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Défi n° 244 proposé par Josette pour Les Croqueurs de Mots.

Publié le par François & Marie

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                   Josette nous propose de jouer sur le double sens des mots.
Écrire une brève histoire commençant par :
                  "Depuis que je loue cette chambre à des hôtes charmants..."
Inclure dans le texte les mots suivants :
                  - adresse
                  - baie
                  - grève
                  - index
                  - jour

....................................................................................................................
- Depuis que je loue cette chambre à des hôtes charmants
... en mon for intérieur je tergiverse, la louer ou ne pas la louer ?
Mes hôtes me chambrent.
- Cette chambre si bien louée est-elle vacante ?
Je vaque et ne réponds pas.
De cette chambre, je m'en balance.
Tandis que je balance du pain sec aux écureuils je mets en balance des sentiments contraires, louer ? Ne pas louer ?
Je croise un miroir qui réfléchit. Moi aussi.
Je me tâte - ai-je grossi ?
Si je traduis ce que la psyché reflète, j'ai besoin d'exercice.
En opinant du chef, je me tâte derechef. Si je rafraîchis cette chambre, je me donnerai du mouvement.
Amincie, je retrouverai de l'énergie.
Je loue !

J'aurai un petit magot, m'inscrirai au cours de judo, aurai des mollets galbés, serai légère comme fée !
Je loue ! C'est décidé.

Je loue ! Je ferai de la zumba ! Tralala !
Je dépouillerai cette chambrette de quelques vieux tralalas; je ferai des milliers d'allers-retours de la chambre au grenier, j'emprunterai l'échelle, celle à treize barreaux, douze, treiz', ça en fait des petits échelons à escalader !
Je prendrai tant de plaisir à monter, descendre, à compter les barreaux, que ça me donnera l'envie de m'inscrire au Barreau !
Me voilà avocate, amincie et locatrice ! Un bail que j'en rêvais !
Je loue !
Je loue ! vous dis-je !
J'en deviens dingue. De joie j'envoie dinguer tous mes doutes !
Je loue !
Je tranche dans le vif - je loue - en tranchant l'ananas du dessert, aïe, j'ai failli y laisser un bout d'index.
Peu importe ! Je loue !
Je souris des yeux, des fossettes et des mains en moulinettes ! Je fais ma gigolette, me prends pour Mistinguett, je louuuue !
Derrière les rideaux à jours des grandes baies je jette un regard attendri à la baie, à sa grève de sable fin qui rosit dès la fin du jour.
Quelle vue superbe.
Tout à coup, je perds de ma superbe.
Catastrophe !... Ça n'est pas mon jour, la crème anglaise a tourné...
Disparu mon fameux tour de main ?... Envolée ma légendaire adresse ?...
Fini le temps où on se bousculait à ma dernière adresse pour me soutirer le secret de "l'ananas caramélisé à la fève tonka - parsemé de graines de grenade - et sa crème anglaise à la vanille Bourbon de Madagascar", qui faisait ma renommée.
Je bats ma coulpe. Les grumeaux dans la coupe affichent l'air benoît de ceux qui ont la conscience tranquille - c'est pas nouuus ! C'est ta faute à toiii...
Je les hais.
Mon cerveau anesthésié est en grève. Le sable de la grève devient gris. Le soleil s'est enfui.
Déçus, mes hôtes ne seront plus mes amis, eux qui me pensaient fantastique.
Je ne ferai jamais ni aquabike, ni aérobic.
- La chambre n'est pas à louer. J'ai menti en la louant devant vous, elle n'est pas louable et ne sera jamais à louer. Allez-vous-en.
- Sans dessert ! protestent les hôtes.
- Il me faut améliorer le dosage en sels de plasma dans "L'ananas au sang d'index".
- ...?...
?... ?... ?

 

                Pin Pon Pin   Pin Pon Pin   Pin Pon Pin    Pin Pon Pin

- Ouuuh quel joli refrain ! PONPON PINPIN !   Et ces lumières bleues qui clignotent qui papillotent et qui tremblotent, voyez mes amis, on arrive enfin au phare, ramez mes amis, ramez sur la galère ! Bientôt nous en sortirons de cette galère ! ponpon pinpin pépère !
- Qui a besoin d'aide par ici ? questionnent des voix sorties des phares du fourgon blanc.
Dans un même axe d'index pointé, tous les hôtes désignent aux HOMMES EN BLANC, leur hôtesse... désaxée...

- Bon alors toi tu serais l'hôte, et moi par contre je serais l'hôte. Et tu devras rafraîchir la décoration dans des tons chauds pour qu'on ne soit pas en froid. Tu vois ?

- Ben...

                         

Publié dans Défis

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Défi n° 243, proposé par Colette pour Les Croqueurs de Mots.

Publié le par François & Marie

Lipogramme  A.
                             ( Écrire un texte sans "a")

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C'est l'hiver.
Du côté de ce rustique lieu-dit de bergers et d'éleveurs, tout est neige.
Neige sur les buissons givrés.
Neige sur les fils électriques où l'été les hirondelles pépient, ordonnées comme épingles pour linge.
Neige sur l'herbe
roidie de gel.
Neige sur une route endormie, vierge de tous sillons.
Hors hiver des flopées de voiturées de toutes sortes y circulent; des bœufs enjougués tirent mollement jusque vers une scierie les lourds troncs des chênes; les douces juments véhiculent les édifices sensibles des meules de foin et de fines pouliches font giguer de légers tilbury.
Sur ce chemin, deux engins se meuvent d'eux- mêmes: une Citroën -deux- équidés, celle du médecin et une torpédo poussive, complice rococo d'un vieux British exilé.

