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souvenirs

Turdus Colomba

Publié le par François & Marie

Marie est une passionnée des mots et ne résiste pas à relever les défis proposés par Olivier de Vaux sur son excellent blog.

le dernier défi consistait à passer de GREVE à MANIF

grogger.jpgSur la GREVE déserte je médite.
Pas une mouette, seulement une GRIVE. D' où sort-elle ? Se mirant dans l' onde, elle se GRIME, perchée sur une GRUME. Ma parole, cet étrange oiseau me GRUGE ! Il se paie ma tête, je vais l'ignorer et picorer mon goûter.
J'aurais pu l'inviter, partager avec lui ma noix GAUGE et mon brouet de GAUDE. Que le ciel m'en GARDE, ce passereau aurait minaudé - Je préfèrerais une CARDE qui ne risquerait pas de me donner de CARIE...Et puis monsieur, je suis demoiselle et...je l'aurais PARIE...vous êtes MARIE. Allez, j'ai bien repéré votre MANIE, vous faîtes rouler votre bague comme on fait tourner les crécelles un jour de grande MANIF.

Adieu donc monsieur.
Elle m'aurait psychanalysé cette pimbêche ! Elle n'a donc jamais rencontré un beau pigeon bagué ? J'ai très bien fait de l' ignorer, elle aurait vraiment gâché mon goûter...

Publié dans Souvenirs

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Les battages

Publié le par François & Marie

On est encore petits, alors on nous a cantonnés, par précaution derrière le grillage à mouches de la porte de la cuisine .
C'est la veille d' un grand jour, celui du battage. Depuis mi-juillet, les gerbes patientent sous un hangar, entassées jusqu'au faîte du toit .
Les yeux aussi ronds que la bouche, on assiste de loin à l'entrée lente, asthmatique de deux mastodontes. La locomotive, énorme grillon noir à long groin, tracte le paresseux wagon rouge de la batteuse qui trimera dur demain. Ce soir, mollement, docilement, elle fait la planche...
La nuit tombe alors que se terminent mise en place, calage des engins et montage des courroies.
00207 000On nous permet maintenant d' aller voir de près les colosses. On en fait le tour, on se noircit avec ravissement les mains aux  flancs poussièreux qui sentent la graisse chaude. Puis on va dormir, demandant à être réveillés à l'aube, on ne veut rien manquer du grand jour.
Le lendemain, dès les vaches traites, une quinzaine de voisins et parentèles, masculins de tous âges, en bérets, ceintures de flanelle ou marcels, investissent l'espace. 
Sous l'avant-toit devant la cuisine, une armada féminine s'affaire derrière deux longs plateaux de sapin sur tréteaux. Les ouvriers du jour se pressent devant. Ils boivent, debouts, du café bien serré servi dans des verres en Pyrex. Certains irréductibles réclament que leur noir breuvage soit baptisé d' une généreuse rasade de " goutte ". La gnole du René, maître des lieux, est de bon renom ! Le volume des pyramides de bugnes diminue à vue d'oeil, belle récompense pour la Fernande qui a pâtissé hier jusqu'à l'heure de la traite. 
Les accros du gros gris en  profitent  pour savourer leur dernier mégot de Gauloise. La paille et le feu ne font pas bon ménage.
Burette.jpgPour le Roger, grand maître d'oeuvre, la responsabilité est grande. Tout au long de cette journée, il devra  veiller au bon fonctionnement de ses engins, sa réputation est en jeu! Chiffon gras et burette en mains, béret- tarte et pantalon à bretelles, il s'affaire autour de la locomotive qui toussote, tchou-tchoute puis prend son rythme de croisière entraînant la grosse batteuse dans un ronronnement de bielles bien huilées.

