- réduit tels lézards fouineurs, souris fureteuses, fourmis  affairées, punaises de feu, dites  gendarmes, souvent soudés à leurs gendarmettes, araignées tisseuses et autres orvets cuivrés.
   Comme toute porte qui se respecte, elle posséde un  système de fermeture non homologué : mi-crochet rouillé, mi-fil de fer entortillé, détortillé par places, ré-entortillé par après. De l'Art en soi aussi tarabiscoté qu'inefficace ! 
   Cet  Ouvrage est vaguement coiffé d'une tôle ondulée rouillée, raccommodée d'une autre à peine plus oxydée, choix toujours tributaire des caprices de l'architecte...

-Localisation :
     En général, s'accote, au fond du jardin à un pommier, tilleul, épicéa ou autre élément végétal au choix.

-Destination:
      Lieu d'aisance ( et de courte sieste parfois...), dit commodités.

-Aménagement intérieur:
     Succint, voire spartiate; une planche horizontale sobrement percée d'un trou central aux rebords échardeux et une pile de vieux journaux. De quoi joindre l'utile à l'agréable.

     Ce type d'édicule est une annexe de chacune des maisons du village. 
     Celui de l' Armand, d'accès facile et proche de la place du village, a été repéré par les jeunes " récupérateurs" du premier mai. ATTENTION ! Pas d'entorrrse à la loi garrrde-champêtrrresque, les commodités n'étant ni sous abrrri en durrr, ni attachées z' aux murrrs, deviennent des éléments emprrruntables z'et trrransportables, qu'on se le dise !
      A minuit passé, quatre gaillards, silencieusement, soulèvent sans trop d' efforts la cahute et procèdent doucement à son enlèvement. C'est une nuit sans lune, il fait très sombre, ils confondent les allées et les planches de salades qu'ils écrabouillent de pieds fermes en bringuebalant  les cabinets. Soudain -VOUS-MAR-CHEZ-PAS-AU-PAS ! 
constate une voix dans la cabane... Frayeur ! Effroi ! Panique chez les kidnappeurs en sauve qui peut général ! 
      Et voilà l'Armand, lâchement abandonné sur sa planche percée !  En Penseur de Rodin, il est partagé : un tantinet furieux, surtout pour ses salades, mais tellement réjoui par la  belle frousse faite à ces jeunes godelureaux. Ah ! Il les espère verts de peur et pas près de s'en reprendre aux commodités, assez mal commodes finalement, de l' Armand...

picto.jpg

 

Lé cabirottes du cotchi-

   Y' è èn' endrêt lavousque nion pourrôt aller à ta pièche ! Chu lè Périgots, è diant "lè vaters " in fiant ène bouche in cul de poule...Chu nô, ill sont din l'cotchi, accabeuznées veu èn'abre. Y ' é presqu'in ptiot chètiau: tè asté su in trou, au mouètan d'èn' pi-inche ( t'en r'ssô d'aveu ine gran rondalle rûge su l' pèné !). T'âs du journau, l' Jura Agricole, ben utile, méme pèrimia !
   C'tè cabirottes, ill r'sembiant point à gran cheuse. Y 'è dè pi-inches branquillouses, èn' pôtche que freme pasqu'y è la môde, ape in couvert in villes tôles. Du d' dans, t' é méme point à l' assote, la bise t' r' lève l' pantais, y t' noge su lè pis, te t' jale ou ben t'crêve de chaud...Ape, y'a du populô ! Dè rattes, dè areugnes, dè fremis, que t' corant su lè attiots; t' peux méme point y fér' mèriaine ballement...
   Lè vaudraloux du premi maï, vouillint fér' èn' crasse à l' Erman : amouner san cabirotte  su la pièche, d' vant la futrie. Y fiôt gran nai, s' in fér' de bru, è la voulant, mais L' ERMAN ETÔ D' DANS ! Lè galoupiots ont eu èn' pô du diab' quan la cabirotte y -e z' y a causé : - VÔ MARCHI POINT AU PAS ! E s' sont ensauvés, è z'ont tout laissi cheudre, L'Erman ape la cabirotte !  Me crêtes-vos si j' vô dit qu' l' Erman a eu lè rognons bâdiots pindint huit je !