Un soleil décoloré noie ce silence nivéen.
Rien ne bouge.
Subitement des corneilles s'envolent et fulminent
: des échos juvéniles et joyeux venus de l'horizon ont perturbé leur réunion, une troupe de mouflets - libre d'école le jeudi - se précipite en joyeuses turbulences sur le réservoir gelé que les grenouilles ont déserté.
Schliiii- criiiisss... en circonvolutions compliquées, les fers de leurs croquenots de bois griffent cette couche figée.
Friii Friii Friiiiii...!  Les fortiches enchevêtrent leurs surnoms; les sciures givrées des DD, GG
, PP, giclent jusque sur deux peureux restés sur berge, les humectent copieusement. Ils couinent. On les hue. Ils hésitent. Se concertent. On les oublie. Ils se précipitent, l'œil fielleux, s'embrouillent les brodequins, trébuchent, se prennent une pelle. On rit. Ils se retiennent de pleurer. Ils geignent, ouille, leurs genoux nus sont brûlés de froid. On se moque de ces empotés.


Vexés ils vont dissimuler leur moue lippue derrière une butte, pour fomenter une riposte. Bientôt ils pilonnent leurs ennemis de boules de neige cruellement bien serrées.
Les concurrents ripostent illico.
On lutte. On se retrouve le cou en rigole de froid-neigeux, le nez en compote et les lunettes boiteuses.
Puis, essoufflés et toussoteux, les oreilles coquelicot, les compétiteurs stoppent les hostilités, redeviennent compères et s'en retournent vers l'essentiel, le glissoire.
Les intrépides fusent en oblique "... 'tention ! Porthos ! Ses potes et leurs mousquets !" crie une buée de leur souffle. Vivement ils glissent vers les filles et, rudement, les dépouillent de leurs fichus.
Les donzelles trépignent de rogne, fondent sur leurs tourmenteurs et volent prestement leurs bérets - peu soucieuses de les délester d'une poignée de cheveux.
On se bouscule, on rit, on se houspille, on pleurniche - oh juste deux petits hoquets - et on replonge en mêlée.
Lorsqu'une robuste sonorité couvre le tohu-bohu - c'est le clocher qui répète "il est midi " - tout ce petit monde s'étonne et regrette que le temps file si vite.
Il est temps de rentrer chez soi.
Une ultime singerie, une dernière petite pique et on file vers son logis, trouver le réconfort d'une bonne soupe, possiblement précédée d'une mornifle - qui dégrise promptement - motif : lunettes bistournées.

« Rhooo, bin... quelle touche elles ont... Surtout que c'en est des qui sont presque toutes neuves ! Not' cousine Yèyette les eut portées seulement depuis un lustre; le verre droit est juste fêlé léger et griffuré des ronciers, oh trois fois rien. Et toi, tu les bousilles en un rien d' temps; t'es un drôle de gonze l' Dédé, moi j' dis. Et pis l' Lonlon qui bigle, y compte d' sus l' jour d' communion solennelle pour bien voir c' qu'on lui dit, qu' i' dit. Rhooo, bin mon fieu ! C'est ton problème, tu t' débrouilles, tu  r' joins les deux bouts en Stcoch... Scoch... en BIDULE qui coince, quoi ! ››


Dès le début de la semonce, l' Dédé se bricole un humble profil et devient tout étriqué.
« Rhooo, pis dis don'... R' dresse toi voir...  Rhooo, montre voir... c' que j' vois... Ton... ton...TON TRICOT... C'est' i çui qu'on conserve propre QUE pour une veille du lundi ? Viens voir montrer, que j' te dis. Rhooo, eh bin ! Bougrement voui, c'est lui ! Rhooo, et pis qu'il est tout embu, rhooo et pis tout vrillé, rhooo ! Pourquoi qu' tu l'eus mis un jeudi ? Hein ? Commère - moi voir pour voir...››
L'infortuné Dédé se trouve tout honteux, pris entre deux feux.
Nicole, première née, devine que c'est pour Simone - celle qui porte un si joli fichu bleu - que Dédé est coquet. Il veut qu'elle le repère, qu'elle s' intéresse à lui comme lui se préoccupe d'elle.
En cette moitié de vingtième siècle, cette mère ignore que son fils de neuf printemps puisse éprouver des sentiments, pour une jeune conscrite ...
D'ici presque deux siècles, des juniors riront bien de cette bluette, lorsqu'ils oublieront de prévenir qu'ils vont skier, ne rentreront que mercredi, ignorent où ils seront hébergés et s'en moquent, et retrouveront leur groupe de copines - rencontrées hier - sur des pistes de glisse fictives et régentées.
Elles seront en tenues de ski - ville, chic, dernier cri.
Elles confieront que, trop dégoûtées du soleil et du site neigeux, trop en flemme pour bouger, trop emmiellées de tout, elles se sont empiffrées de documents soporifiques sur leur iPod.
Un des dossier " l'hiver du temps des très vioques" les terrorise encore.
Elles n'ont rien pigé. C'est un monde obscur, ténébreux et irréel. Elles en tremblent.
« C'est quoi un fichu ?  une soupe ?  une mornifle ? et une mère qui embrouille son fils pour un... bidule ...un... tricot ? Inouï, non ?  pourquoi un clocher ( c'est quoi, dis ?) impose-t- il de rentrer déjeuner ? et pourquoi se retrouver "en complète tribu" ? Grotesque, non ?
« J' suis trop vénère, Myrtille.››
« C'est une prise de tête c' truc... J' llucine ! ››
« Go ? Zoé ! ››
« Go Myrtille. Tout schuss !››