Depuis des années, ils s'entraident entre voisins. Les équipes sont bien rodées, chacun connaît sa tâche. Seul le vieillissement et sa kyrielle de diminutions physiques peuvent chambouler quelque peu la donne. On change de poste en douceur pour éviter les blessures d'amour propre...
l battages biaisL' Emile, le Francis et le Darius, les musclés, lancent les gerbes sur le tapis roulant.
Statiques en haut de la batteuse, deux anciens, l' Ernest et l' Omer. Ils réceptionnent les gerbes, en tranchent les ficelles d'un Eustache agile, les éparpillent et les dirigent vers l'égrenoir. Leur collier de ficelles autour du cou les transforment en insolites vahinés.
Surveillant l'écoulement des grains dans de grands sacs en jute, deux équipes de robustes, le René, le Gugu, le Charles et  le Louis. Leurs épaules et leurs nuques, vont se coltiner des dizaines de fois des charges de cinquante kilos. Par l'échelle, il leur faudra grimper au grenier,
s'y délester de leur précieux fardeau "., redescendre pour remonter ensuite, exténuant...
Le Maxence et le Francis empilent sur un char la paille bottelée tendue à la fourche par l' André et le Léon. Quand l'échafaudage dépasse largement les ridelles, la jument comtoise conduit paisiblement l'équipage jusqu'au pré à côté du potager. Là, l' Aristide et le Médé, architectes es chaume, vont avoir une importante responsabilité, dresser l'énorme meule de paille.  Leur édifice devra défier les forces d' Eole, la loi de la pesanteur et les sournoises infiltrations des pluies...Leurs meules sont célèbres dans le secteur, on les reconnaît de loin, on les a baptisées les Médari ! Ceux du village qui ne font pas partie de leur équipe, envient la perfection de leur faîte, qu'ils ne peuvent égaler.  
Deux pauses dans la matinée permettent de souffler un peu, de se rafraîchir et se désaltérer. 
400px-10.jpgLe Roger en profite pour buretter à tout va et pour ausculter ses chouchoutes ! Il est soulagé, les courroies n'ont pas sauté et il n' a eu droit qu'une seule fois au couplet " Oh! Le Roger, tes fi-fi, tes fi -fi, tes ficelles, oh! le Roger, tes ficelles elles ont cassé. Oh ! le Roger, ta cho-cho, ta cho- cho, ta  chopine, oh ! le Roger, ta chopine faudra payer !" joyeusement entonné par toute la troupe ! Il est accouru, ses grands  bras en moulinets, a stoppé la batteuse et réparé avec dextérité. La chorale improvisée le  remercie  d' un  "Ah, le Roger, y' è bin touais, y'est bin touais, l' pieu adret ! Mais le Roger, la cho-cho, la cho-cho, la chopine, mais le Roger, la chopine faudrô t' y point l' u-bier !". Le Roger, habitué à être charrié, a rétorqué " Ouais, causi touj *!" en pinçant son béret-tarte et a couru relever la manette. Et le gros wagon rouge s'est remis à bourdonner.
Les cloches de l' Angélus de midi donnent le signal du casse-croûte !
Dans une ambiance de cour de récréation, sous l'eau fraîche tirée de la pompe, la troupe s'ébroue. 
L' installation  autour de la grande tablée est désordonnée, bon enfant.
Les femmes arrivent tenant serrées des soupières fumantes.  En louches généreuses, elles servent les assiétées. La purée, beurrée- crémée maison, les poulets et les chipolatas, sont accueillis avec grand plaisir. Elles veillent à ce que personne ne manque ni de  pain ni de vin. Elles apportent des pots d' eau fraîche, consommée avec parcimonie! Les appétits se calment un peu. Pourtant personne ne rechigne devant le comté, les tartes aux mirabelles, le café et le  pousse café! 
Souris.jpgChacun prend son temps, retrouve sa pipe ou roule son gros gris. Les Eustache, Laguiole, Opinel, Pradel et autres Solingen signalent en claquant, la fin de la pause. Les conversations roulent sur la météo, le lait, la sciatique, le mildiou, les vaches, le bal de la mi' stembre. Il y a des rires et des fredaines, on glisse une souris dans la poche du voisin, on noue les lacets des galoches aux pieds des chaises, on accroche les casquettes bien haut dans le vieux tilleul.  Demain et jusqu'à la fin des battages, ils iront s' entraider de maison en maison pour rendre la pareille. 

Le Roger passera la fin de l'automne et l'hiver à vérifier pièce par pièce ses deux monstres précieux. 
Les grains de blé deviendront farine à pain doré. 
L' orge et l' avoine engraisseront les cochons. La paille fera des litières fraîches aux chevaux,vaches et lapins. 
Et les enfants, on les a oubliés ! Le vrombissement de la batteuse a rameuté les cousins, les voisins. Ils sont six ou huit à faire de joyeuses roulades dans la poussière des balles, ils éternuent, suffoquent mais rien ne les arrête. Ils grimpent au grenier. Font " le mort " dans les grains blonds du blé qui coule comme de la belle eau de leurs doigts écartés.  
Ils sont en train de se constituer un monceau de souvenirs. Ils ne s'en doutent pas, ils ne le sauront que bien plus tard...