 

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Lè maï -2-

Publié le par François & Marie

Garde.jpg"AVIS-SSE  A LA POPULATION ! 
Concerrrnant la nuit prrrécédant le prrremier mai et TRRRADITIONNELLEMENT: il serrra TOLERRRE que des objets ou matérrriels soient EMPRRRUNTES et entrrraînés jusqu'à la place du village. 
CONDITIONS EXPRRRESSES :  ils ne pourrront être enlevés que:
-s'ils n'étaient pas sous abrrri,
-s'ils n'étaient ni scellés, ni attachés au sol, aux murrrs et aux plafonds,
Il est FORRRMELLEMENT INTERRRDIT ( là,  sa voix tonne! Chien, gamins, ancêtre et sa canne, treille séculaire sont tétanisés.) de s'emparrrrer des éléments VIVANTS suivants :
-mammifèrrres rrruminants z'et/ou rrrongeurs,
-équidés z'et asines,
-caprrrins z'et ovidés,
-porrrcins z'et canins,( soupir d'aise de gros toutou squatteur d'ombre de séculaire treille...)
-félins: chats y comprrris (on ne saura jamais le pourquoi d'une telle précision...)
-gallinacés z'et autrrres serrrins, SOUS PEINE D'UNE TRRRES, TRRRES CONSEQUENTE AMENDE.
         QU'ON SE LE DISE" ! 
Acheva-t-il, rouge et essoufflé, avant de clore sa magistrale intervention par un " battu-caisse de fermeture"
" jugé : 

-bouche-béable par les marmots,
-comme d' habitudable -mais tu vieillis Eusèbe, t'aurais pas grossi c't'hiver?- par l'aieule blasée et sa canne en noyer, plus blasée encore,
-en "infime discordance vibratoire dans les articulations et en hiatus flagrant entre les intervalles", par le canidé à l'oreille absolue dont le front se bosselle de deux rides-gros-souci et qui, pnoufff, résigné, laisse tomber son museau boudeur sur le moelleux étalage de ses pattes avant...
Vous conviendrez que l'on ne badinait pas avec le protocole du 1er mai, dans nos campagnes franc-comtoises des années 50 après JC. 
Lire le début  Les Mai -1-
Lè Maï-       
    L' messier, l' Usèbe, avo tamborné d'vant duè ptchignots que juint è baches din la pousserotte, èn' ville fone aveu sin teutier ape in chin qu'v'niôt d'an sait point l'avou.    
    Qu'men touj el avo éne'mèré c'que t'avo l'drè d'traînaler pou l' premi d' maï. El èto point trop biaise, el avo proumettu dè preunes pou c'tè qu'ècoutrin point c'qu'è dit; y'è  t'y li la Louai ique, ou pâ ?
À suivre…

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Les Mai -1-

Publié le par François & Marie

 
           la loiLe Garrrde Champêtrrre à qui le képi et le tambourrr confèrrrent une indéniable autorrrité communale a posé avec prrrécaution son vélocipéde  (outil de trrravail offerrrt en grrrandes pompes par Monsieur le Mairrre, il y a quelques décennies) contrrre la trrreille.
Solennel, il avance de deux pas, se campe devant un auditoire attentif.
     
Avant d'aller plus avant, énumérons l'auditoire :
- Deux gamins qui jouaient aux billes dans la poussière de la route et qui, curieux, s'approchent les mains sales pleines d'agates, pour voir de plus près ... le tambour.
  - La propriétaire de la treille et sa canne, qui sont assises sous ladite treille et se retrouvent, bon gré mal gré, au premier rang du spectacle.
 - Un bon gros toutou qui passait là par hasard et vient de s'allonger à l'ombre accueillante de la susdite treille.
      D'une vrille de hanches très étudiée, le Représentant désigné de la commune précipite vers l'avant le tambour qui lui battait le séant. Il baguette un " battu-caisse d'ouverture" aussi réussi qu'assourdissant puis, cale sous son aisselle droite, les deux instruments de torture-de-tambour.
      Avec tout le sérieux que réclame sa fonction, il extirpe de la poche de sa veste à boutons dorés, un feuillet qu'il déplie calmement et tient à bout de bras. (afin de pallier son déficit visuel nommé presbytie qui s'aggrave de mois en mois...)
      Et là, là seulement, il se racle autoritairement la gorge pour rendre plus claire sa voix et déclame:

lire la suite  Mai -2-

 

À  suivre...