 


 

Publié dans Défis

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Polar Polaire 7 & Défi n°242

Publié le par François & Marie

L'épisode 7 de notre Polar Polaire inclus le Défi n° 242 proposé par Jill Bill   ( ici) pour Les Croqueurs de Mots, qui nous suggère «L'invitation méphistophélique» avec un mot imposé : «Hexakosioihexekontahexaphobie »

Résumé : Il y a quéqu'in qui a frappé à la porte ...

Il était une fois une Maryline
secrétaire compétente et dynamique.
Il était la même fois un Antoine-Lucien,
compétant et dynamique, patron de ladite Maryline.
Tout se passait au mieux.
Jusqu'au jour où un démon entra dans la peau du patron.
Il se mit à harceler sa secrétaire.
Le Antoine-Lucien vira mocheté.
Maryline ne put virer moche puisque, sans le faire exprès,
elle était née jolie.
Pourtant le rose de ses joues se grisa, son sourire se pinça, la brillante étincelle de ses yeux s'enlarma.
Sur l'épaule de Marie son amie, elle vint s'épancher.
Marie vit rouge, enfila son ciré noir et ses bottes roses.
« On va lui régler son compte à ce Antoine-Lucien. ›› décida-t-elle en prenant le chemin de la forêt et la main d'une Maryline éplorée sans bottes et sans ciré.
Dans le sous bois elles traquèrent l'entolome livide toxique, dénichèrent le clitocybe nébularis franc comtois ( pas du tout franc du collier), qu'elles mêleraient à une boîte d'inoffensifs champignons de Paris.
Elles s'en revinrent crottées, le brushing en parapluie et la goutte au nez.
Pour le Antoine- Lucien invité, elles concoctèrent un menu mycologique peu équilibré mais néanmoins goûtu.

                                                     
POTAGE FORESTIER
                                                OMELETTE FORESTIÈRE
                                            
CÔTE DE VEAU FORESTIÈRE
                                                               ____
                                              VRAIE TRUFFE PÂTISSIÈRE

(Il fut décidé que le "cocktail spécial" ne serait réservé qu'à la côte de veau - il fallait bien que les cuisinières se sustentassent. Par précaution elles prirent un antidote charbonné qui leur fit des sourires ténébreux de chauves-souris.)
C'était l'été de la St Martin, la table fut dressée dans le jardin.
Il s'était mis sur son trente et un le Antoine - Lucien.
On se régala de l'onctueux du potage. On complimenta l'omelette baveuse à souhait.
Lorsque la côte de veau arriva, l'appétit des dames déclina, alors que persistait joyeusement celui de Antoine-Lucien.
Il se régala.
Pourtant ses hôtesses s'aperçurent que, de temps à autre, discrètement, Antoine-Lucien catapultait dans le gazon quelques fourchetées de champignons.
Confus, se sentant découvert, il expliqua aux maîtresses de maison qu'il souffrait d'un mal étrange, la
hexakosioihexekontahexaphobie.
Face à leur airs interrogateurs il avoua que le chiffre six cent soixante six, symbole de la Bête de l'Apocalypse, code de Satan, le terrorisait.
Sa phobie était liée au moindre "six".
Pas question d'acheter six œufs, les années en six, il se terra. Il enjamba la classe de sixième, il ne mit jamais un pneu sur la nationale six. Il redouta de mesurer un mètre quatre vingt six - sous la toise il se tassa- et, depuis toujours, il jette systématiquement la sixième bouchée de nourriture - c'est pour lui une aubaine que l'on dinât au jardin, il n'a pas à dissimuler "les bannis" dans sa serviette.
Comme il avait remarqué certains champignons d'un rosé translucide - les plus redoutables - par jeu, ils choisit de les offrir aux limaces.
Il se trouvait qu'il avait des ancêtres mycologues dont il avait hérité les prénoms et il...
« Drinnnnnn, drinnnnn, drinnnnn... Allo Marie ! J'espère que je ne te réveille pas !...››
« Sss...si... nonnonon !... Non, oui, euh non, j'étais réveillée, ouh la, depuis longtemps. Comment vas-tu ma jolie Maryline ? Et ton mari Antoine-Lucien, ça va ? ››
« Nous allons très bien ! Ça te dirait de nous accompagner en forêt pour une cueillette de champignons ?››
« N...no... Oh mais ! oui ouioui...››
Ouf ! cette histoire sordide n'était donc qu'un mauvais rêve... Ouf ouf ouf ! Tant mieux, je suis soulagée de ne pas être une criminelle !
Vous imaginez la tournure des interrogatoires :
Merlot « Alors comarate Marie, c'est bin vous qu' z' avez dit : on va l' zigouiller eul' l'Antoine- Tintin ?››
Vira « Mon chou, si vous nous aidez, ça ira plus vite, mumm ? ››
Flagellant « Le nom du coupable Marie, et vous aurez un croissant. ››
Qu'ils s'en aillent voir ailleurs !
Allez Marie, debout ! Tu ne vas pas nous faire une crise de bufonophobie ?
Bufo... ???