* Causez donc !

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La vielle treille

Publié le par François & Marie

Au printemps elle a pleuré de petites traces mouillées sur la pierre de l'entrée,
Et je n'ai pas aimé...
Comme chaque année, j'ai culpabilisé.
Ai-je eu le sécateur trop leste ?
-
Tailler de biais chaque sarment à deux yeux, c'est ce que dit le texte,
Pioché dans
l'almanach du Père François.
Sans aucun doute digne de foi...
Et la parité ? Respectée ! Je lui laisse deux yeux, j'en ai deux, moi aussi.
La montée de la lune ? Ah, il fallait s'en inquiéter, tu dis...
La vieille treille, elle ne va pas trépasser, dis ?
J'en serais bien marrie...

Treille-copie-1
Chaque matin d' un doigt anxieux, espérant un mieux, 
J' effleure ses larmes qui grelottent.
- Mais, ça va s'arrêter? Saperlotte...
Et puis le chagrin cesse et la pierre s'asséche.
Les feuilles se déplient, de minuscules fleurs et puis de grapillons, suivies.
Cet été, de vrilles frisottées en circonvolutions, le feuillage a recouvert toute la maison.
Septembre dévoile les grosses billes vertes des grappes épanouies,
Elles s'offrent aux oiseaux...ils les fuient!

Pauvre vieux noah, tu ne vaux pas un délicat muscat...
Ta peau est trop épaisse et ta pulpe en litchis encombrée de pépins.
Pourtant, ta pugnacité j'honorerai, en  goûtant... deux... de tes grains,
Oui, deux, pas plus...Hum, il  faut savoir en laisser pour les autres... partager.
Et je ne voudrais pas t'épuiser, de plus de deux cents ans tu es âgé.
Ton cep noir et tordu, mes arrières grands- parents, l'ont déjà bien connu.
Tes larges feuilles vers le ciel tournent leurs paumes palmées,
Bientôt elles vont roussir et, aux premières gelées, tomber.
Puis l' hiver manchonnera tes longs rameaux givrés.

Enfin mars réveillera le sécateur. Il viendra en bienfaiteur,
Couper les ramures inutiles, qui menacent les tuiles.
Il te fera une toilette de printemps. Tu vois il n'est pas bien méchant !
Il y aura quelques larmichettes... de joie .
Ton feuillage s'enhardira presque jusque sur le toit.
Tu sais qu' il est précieux sur les tables d'été, 
Il sert de lit douillet au morbier, au chèvre et au comté.
Et tes raisins, dis-tu ? Ben...Assieds-toi, on va en parler...

treille2-copie-1.jpg
..............Voilà, voilà, voilà...
Si tu pouvais les éviter et seulement des feuilles donner, chacun t'en saurait gré...
Tope- là ! J'en rêvai! Plus légère je serai.
Et encore plus haut pourrai grimper, peut-être jusqu'à l'antenne télé, j'adore les feuilletons -télé...
..............Voilà, voilà, voilà... Il suffit de savoir parler vieux noha. Voilà !

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La rogneur

Publié le par François & Marie


Qu'è c' qu' y è don c't'è ptchiots teurtillons bian-crém' ? Bin, y'è çan, la rogneur !*

* "Auteu du lait, j' vas vôs dir'-"
Rognure

Ces petits tortillons blancs-crèmes? Mais, c'est ça la fameuse rognure !*

*" Le lait et ses environs"
-

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La vieille dame

Publié le par François & Marie


J' vas fér' co .
Y paraîtro qu'en pregnant d' l'ège, an è pieu grind cheuse, qu'on t' vouait à travâ...
Faut se r' varper !
C' tè que r' gaidjant qu' ta crote f'rin bin d' se rappaler qu'y a d' la boune miè en d'so. 
Méme si t' seu in béquillou, t'è touj' in conscrit dans ta caboche. Faudrot y-eu z' y dir'.
Dis y-e z' y atou que t'è. Qu' tout c' que t'âs été, y'è touj en touè, qu'è z' ubi-int point çan, saprelotte !
Ape, dis te bin " Carpe diem " qu' m'en è djant din l'patouais d'eillise !