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La ptiote au buis

Publié le par François & Marie

buis

La ptchignote ape sin rèmiau.

  Sètè vo qu'la mésse des Rèmiaux è la pieu longue d'l'an-nian?
  Y'è pou çan qu'lè ptchignots ape lè ptchignotes avin dè rèmiaux d'aveu dè poummes ape dè guètiaux pou què s't'ni-in tranqui. Y èto à c'tu quèro l'pieu brave ! Pou qu'y  è point pêchi d'se craire, è d'vint pouètièji en sotchant, d'aveu c'teu qu'avin point grin cheuse. Vo peutes craire
qu'le timps yeu deuro qu'le curaï diai "Ite,Missa est !"

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Cent lignes

Publié le par François & Marie

gamine.jpgParce qu'il dormait...
    Cinq, six, sept.
    La petite fille aux rondes lunettes fait crisser son crayon sur l'ardoise noire.
    Elle a six ans.
 Parce qu'il a dormi...
    Grand silence dans la classe unique. La vingtaine d'élèves, des petits jusqu'aux grands du certificat d'études, se tient coite.
 Parce qu'il dormit...
    Les experts-lanceurs de craies font profil bas, les imitateurs ont ravalé grimaces et singeries. Terminés les duels à la règle-épée, disparus les funambules des pupitres-perchoirs.
 Parce qu'il n'aurait pas dû dormir...
    Le maître en blouse grise arpente les travées, le regard furieux derrière ses lunettes de myope. Ses chaussures ferrées font trembler le vieux plancher.
 Parce qu'il se sentait fautif d'avoir dormi...
    -Cent lignes pour toute la classe ! A sifflé-tonné l'asthmatique coupable de pathologiques et profonds assoupissements.
 Parce qu'il avait dormi...
    Et qu'il venait d'être tiré de son somme par les chahuteurs en délire.
 Parce qu'il dort trop...
    Il a oublié qu'il n'a pas encore trouvé le temps d'inculquer aux plus petits le magique cheminement qui mène à l'écriture.
    Treize, quatorze, quinze.
    La petite fille n'a été que spectatrice du désordre. Elle obéit pourtant. En grand désarroi. Avec son double décimètre, sa seule arme dérisoire face à l'injustice et au manque de discernement de cet instructeur, elle TRACE, TRACE, TRACE et emmêle des lignes sur son ardoise. 
  Parce qu'il avait dormi au lieu de lui apprendre à écrire...
regle-jaune.jpg

IN CENT D'ROUAIES.

     Din in ptchiot villège, y'avo ène ècôle daveu dè ptchios, dè moitans ape dè grans qu'allint avouère yeute certificât.
     Mais yèto ben auquouais, l'instruisou èto maudru : è dremo! Qu'm'en çen, tout par in coup. Ape y'li arrivo souvintes fouais dan ène jeunia...
     E z'ètint èn'vingténe de bessots ap'de bessotes. Qué qu'vos crètes que fi-in lè pi-e fregons, lè èquatche-pousserote, lè pi-e chtis? Eh ben, è sautrallin, è fi-in la riôle, è z'ètin in patarou!
       ardoise2Y' èto in brave coummèrce! Y révouaillot l'instruisou qu'èto fin in coulère ape qu' punissot daveu dè lignes dècrits. Y'èto prou mô fè pou lè pchtiniots qu'savin point ècri...J'cougnais ène pchète fillotte prou gentite, qu'avo ren révoluchné , mais qu'avo pô du dremou, y faillo qu'ill fiè dè lignes. Ill a pris s'n'ardouaise nouaire ape sin dou-bieu dècimétre( d'la vêche que rit), ape ill a trèci, trèci, trèci dè rouaies...puisqu'ill savo point ècri...
     Y'a beau temps d'çen, y'èto in 1950... Dèpeu, ill sé ècri!  Ape l'dremou, li,  dè dremi in paix...
 