Les fins limiers vont sans doute nous éclairer.
Merlot ? « Bufflonne au scopie ?... Quo qu' c'est qu'ço ? Pas fastoche...››
Vira ? « Bu phono copie... ? Euh... Vous pouvez traduire, mon lapin ?››
Flagellant ? « Buffet des cookies ? C'est une nouvelle viennoiserie ? ››
Et vous Mama Santa ? « Eh eh, tout facile, c'est la peur des champignons... vénéneux.››
Bravo Mama, vous avez droit à une crêpe !

Publié dans Bande Dessinée, Défis

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Défi 241 suite

Publié le par François & Marie

Défi 241 suite

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Défi n° 241 proposé par Lénaïg pour Les Croqueurs de Mots

Publié le par François & Marie

Lénaïg a dit : « Nous choisirons chacun(e) un tableau célèbre, si possible l’un des 22 exposés dans l’article joint, ICI, et dans un petit texte en prose ou en vers nous devrons l’évoquer sans le nommer, donc le faire deviner. Pour corser le défi, nous devrons glisser dans notre présentation au moins l’un des mots suivants (ou tous) :
chaise-longue, oiseau,
arrosoir
..................................................................................................................
la solution apparaitra en image, mercredi.
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Il ne pleut pas.
Ici s'il pleuvait, pour sûr il tomberait des hallebardes.
Des lames si drues qu'elles feraient craindre pour la chilienne en toile de l'étrangère d'à côté.
De loin, j'observe cette oisive qui chaque jour fait chaise longue, harassée d'avoir promené un quart d'arrosoir au- dessus de ses rosiers.
Parlons-en de ses rosiers ! Des sauvageons exubérants qui parasitent une terre fertile et grasse...
Fichtre, quel gâchis.
Elles les laisse vivre sans contraintes, coiffés à la diable, comme "elle". Ne sait-elle qu'une dame qui se respecte rattroupe sa chevelure, la noue, la discipline, ne tolère que l'échappée maigrichonne discrète d'une unique mèche ? 
"Elle" le sait et pourtant ostensiblement s'en moque.
J' envie tellement sa liberté. Je la déteste.
Savez-vous qu'elle converse avec ses rosiers - n'a-t-elle rien à faire de plus utile ?
Planquée derrière les larmes roides de mon rideau, je la guette. Désinvolte, elle gâche son temps à virevolter dans son fouillis de verdure. Elle pépie comme un oiseau, elle fait des ronrons à ses roses pompons.
Foutaise !
Qui, par ici oserait se ridiculiser en parlant aux fleurs ? Elle.
Qui, par chez nous se risquerait à roucouler des compliments aux boutons de roses ? Elle.
Qui se permettrait de manquer de décence ? Elle encore. Pour preuve cet oripeau vaporeux bleu azur qui flotte sur ses épaules, est-ce de la bienséance pour cette veuve d'à peine cinq années ?
Je jalouse son inconvenance. J'exècre son mépris des contraintes.

Lui, le regard fixe, ne dit mot.
Il ne semble accorder aucun intérêt à cette voisine.
Pourtant, sa carcasse sévère, grave et immobile n'est que mensonge, son en - dedans sait tout de ses ces grasses terres mitoyennes.
Il les désire, s'imagine les ceinturer, les dompter - en planches de choux raves tirées au cordeau - les mater - en chicorées rectilignes et amères.
Un jour il les apprivoisera, il le sait. Elles lui appartiendront.
Personne d'autre que lui ne les approchera, il l'interdit.
Il est patient, calme, déterminé.
Les yeux grands ouverts, il veille.
Il ne craint rien, il est paré.

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Voir tous les tableaux ici.
 

Publié dans Défis

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Défi n°240 proposé par Martine "Quai des Rimes" pour Les Croqueurs de Mots.