Je vais faire court.Vieille-dame.jpg
Il paraîtrait qu'en vieillissant, on devient transparent.
Il faut se rebiffer!
Ceux qui ne regarde que ta croûte ferait bien de se souvenir qu'il y a de la bonne mie en dessous.
Même si tu es un peu bancale, tu es toujours jeune dans ta tête. Il faut le leur dire.
Dis -leur aussi que tu ES. Que tout ce que tu as été est toujours en toi, qu'ils n' oublient pas ça, saperlipopette !
" Cueille le jour présent ", comme ils disent dans leur patois d'église !

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La vieille dame

Publié le par François & Marie

Prenez une belle poignée d' adolescents ( une trentaine ) avant leur départ en stage auprès de personnes âgées.

Saupoudrez chacun de leur pupitre d'une copie de la missive écrite par une vieille dame décédée en maison de retraite.*

Laissez reposer le temps d'une lecture.  

Dans la foulée, glissez subrepticement une tranche de " Si tu t'imagines " par Juliette Gréco. Laissez agir.

Vous obtenez d'abord, trente silences compacts longs et graves.

N'intervenez pas.

Laissez monter la pression.

Préparez vous, à essuyer, après quelques soubresauts, une redoutable déferlante de commentaires.

Laissez fuser.

Observez sans intervenir, patientez un peu.

Puis, avant que l'agitation des molécules n' atteigne son paroxysme, agissez. 

Réduisez petit à petit la puissance de chauffe.

Amenez progressivement  le tout à décantation.

Résultat surprenant : les trente jeunes fruits verts, un peu acides ont subit un tel chambardement qu'ils se sont subitement auto-mûris et en restent un peu blêts...

Au bout de deux heures, étrangement, ils  n'acceptent que laborieusement le démoulage vers la porte de sortie.

On rapporte des cas où des effluves de " Fillette-teu, fillette-teu, ce que tu te goures... "" se répandraient dans les couloirs, ce serait, paraît-il un signe de recette réussie...

 

Lettre trouvée dans la valise d'une vieille dame, après son décès dans une maison de retraite-

Une vieille femme grincheuse, un peu folle, le regard perdu, 

Qui n'y est plus tout à fait, qui bave quand elle mange et ne répond jamais.

Qui, quand tu dis d'une voix forte " Essayez ",

Semble ne prêter aucune attention à ce que tu fais. 

Et ne cesse de perdre ses chaussures et ses bas.

Qui, docile ou non, te laisse faire à ta guise,

Le bain et les repas, pour occuper la longue journée grise.

 

C'est ça que tu penses, c'est ça que tu vois ?

Alors, ouvre les yeux, ce n'est pas moi.

 

Je vais te dire qui je suis, assise là si tranquille,

Me déplaçant à ton ordre, mangeant quand tu le veux.

 

Je suis la dernière des dix. Avec un père, une mère,

Des frères et des soeurs qui s'aiment entre eux.

Je suis une fille de seize ans, avec des ailes aux pieds,

Rêvant que, bientôt, elle rencontrera un fiancé.

Mariée déjà à vingt ans.

Mon coeur bondit de joie au souvenir des voeux que j'ai faits ce jour là.

J'ai vingt cinq ans maintenant et un enfant à moi,

Qui a besoin de moi pour lui construire une maison.

Femme de trente ans. Mon enfant grandit vite.

Nous sommes liés l'un à l'autre par des liens qui dureront, il veille sur moi.

Cinquante ans, à nouveau autour de moi des bébés;

Nous voilà avec des petits enfants, moi et mon bien-aimé.

Voici des jours noirs, mon mari meurt.

Je regarde vers le futur en frémissant de peur, 

Car mes enfants sont tous occupés à élever les leurs.

Et je pense aux années et à l'amour que j'ai connus.

Je suis vieille maintenant et la nature est cruelle,

Qui s'amuse à faire passer la vieillesse pour folle.

La grâce s'en va de mon corps et la force m'abandonne.

Il y a maintenant une pierre là où jadis j'eus un coeur.

Mais dans cette vieille carcasse, la jeune fille demeure.

Je me souviens des joies, je me souviens des peines,

Et, à nouveau, je sens ma vie et j'aime.

Je repense aux années trop courtes et trop vite passées, 

Et accepte cette réalité implacable, que rien ne peut durer.