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Ballerines et pataugas

Publié le par François & Marie

Patte2.jpgElle en a quatre. Le compte est vite fait. Une gauche et une droite, fines, d'un délicat ivoire, douces comme du velours. Puis une droite et une gauche emboîtantes, résistantes, antidérapantes et d'une décourageante couleur marronnasse.

   Elle a treize ans, début des années cinquante et quatre chaussures de sortie ; deux pour sortie-beau temps, deux autres pour sortie-temps maussade, voire pluvieux.

   Elle vient de recevoir sa convocation.  Dans trois jours elle sera mêlée à une centaine de filles de son âge venues concourir pour décrocher l'entrée dans leur future école.

   Trois jours plus tard, que croyez-vous qu'il arrivât ? Il plut ! Elle dut, dépitée, mettre au pied droit un lourd mocassin à la semelle en dents de crocodile. Le pied gauche fut aussi mal servi par son exacte réplique. (Souvenez-vous : au milieu de cent autres filles de treize ans...) 

   Shoes
Dès qu'elle a disposé de ses propres deniers, elle a souvent fait des pauses rêveuses face aux boutiques des chausseurs. Et, comme elle a maintes fois franchi
leur seuil, elle se retrouve avec un 

« léger» excédent de chaussures dans ses placards. 

Certains chuchotent qu'elle est affligée d'une petite névrose du pataugas. Elle les laisse dire et se garde bien de la soigner !

LES SOUILLERS.

    Ill in a quâtre. Ill in avo vite fait l'te ! 
   Ene gauche ape ène drète braman balles, qu'm'en du v'lours.
   Ene drète ape ène gauche... peutes !
   Ill a tréze ins. Y'è l'apré guérre, y'a point trop d'quouais...
   Ill a quâtre souillers: ènan pére pou l'soulè ape ènan pére pou la pieuge.
   Ill vin d'étre appalée: din trouais je, ill va à la gran'ville pou in concours (pou intrer dan ène clâsse). Y èra pi-e d'in cint donzelles aveu li! 
   Trouais je apré, v'là t'y pas qui s'met à pieuvre, mais à pieuvre, dè rabasses, dè batrasses. Ill pouvo point mettre sè braves souillers. Ill èto in coulère contre c'ta pieuge, ill a mis sè souillers peus (d'vin cint donzelles qu'allin étre, ben sûr, mouquouses...) 
   Dèpeu qu'ill a in ptcho d'quouai, ill s'achte dè souillers. Ill in a ben d'trop, mais y fè ren. Y 'avo ben trop fait malice qu'la pieuge li fasse mèttre sè souillers peus !
 

 


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La Mulette

Publié le par François & Marie

  Le soleil est encore jeune. Il réchauffe mon échine juste à point. Il n'a pas encore atteint la rosée parfumée au lotier qui réjouit mes naseaux.

Ce grand pré ? Pour moi seule !

L'abri de planches ? C'est le mien !

La cuve d'eau à l'ombre du grand chêne ? Pour moi aussi !

L'heureuse bénéficiaire, c'est moi, la mule. Mon nom ? Mulette ! Mes maîtres ont l'imagination fertile ! De bonnes gens.

mule-copie-1.jpg

On sifflote. C'est Léon le fermier avec un grand seau d'eau. Comme il est prévenant et gentil !

 -Viens ma Mulette, module-t-il.

Je trottine allégrement à sa rencontre. Il me flatte l'encolure, l'eau est fraîche, quel maître charmant !... Mais, qu'est ce qu'il fait ? Ah le sournois, le fourbe, le voyou, il m'a passé le licol ! Il sourit le tartuffe !

 -On va labourer le champ de la plaine, annonce-t-il.

Le champ de la plaine ! Mais c'est au moins à un kilomètre, autant dire mille mètres ! Une soudaine et fulgurante arthrose du canon, du boulet et aussi... du paturon, me cloue les quatre fers au sol, je prends racine...