Publié le par François & Marie

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Martine nous suggère:
"
Imaginez-vous vingt quatre heures dans la peau d'une personne du sexe opposé.
Racontez-moi votre journée et votre nuit."
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Rosalie frissonna. L'automne taquin se prenait pour décembre.
Demain, c'est nuisette en pilou, promit-elle en s'emballant jusqu'aux cheveux dans la couette aux volants roses - en parfait mimétisme avec un cordon de guimauve taille SUPER XXXL.
La guimauve eut un sommeil agité.
Il faut noter que sa fin de journée avait été chambouleuse; "sa bande" l'avait entraînée dans une fête foraine. La cacophonie des flonflons, les effluves sucrés et le tangage des manèges l'avaient saoulée.
Passive comme une mécanique elle s'était laissée emporter par Lucienne - qui voulait tout connaître de sa destinée - jusqu'à la roulotte drapée de nuit et enfumée d'encens d'une Madame Irma, pancartée esstralucide (sic).
Tandis que la devineresse charmait de sa voix savamment rauque et monocorde une Lulu béate, Rosalie n'avait qu'une envie, se fondre dans les tentures sombres. Elle fixait la pointe de ses bottines en espérant devenir transparente et, du même coup, occulter les yeux peints, la tignasse rouge et les griffes laquées de noir de la sorcière.
Cette Irma lui faisait froid dans le dos.
À contrario, Lucienne, frémissante et pourtant figée en statue de cire au sourire benêt et regard d'illuminée, fondait sous les prunelles charbonnées de la lucide esstra. Il n'eut pas été surprenant de retrouver la donzelle en flaque molle sur le lino ou en lévitation sous les drapés du plafond.
L'ensorceleuse cessa son blabla, délesta Lulu de cent balles sans que la naïve se départisse de son masque béat. Elle esquissa même une sorte de révérence - génuflexion et sortit à reculons - il eut été irrévérencieux de présenter à son idole la partie la moins digne de son individu.
Rosalie se précipita pour suivre son amie. Involontairement elle croisa le regard de la gourou qui lui murmura « Bonne nuit Raymond. >>
Interloquée Rosalie marqua un temps d'arrêt.
« À demain Raymond. >> ajouta la voix doucereuse.
Peut-on fuir le souffle coupé et les jambes en coton ? Rosalie le put.
De son côté Lucienne, sur son nuage rose, ne s'aperçut pas que son amie l'avait plantée là.
Rosalie se barricada dans sa maison, se réfugia dans son lit et sombra dans un sommeil houleux et agité, un sommeil de pleine lune.
Elle fit un cauchemar où on l'appelait ... Raymond
. Son esprit hurlait son désaveu, pourtant sa voix empâtée ne traduisait ce désaccord qu'en maigres borborygmes incertains. Elle boxa ses oreillers, botta, talocha, rudoya sa couette. Une chrysalide qui s'échine à devenir enfin papillon n'aurait pas fait mieux.
Au matin Rosalie s'étira, envoya valser couverture et coussins. Elle abreuva son cerveau d'une bonne goulée d'oxygène en bâillant largement et fort peu élégamment - elle eut été en société, jamais de la vie elle ne serait laissée aller à ce manque de savoir vivre, bien entendu.

EH LÀ ! ATTENDEZ !
Vous avez dit " bien entendu"... En-tendu... Entendu ? Entendre : "percevoir par l'oreille"...
L'inconscient de Rosalie lança une alerte à son ouïe, sa cervelle fit galoper sa mémoire.
Elle voulait en avoir le cœur net : comment ses baîllements avaient-ils été perçus par ses oreilles ?
L'oreille ne se fit pas tirer l'oreille pour avouer à Rosalie que ses dernières baillées n'étaient aucunement comparables aux
petits piaillements de souris habituels, elles avaient atteint des décibels élevés, rauques et puissants.
« Rauques ! cela signifie "gutturaux"... s'étonna Rosalie. Puissants, cela revient à dire robustes, musclés, voire virils... ô la cata !  VI-RILS ... >>  hoqueta la demoiselle.
Son estomac inventa des nœuds tarabiscotées, ses tripes se tricotèrent en mailles compliquées.

Bouleversée elle sauta du lit, enfila ses petites mules à pompons et patatras, s'écroula : seuls deux orteils de chacun de ses pieds avaient réussi à se caser dans ses pantoufles.
« Horreur ! Qui a oublié ses énormes doigts de pieds dans mes duvets de cygne ? >>  hurla-t-elle paniquée.
Elle courut jusqu'au grand miroir; il faillit y laisser son tain, ce scélérat osait refléter un être éberlué, barbu, hirsute, les sourcils en jachère. Rosalie défaillit.
Comble du comble, une empreinte d'oreiller, un grand "R", barrait une des joues de l'individu, sans réussir à lui donner grand air.
« "R" c'est Rosalie >> se rassura-t-elle.
« "R"... c'est aussi... Raymond. >> murmura doucereusement sa mémoire
Maudite soit cette sorcière maudite.
Rosalie hurla de rage. Raymond en perdit le souffle.
Rosalie devint muette. Raymond se tut.