 

Oublie la vieille femme grincheuse, regarde mieux, tu me verras.

 

Si tu t'imagines
si tu t'imaginesfillette2
fillette fillette
si tu t'imagines
xa va xa va xa
va durer toujours
la saison des za
la saison des za
saison des amours
ce que tu te goures
fillette fillette
ce que tu te goures

Si tu crois petite
si tu crois ah ah
que ton teint de rose
ta taille de guêpe
tes mignons biceps
tes ongles d'émail
ta cuisse de nymphe
et ton pied léger
si tu crois petite
xa va xa va xa va
va durer toujours
ce que tu te goures
fillette fillette
ce que tu te goures

les beaux jours s'en vont
les beaux jours de fête
soleils et planètes
tournent tous en rond
mais toi ma petite
tu marches tout droit
vers sque tu vois pas
très sournois s'approchent
la ride véloce
la pesante graisse
le menton triplé
le muscle avachi
allons cueille cueille
les roses les roses
roses de la vie
et que leurs pétales
soient la mer étale
de tous les bonheurs
allons cueille cueille
si tu le fais pas
ce que tu te goures
fillette fillette
ce que tu te goures

Raymond Queneau, L'instant fatal

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l'apiculteur

Publié le par François & Marie

Gouvernées par une reine, elles ont butiné en avril, en mai, en juin et encore en juillet, les travailleuses Apis mellifera.
Elles ont récolté le nectar, l'ont transformé en miel doré.
Il gorge les cadres alvéolés de la ruche.
Un frais matin de fin d' été, le cérémonial peut commencer.

L'apiculteur, maître de cérémonie, s'apprête à officier.
Il s'habille pour l'occasion. De la combinaison intégrale, jusqu'au chapeau à voilette, sans oublier les très longs gants, il est couleur beurre frais; de quoi laisser indifférente la communauté butineuse.
Il les connaît ses abeilles. Il sait qu'elles sont attirées par les zones sombres (cheveux, yeux, nez, bouche, oreilles. ) et cherchent à s'y introduire.
Silencieusement, sans brusquerie, il enveloppe la ruche dans un nuage de fumée.
S'il était thuriféraire, on dirait qu'il les encense ! Mais son encens n'est que chiffon brûlé et son encensoir, enfumoir à soufflet.
Cette fumée, est-ce une marque d'honneur ? Plutôt un leurre... 
Les abeilles vont croire la ruche incendiée, donc en péril.
En insectes disciplinés, elles auront le réflexe de  sauver le fruit du travail de la communauté, se gavant de miel en vue d' un essaimage. Trop occupées, elles seront alors inoffensives pour l'apiculteur qui récupérera, en toute confiance, les cadres mobiles aux alvéoles gorgés du précieux nectar.
Il les emportera, les désoperculera avec un grand couteau, large et plat puis en extraira, par centrifugation, le miel doré.

Parfois, au printemps, lorsque la ruche devient trop exiguë, des cellules à reines sont élaborées. Peu de temps avant leurs naissances , l'ancienne reine quitte la communauté avec la moitié des effectifs de toutes les catégories d'ouvrières. On voit ces essaims, en énormes grappes vrombissantes, tourbillonner dans les airs. Le bruit les arrête. J'ai le souvenir de mon grand père castagnetttant avec ses sabots pour faire  poser un essaim, dans un arbre le plus souvent . Il le récupérait, la nuit tombée, en le faisant délicatement descendre dans une ruche vide qui n'attendait que lui .

St Ambroise, Nicolas, Bernard et Valentin sont chargés de protéger les apiculteurs et leurs ruchers.
La légende veut que St Ambroise, nourrisson, accueillît dans sa bouche en dormant, un essaim et qu'il se réveillât souriant et en parfaite santé...

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Transfuge

Publié le par François & Marie

 

L'échine estafiladée par le ciseau, gratouillée par le rabot, la varlope et l'herminette, chatouillée par la grosse râpe nid d'abeillée...

L'épaisseur forée et perforée par le vilbrequin, la drille et la chignole, seringuée par le compas.

Les mâchoires serrées par mon étau.

Le souffle coupé par l'étreinte de mon éponyme valet.