   Le bougre a de la poigne, il tire sur la longe et me voilà affublée d'un collier, d'une ventrière et attelée aux timons du char. Le Léon est un esclavagiste !  

  -Je vais te badigeonner de chasse-mouches, ça va te protéger ma mulette, prédit cet Escobar.

Le chatouillis de la plume d'oie qu'il utilise pour me peinturlurer ne me déride même pas, je reste tête basse, j'en veux à ce Judas !  

-Hue Mulette ! Vient-il de décider !

Je suis percluse d'arthrose et... sourde. Moi aussi, je viens de le décider ! Je boude et ne bouge pas !

 Sans titre-copie-1 -Hue Mulette ! En avant ! Vient-il d'intimer !

    Sourde je reste ! Dans mon for intérieur je regimbe et rue dans les brancards (seule l'arthrose m'empêche de passer à l'acte ) !

    Il y a encore dans mon dos, deux «Hue Mulette» de plus en plus impatients et une agitation des rênes qui me réjouissent ! J'ai réussi à agacer le traître !

    Je démarre en boitant, en renâclant, en lambinant (l'arthrose-subite est redoutable !) J'entends vaguement derrière moi des remarques de semi-satisfaction, du style "pas trop tôt","tête de mule" (quelle évidence !). Bref, j'arrive clopin-clopant mille mètres plus loin ! Je me cabre (intérieurement, l'arthrose toujours !) Quand ce faux jeton m'harnache pour tirer la charrue.

   -Dans une petite heure tu retrouveras ton lotier ma Mulette! Assure mon "tyran."

    Je ne lui accorde pas un regard : une heure, ça fait tout de même soixante minutes d'exploitation de Mulette... Je démarre en zigzagant... exprès ! Les voisins de champ du Léon vont  remarquer que "ses" sillons ne sont pas droits et lui en faire la remarque, je jubile !

  "Une vingtaine d'allers et retours plus tard (et autant de pensées rancunières et

   de claudications diverses !), je me retrouve à la tête du char. Le Léon prend les rênes en sifflotant.

    Il peut économiser son "Hue Mulette", je galope déjà sur la route du retour et je ne ralentis qu'en entrant dans la cour de la ferme ! J'ai "avalé" les mille mètres en une bouchée ! 

    Le Léon a un sourire moqueur en me désharnachant, je lui fais une  guillerette petite ruade de côté pour lui signifier que je ne lui en veux pas (trop !) et je trotte vers mon lotier où je fais une, deux, trois roulades de plaisir ! 

    Vous avez dit "arthrose?!" 

- histoire vraie-  
Ene mulette.

J'seu ène mulette qu'a, renque pou li : ène chintre d'aveu du lotier, in charti, in abouèrou sô l' gran châne, du soulè ape in pâtron, le Léon qu'èrrive en subiant ! E vin m'abouèrer.E m'appale "Vin Mulette, vin...". El è bin gentite c't'houme. Sa seille d'aigue m'fè ben du ben è gorgoillot.
   Tout par in coup, j'baille bieu, c'margalou, c'traîne-culotte m' passe le licou.C't'apchâtre veut m'fére travouailli !
   J'seu in aria, racafouainie, mandrue. Quand è veut m'applayi è chai, j'fè dè peutes façons.  El a beau m'fér'encrére què m' dorlote daveu l'émouchau qu'va chaissi lè mouchillons, j'su maucontente, j'hargigne, gambille, chambrille. J'va in beuznant, j'fè ma ganache tignouse! C'te Léon mitemon è in ébrution, è ragonne. Y è in argonier, in ch'ti. Ch'eu seudiale à sè "aïsse", j'me r'varpe en fiant des seillons tirvauchis d'binelle !
   A fauche, j'découlère, y è binstôt l'bout d'l'apier...
   Pou r'veni, pôvr'ami, y barde! J'frondale, dralle, j'su alègre, lè r'dalles sautrallant!
   Sitôt dépouaigie, j'cô din min lotier, j'fè ène, deuais, trouais cubêchios in r'millant d' piaisi! 

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