Longtemps Rosalie resta prostrée. Raymond cafarda, longtemps.
Rosalie s'empiffra de chocolats. Raymond eut une crise de foie.
Rosalie fut saturée de sucré. Raymond dévora du saucisson.
Rosalie, de guerre lasse, accepta son nouveau statut. Raymond avait eu chaud, le vent du boulet l'avait frôlé.
Elle décida de s'approprier son nouvel aspect, en l'améliorant, l'esstralucide n'avait pas gâté le Raymond. Il se soumit.
Elle s'attaqua au débrousaillage. Il laissa faire.
Les cheveux : un shampooing énergique les révéla brillants, elle en fit un catogan.
Le système pileux du visage lui donna du poil à retordre.
Les sourcils ? De buissons ils devinrent jardinets.
Les rouflaquettes et autres favoris furent sauvagement dévorés par les crocs de la tondeuse.
La barbe, longue et fournie, passa par la case bouc et sparadrap rose. Le bouc devint mouche. La mouche fut rasée et le menton imberbe s'orna d'un second sparadrap.
Elle ne conserva qu'une très élégante moustache bouclée en guidon de vélo.
Elle se trouva beau.
Elle camoufla sous des vêtements chics et décontractés ses mollets velus et son torse duveteux. Elle haït les boutons cousus à droite, il les recousit à gauche, paf, sur les boutonnières - quel nigaud.
Elle coupa courts et sans chichis ses ongles, sans ce vernis qui tourne de l'œil dès qu'on a le dos tourné.
Elle enfila sans précaution des chaussettes dépareillées et à peine trouées - quel pied !
Elle étala ses dix orteils dans deux mocassins d'une voluptueuse platitude antidérapante et adopta la démarche "longs pas décidés", livrée avec.
Elle musarda, nez au vent, mains en poches - adieu bandoulière de sac - trois kilos - qui coince le deltoïde, pyromanise les tendons d'épaule et déstabilise les trapèzes - et se démode tous les trois mois.
Elle perdit ses clés qui débordaient de ses poches. Il dit que ça ne lui était jamais arrivé. Il mentait.
Elle ne s'encombra plus d'un parapluie - à savoir : la pluie ne détrempe pas l'Homme - que diable il n'est pas en sucre et supporte stoïquement un déluge, sans craindre pour son brushing.
Il perdit son écharpe, ses gants et son bonnet. Elle eut une angine, des engelures et un rhume de cerveau.
Il ne cuisina plus qu'en casseroles. Il avait une trouille bleue de l'engin qui cocotte en une minute et explose deux fois sur une. Elle rangea sa cocotte et s'enquit des tarifs du traiteur le plus proche.
Elle voulut dormir à droite, lui aussi. Il dormit sur le canapé. Elle aussi.
Il lui dit qu'elle ronflait, elle répondit c'est pas vrai. Elle mentait.
Elle fit pipi debout. Elle détesta, le vent était contraire.
« Coupez ! C'est bon, c'est dans la boîte, cria le réalisateur. Merci. À demain huit heures pour la séquence "Rosa-Raymond retrouve Madame Irma."  >>

 

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Défi n° 239 proposé par Jeanne FADOSI pour Les Croqueurs de Mots

Publié le par François & Marie

Jeanne nous invite à écrire un petit texte en prose ou en vers portant sur un moment dans lequel l'électricité a joué un rôle particulier.
                                        Mots imposés à inclure : ambre, ampoule, appareil.
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Le lointain grommelle. Poliment, un orage s'annonce.

On rassure les p'tiots.
« C'est le vieux Père du ciel qui joue aux quilles ›› ou  « qui roule ses tonneaux !›› À chacun ses dires.
Il en faudrait bien plus pour rassurer la Léontine.
La Léontine est une vieille dame proprette - à la campagne on ne dit pas coquette, on laisse ça aux Parigots - chignon poivre et sel soigneusement épinglé, blouse gorge de tourterelle impeccable, fichu gris perle, bas anthracite. La Léontine est un vivant camaïeu de gris chaussé de sabots à brides ambres et fines.
Elle vit seule dans sa maison aux glycines depuis que son fils, puis son mari, ont eu la mauvaise idée de s'en aller donner un coup de main au rouleur de barriques.

La Léontine, pourtant une sainte femme, exècre deux choses dans la vie, les buses qui planent au-dessus de son poulailler et les orages.
Les buses, elle les déroute hors du village en s'égosillant Chouuu labuuuse, (chou : oust) et agitant avec frénésie vers le ciel son antique balai de genêts, rustique "appareil" supposé épouvanter les pilleuses de poulaillers.
Pour les orages, c'est une autre affaire.
Alors que son vieil ennemi n'en est qu'aux prémices, vitement elle
barricade les volets de sa maison, attrape un grand sac en toile cirée noir, chausse ses sabots en bâclant un signe de croix, donne deux tours de clé et fuit.
La Léontine file se réfugier chez ses voisins.
Non, non, pas chez les plus proches - il y a plus de cinquante ans, ces pingres-là ont escroqué ses parents lors d'un échange de maigres lopins labourables - dès qu'il s'agit d'un affront fait à leur terre ( leur coffre fort), les paysans ne se ramicolent (réconcilient) pas facilement.
Elle s'en va trouver du réconfort auprès de vrais de vrais bonnes gens, le Léon et la Marie, même s'il lui faut longer la ferme de c' tès vouleux d' balle tarre (chez ces voleurs de belle terre). Elle les ignore, tête haute, regard lointain, plus droite que droite, plus digne que digne, elle se force à saboter (marcher en sabots en faisant le plus de bruit possible), sa conscience de brave femme essaie de temporiser son en - dedans qui fulmine et récite, en guise de mauvais sort, un intraduisible chaplèt à la r' bos (chapelet à l'envers, à rebours).
La nuit progresse. La Léontine presse le pas.
La ferme des Léon-Marie est la dernière en bout de chemin. L'ampoule de leur lampe de cour claire (est allumée), tant mieux se dit la Léontine, ça économisera ma pile (lampe de poche). Une élide (un éclair) brusque ses pas, le tonnerre rétaque du' (résonne dur), épouvantée elle franchit la cour en moins de deux et quasiment se jette à l'intérieur de l'uteau (cuisine et pièce principale); par bonheur, la porte n'est jamais fermée à clé, même lorsque les occupants vaquent à la traite et aux soins des bêtes.