Le coeur alourdi par la peine du gros crayon rouge qui me fait grise mine, il a cassé sa pointe de graphite...

etabli.jpg

L'amour propre en berne, le niveau ce traître, a dénoncé ma bancalité et le prétentieux mètre pliant claironne qu'il me bat d'une longueur.

J'affiche mes cent cinquante ans de vieil établi et je me souviens...

J'en ai vu passer des planches, j'ai vu défiler tous les bois pour tous les usages. Pour les joujoux de Noël, les soues des cochons, les étagères de la cuisine, les ridelles des chars, les planchers des chambres, les lits des enfants, les barrières des vaches et du jardin, les ruches, les pondoirs des poules...Ne pas oublier les barreaux de chaises, les manches des outils, les tabourets de traite et les caisses à bois... Pendant des années on m'a oublié. 

DSC 3406.JPGUn matin, on m'a désaraignétisé, toiletté un brin, empaqueté telle la Joconde quand elle quitte son Louvre, enfermé dans un grand camion déménageur et déposé en douceur dans une salle à manger. Involontaire transfuge, de monsieur établi me voici dame desserte. Me voilà tout propret, bien à l'abri et au chaud, devenu le gardien des verres et des cuillères, des pots à eau, des vins et des liqueurs. De tentants amuse bouche, une corbeille de pain, un fromage, le comté, ses noix et confitures ( pour faire Américain ) patientent sur mon dos tout près de cornichons embocalés et des serviettes empilées...

 

Difficile à comprendre ces humains... Vous êtes transparent en tant qu'utilitaire et  occasionnellement perchoir à poules dans un coin d'étable. Posé dans un salon, vous prenez de l'importance, on vous fait compliments d'être aussi  amoché, taché, rouillé, on vous trouve authentique, original, beau, on vous prend même en photo !

 

Ban de m'neusié-

   J'en é-t-y dè coups d' cisiau, d' rèbot, dè teiches ape d' la reuille su man étau ape su min volot...Faudrot vô dir' que j'seu point in jeunot, j'ai bin au moins cent cinquant'ins, y qu'mence à fér' vô crètè point?
   J'é t-y vu pèsser dè pi-inches pou lè joujoux d' Noué, pou lè soues dè couchons, pou lè étagéres d' l' huteau, pou lè r'dalles dè châs, pou les pi-inchés dè chambres, pou les lits dè ptiots, pou lè barréres des vèches, pou lè ruches, pou lè barriaux du cotchi, pou lè barreaux d' chéres, pou lè joussous dè poules, pou lè minch' dè  forches, dè fossous, pou lè dints dè rètiaux, pou lè salles-trouais -pis pou tiri lè vèches, pou lè quésses à bou... J' pourro an r' trouver bin dè autres, mè j' va t' caissé lè esgourdes, j' me couge !
   Vô sètès point c' que j' sus dev'ni ? èn' DESSERTE qu' m'en è djant. D'mon timps, èn' desserte, yèto in ptiot ch'min d' tarre din in bou ou bin veu in champ. 
   Ique, y'è tout à l'arbot ! Un établi en desserte, ohhh, c'est super-originâleuuu!
   J'en r' vins point, chu bin propret, au chaudot. Y a pieu d' niveau, pieu d'herminette, pieu d' rèbot, pieu d' maillot, pieu d' varlope, ni d' vilbrequin, ni chignôle, pieu d' cisiau ape pieu d' drilles...E zan guèdjé mon volot ape man étau, qu'è djiant qu'è  sant "troppp beauuux " pasqu'è san reuillis...
   A la pièch' d' mon bataclan, y' a dè vérres que tintinabulant, dè piats d'aveu dè "amuse bouche tropp bonnns", dè forchettes ape dè cu-y-ies, dè serviettes pou s'torchi lè douais, dè cutiaux, dè roches de pain, dè pots d'aigue, in piètau à fremèges ( d'aveu du comté ape dè nouais et dè cofiteurs d' grusalles ), du St Emilion, du Macvin ape du Mont Corbier... Pôpôpô!
  etabliJ' fè pi-e ran, ape an m'fè dè compi-y-ements, que j'seu brave, ( j'é touj'été brave, mé an m'djot ren ) qu'è z'aimant qu' m' en j'seu bin décati ape bin reuilli (  qu' m' en que j' dè y prendre, j'en d' vins ruge qu' m'en in queulat ), que j' fè bin "Authentique, ma chère "...Vaï, vaï, vaï ...an m'en djiot point tint quin j' travouaillôs ape qu' lè poulailles m' pondint d'sus ! 
   Y è dè coups bin dur d' lè comprendre c'tè humains, è t'émant point touj' pou c'que t'è in vrai...  