Guidée par le lusot (petite lumière) tremblant de sa pile, la Léontine atteint le fond de la salle.
Calée entre le coin du mur et la grande armoire bressane, "sa" chaise l'attend, une catalogne (couverture) chaude et râpeuse pliée sur le dossier; c'est là où elle vit les orages depuis quinze ans.
Elle éteint sa pile Wonder, s'assied dans le noir, rattroupe sur ses genoux la couverture et son grand sac en toile cirée noir. Ce cabas, que contient-il ? Nul ne le sait. C'est son petit trésor à elle; sans doute des photos, le missel de son fils séminariste déporté pendant la guerre, peut-être la casquette de son mari mort de chagrin peu d'années après son fils, quelques économies... Tous les trésors de sa vie gonflent à peine les flancs de sa modeste besace.
Pour ne plus voir l'obscurité elle ferme les yeux.

Elle sort de sa poche son fidèle chapelet, celui de sa communion solennelle et commence à l'égrener. Un éclair...un sursaut... elle s'y perd dans les grains, chaque coup de tonnerre l'emberlificote dans ses Avé - t'inquiète ptiote, le Bon Dieu n'est pas à ça près - la rassure sa bonne conscience.
Un mince soupir lui fait réaliser qu'elle n'est pas seule,
« T'es don' là, l' chin ? (chien), on est bin deux pôv' pouèrouses (peureuses) hein don' ?››
Sous la grosse armoire un mince couinement lui répond, c'est Finette, une jeune chienne toute fluette; cette petite maille qui, en temps ordinaire sait se faire respecter d'un troupeau de vaches, se retrouve pelotonnée sous le grand meuble dès qu'elle flaire le tonnerre.
L'orage va, vient, s'entête, s'étiole. Peu à peu la pluie calme le courroux du ciel.
Finette tremblote, s'apaise, tremble encore un peu puis s'endort.
La Léontine sursaute, perd la foi, la retrouve, balbutie encore quelques bribes des pieuses dizaines, finit par s'assoupir.
Dans le noir le silence s'installe.
La Finette ronflote. La Léontine aussi.
La Marie en a terminé avec la traite du troupeau. Abritée sous une grand' sache (sac de jute, replié en capuchon
pointu, sorte de KWay à l'ancienne ) elle "se" rentre. Elle protège en la calant contre elle, une grand' trappe (une jatte à lait en terre cuite vernissée) pleine de trois ou quatre litres de bon lait chaudôt et moussu. Elle grommelle toute seule « Ah, y'est bin beau c' te nouvale électric, mais faut aller charchi l' bouton d' l'aut' bout d' l'uteau, 'rheusement que j'cougnais bin ma  majon.››
Dans le noir elle avance en comptant les six pas qui la séparent de l'interrupteur en bakélite. Elle en tourne l'ailette et... déclenche un tabarnacle d' capharnaüm !

Qui est responsable de ce bazar ?
Qui ?
Bin... On ne peut dire, Monsieur le Commissaire...
Qui a commencé ?
Bin...
On interroge la chronologie des faits...
Clairement :
Est-ce le cri d'effroi de la Léontine terrorisée par la sache ambulante qui déclencha les abois apeurés de la Finette qui suffoquèrent la Marie sous sa sache d'où s'échappa sa jattée ou bien le vice du versa qui déflagra trappe et lait sur le pavage que lapa lape et relape le toutou tout fou-fou ?
On aimerait que jaillisse une idée lumineuse dans l'obscur méli-mélo de cet embroglio.
Le coupable...
serait-ce l' électricien
qui a placé trop loin
de la porte d'entrée
l'interrupteur papillon
de la fée électricité ?
On ne sait...
« À table vos tou', y' a èn' bonne soupe à l' ugnon !››

Marie, même sans électricité, sait faire briller les yeux de la petite assemblée !

 

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Défi n° 238 proposé par l'Amirale Domi pour Les Croqueurs de Mots

Publié le par François & Marie

" Le texte fendu".
Le poème de Jules Supervielle a été déchiré en deux et un morceau a disparu.

C'est à vous d'imaginer et d'écrire la partie qui manque.

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               L'allée

- Ne touchez...
  Du cavalier...
  Il se...
  Et ce...
  Une nuit...
  Sans...
- Alors que...
  Tout ce...
  La lune...
  Et le
- Il vous...
  Qu'un...
  Aussi...
  Consentît à...

                  Jules Supervielle

....................................................................................................................

              L'allée

- Ne touchez pas la guêtre
  Du cavalier cinabre,
  Il se liquéfierait
  Et ce serait borgnon,
  Une nuit charbonnée,
  Sans une étoile au ciel.
- Alors que sonnerait
  Tout ce qui peut tinter,
  La lune ferait naufrage,
  Et le soleil aussi.
- Il vous faudrait prier
  Qu'un mage salvateur
  Aussi prompt que Zorro
  Consentît à surgir.


                   Julie Viole de Gambe

 

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Défi n° 237 proposé par Zaza Rambette pour Les Croqueurs de Mots.

Publié le par François & Marie

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Zaza nous propose :
"Et si vous m'écriviez un petit texte avec le maximum d'anagrammes de "chauve-souris".

 

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Dans le chœur de la cathédrale, sous les ors et les rosaces, Rohesia chante.
À présent, elle y a ses habitudes.
Pourtant, le premier jour, elle fut ahurie, se hérissa, ses varices et ses ovaires eux - mêmes en furent chavirés lorsqu'elle découvrit que dans cette assemblée, on ne psalmodie pas, on croasse et, pire encore, il n'y a pratiquement que des chauves.
Pour Rohesia, rencontrer un chauve produit en elle le même effet que celui de débusquer un souriceau dans une coursive, ça la rend semi-démente.