 

 

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Le lait et ses… environs.

Publié le par François & Marie

 

    Le clocher répéte qu'il est midi. 

    Une volée de moineaux en blouses grises déferle de l'école pour débouler dans  la fruitière qui lui fait face.

    Comme tous les lundis, mardis, mercredis, vendredis, samedis de l'année, le fruitier les attend pour le cérémonial de " la rognure."  Il leur distribue, après le b'jour Lucien de rigueur, de longs rubans souples, blanc-ivoire, les bourrelets de fromage, échappés de la meule fraîchement pressée.

rognure

   Cette friandise peu goûteuse est sublime quand on a huit ans et que midi sonne ! On a une tête de déçu  si le gros lacet de ce fade délice est un peu moins fourni que celui des copains...Le fruitier qui a l'oeil, vous en redonne une lichette et...vous êtes heureux. Vous vous envolez  en galochant, salut Lucien, à d'main, et en tirant derrière vous la charrette et son tonneau de petit- lait ( lactosérum pour les intimes ), qui réjouira les cochons.

    Autre moment béni, celui où une vache " fait le veau " ( les initiés prétendent qu'elle vèle ). Pendant quelques jours, son lait épais et jaunâtre, réservé au petit veau, est interdit à la vente. Lorsque le bilot ( le jeune veau ) est repu, il en reste suffisamment pour régaler la maisonnée de délicieuses crêpes et gaufres, hummm, je sens encore leur parfum...qui n'a rien à voir avec celui des patisseries au lait UHT ( que vous êtes allés quérir, en  essayant vainement de dompter un chariot qui se coince et qui couine au Lecl-Int-Super-Cocci-Hyper-Casi- Market...) 

    Que ceux qui ont eu le privilège de remplir leur gobelet ( mon grand père m'avait fait cadeau du sien, en aluminium, qu'il utilisait dans les tranchées pendant la guerre de quatorze ) sous le pis de la vache, lèvent la main... Je les adoube Chevaliers de la Confrérie du Taste-lait-de-vache-chaud-mousseux-moustachant, qui fleure bon l'étable.

    Dommage pour ceux qui ne connaissent du lait que sa saveur d' apothicairerie et son convoyage en chariot-couineur...

comte.jpg

 

Auteu du  lait, j'vas vô dir' -

    Paraîtrôt qu' y en a qu' vont, de r' vin de r'va d'aveu in caddy ( qu' m' en è djant...) que couine ape qu'a touj' èn' rioltet coincie, pou charchi, din in  " Lecl-Int-Super-Cocci-Hyper-
Casi-Market " du lait empouaiji din du querton. E s'appall' UHT, el è bi-eu qu' m' en d' l' aigue, el a pi-e d' crém', el a ni goût ni sagoût, ou pieutôt si, è sint l'apothicairerie...Paraîtrot qu'y veut dir' " Ultra Haute Température. " Si an trèduit, pou bin comprendre, y voudrôt dir' " Fanatique du Supérieur Réchauffement ". Y s' rôt -y san l' réchauff'ment d' la plènète? Du lait in querton , y m' étonnerot point...
    J' vas vôs causi d' la " rogneuuur."
    Ah ,la rogn-eurrr... C'tè qu'on point couni-u c' te na-nan, sin goût ni grâce, savant point c'qu'è bon!
L'midi sonne, an sô d' la quiâsse qu'm'en in voul d' mouainiôs. An corre in face, à la futrie, encor' li! L' frutier nô étend d'aveu lè mains pi-ènes d' râquiotons d' fremège què vint d'presser. Y'a point d'goût, mé te trouves çen ben bon quin t'as huit ins ape qu'y è l' midi.
Te te r' n' en va pont çin ren, te r' nen-moun', touj' su la cherrette, in grind tounniau de ptiot-lait pou lè couchons. Là, te frondalle, si t'en renvêche in ptiot peu in sagouillant, y fè point gran-cheuse, y'è point qu' m' en l' lait...*
    Ape " l' lait du bilot ", faudrôt qu' j' vôs in cause atou.
 Quin èn' vèch' a fait l'viau, pindant quéqu' je, le lait è jaunâsson ape épais qu' m'en èn' main. T'as point l'drêt d' le poutcher à la futrie, t' le gèdje pou le ptiot bilot. Qu' m'en y en rèste touj, lè grands ape lè ptiots s' récarquillant d'aveu dè crêpiaux, dè gaufres, hummm, j' lè sens touj...
Ape c'tu lait, t'è t' y ellé l' charchi sô la vêche, d'aveu ta ptiote timbale? Y'è chaudot, y'è moussôt, y sint ben bon  l'ècurie ape y' t' fè dè mouchtaiches bi-inches qu' m' en c' tè du grin-pér' !
    Ben, vôs y songeri à tout çen qu'in vos dépouaij'ré, d'aveu in j' ton, in quèddy que couin', pôur èller" tiri lè vèches " du Lecl-Int-Super-Cocci-Hyper-
Casi-Market...

*- Voir " La futrie."

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la fruitière

Publié le par François & Marie

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    La fruitière ? Non, ce n'est pas une marchande de fruits, c'est une belle bâtisse en pierres où est déposé le fruit de la traite des vaches du village, deux fois par jour et trois cent soixante cinq jours par an. Le fruitier transforme ce lait en fromage aux arômes incomparables, le comté.

    Le comté ! C'est le fromage de par chez nous. Nous ne sommes pas chauvins, pourtant nous trouvons qu'il est le meilleur de tous! Pourquoi, me direz vous( j' aperçois quelques sceptiques ). Il est impérativement à base du lait ENTIER de nos robustes vaches MONTBELIARDES, vous savez, celles qui enjolivent nos vertes prairies et qui fleurent  le bon lait quand on croise un troupeau qui rentre plan-plan à l'heure de la traite 1*. Hors de question de les nourrir avec des produits d'ensilage, c'est INTERDIT. 
   Cette fruitière est souventes fois sise au centre du village, entre mairie-école et église. Secteur stratégique, lieu de rencontres, toutes générations confondues, où se colportent nouvelles et ragots, où se concluent des accords, où se défont des relations, où s'amorcent des romances...C'est là aussi que les hommes échangent leurs soucis agricoles, leurs projets, leurs cigarettes ou leur tabac à priser, loin du regard inquisiteur de leurs épouses !
    Tout comme on embauche les jeunes bras pour les foins 2*, on les réquisitionne également pour transporter les bouilles à la coulée. Inutile de préciser qu'au petit matin, la moyenne d'âge devant la fruitière est élevée. Elle décroît  très considérablement pour la coulée du soir. Curieuse variation qui n'a rien à voir avec la pression atmosphérique mais serait plutôt due au moëlleux des matelas...
    Un soir, mon frère et moi avions été désignés d'office pour tirer la petite charrette et ses deux bouilles de bon lait. A deux, nous cumulions une toute petite vingtaine d'années. Chacun de nous cramponnait une demi poignée et arpentait en dynamique-cadence la platitude de la petite route . De plate, elle devint petite montée,vous voyez là, juste vers la maison du Charlot. Le rythme ralentit, la charge pesa tout comme pesa le doute : chacun de nous fût persuadé que, lui seul, tirait la charrette alors que l'autre était là pour la parade. Pour en avoir le coeur net, il suffisait de lâcher la poignée, histoire de vérifier...Que pensez vous qu'il arrivât, lorsque nous vérifiâmes de concert nos probités respectives ? La même chose qu'à Perrette chez Monsieur de La Fontaine...Quelques deux cents litres de lait blanchirent le goudron incertain...Difficile d'aller expliquer aux parents ( qui venaient de traire une quinzaine de vaches, à la main, après la fatigue de leur journée dans les champs ) que l'on avait fait une BA en enrichissant en protéines et matières grasses la montée du Charlot...Punition assurée.
    La vente du lait était le seul revenu régulier dans les fermes et ce genre de perte était un regrettable manque à gagner. Certains jours verglacés, bien des porteurs de bouilles chutaient de leur vélo et renversaient malencontreusement le fruit de leur travail. La mésaventure était colportée, on s'inquiétait d'abord du nombre de litres de lait renversés, puis, très secondairement de l'état de santé du cabardoucheur*3...

*1- voir " La vacherie."
*2- voir " La fenaison."
*3- Qui tombe après une pirouette.

Publié dans Souvenirs

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