Ce genre de mésaventure lui arriva alors qu'elle recherchait, dans les archives de la cathédrale, de vieux cahiers recousus que des "causeurs épistolaires" avaient noircis de cursives nettes et brèves, se rapportant aux aurochs.
Ce jour là donc, elle croisa une jeune souris qui fuyait derrière les casiers en remorquant une feuille de chou-rave.
Elle hurla. Doublement.
À savoir : Rohesia souffre non seulement d'une phobie face aux chauves et aux petits mammifères rongeurs, mais elle déteste également le chou-rave.
Tout fut tenté pour lui faire accepter ce légume, peu calorique et bourré de vitamines. On fit appel à de grands sauciers qui tentèrent des prouesses.
L'un d'eux nous confia en aparté.
« Je m'essorai les méninges afin de concocter pour l'enquiquineuse cette charmante Miss Rohesia un mets pompeux : du veau au chou-rave sauce fourzitout -  modestement traduit 
"Le tendre cuisseau, sa boule de neige et sa garniture  gourmande". Peine perdue. Bien que dans l'énoncé l'ennemi abhorré ne fût point nommé, Rohesia refusa ces mets distingués. Par elle, ils ne furent jamais savourés
Vous comprendrez donc aisément que, apeurée par le rongeur au chou-rave, mise mal à l'aise par la proximité de ténors à calvities, Rohesia se mit à chavirer. Sa cuirasse tomba. Elle s'affola, s'enferma dans l'ossuaire, s'en expulsa en hurlant (une manie), s'agita en tous sens, ne se maîtrisa plus du tout, renversa des tables, des chaises, claironna au secours au secours et au secours.

C'est alors que Sharise - jeune vacher chasseur de varech dans le ruisseau de la Souris Chauve - et son cheval Servius, se trouvèrent mêlés à la vie de Rohesia.
Sharise nous conta.

« Je faisais une agréable promenade à cheval dans les bois - c'est ce que j'appelle chasser sans fusil - lorsque Servius stoppa net et se mit à chauvir. Pour que Servius chauvisse il fallait qu'un événement extrêmement fâcheux se produisit. Je respectai son arrêt inopiné et ses oreilles dressées - jamais je n'oserais court- circuiter l'instinct de mon cheval - je laissai faire. Il encensa une seule fois dans une direction précise et sans me demander mon avis, décolla au galop, me fit soubressauter, tanguer, me ballotta sans ménagement jusqu'à la cathédrale et là, d'une ruade, me désarçonna sans aucun égard et me jeta sur le parvis - me (dé) visser ainsi signifiait : ça urge, grouille toi - quel taquin, je l'adore !
Je claudiquai dans la direction d'un appel à l'aide qui émergeait d'un impressionnant nuage de poussière.
Je te découvris, Rohesia, échevelée, l'air hystérique.

Tu creusais, tu appelais à l'aide.
Tu creusais encore. Encore, tu demandais de l'aide.
C'était bruyant et ça faisait désordre.
Je m'enquis « Que se passe-t-il gente Dame ?»  Tu baragouinas "évader, fuir, déguerpir, carapater".
J'en conclus que tu ne souhaitais pas t'éterniser dans le secteur. Avec logique, tu œuvrais à creuser un tunnel. Hélas pour toi, tu piochais dans une immense colline de sciure. Plus tu piochais, plus tu échouais. Tout s'effondrait. Tu bredouillais au secours au secours. Tu re-piochais. Tu re-bredouillais...
Après mûre réflexion Spontanément je te secourus.
Il me fallait te désarmer, t'enlever cette pioche dangereuse mini-pelle de plage, volée aux enfants du voisin, tu la cramponnais, tu craignais que je te la chourave.
Nous combattîmes rudement. J'eus bien du mal à avoir le dessus rapidement le dessus.  Tu me bottas sauvagement les tibias remercias chaleureusement et tout rentra dans l'ordre.»
« Grâce à toi j'ai survécu reconnut Rohesia. J'ai pourtant déchiré ma jupe en viscose et décousu mon chemisier rose.»
« Je me souviens fort bien que j'essouchai  le vieux poirier le jour où tu les recousis

« Effectivement je les ai recousus. Je craignais aussi d'avoir gâché mes souliers. Après les avoir passés au séchoir, je m'aperçus que seule ma chaussure droite était décolorée. Cela me déplaisait jusqu'à ce que je souscrive à l'idée de la teinter, que je la couvrisse de cirage et que je l'ocrasse. Je n'aurais jamais cru que je tenterais une telle expérience, pourtant, sa couleur cuivre est si réussie que même un chausseur n'y verrait que du feu ! Il est juste un peu incongru que ma chaussure droite soit roussie alors que la gauche est bleu azur...»
« Qui s'en souciera ? C'est un juste équilibre, puisque ta chaussure gauche se trouve être de la couleur de ton œil droit. Oh ! j'en chavire...»
« HORS d'ici, infâme mufle ! Va chavirer ailleurs, SOUCHE à VIRUS

Les yeux vairons de Rohesia virèrent au noir. De ses souliers bleuroux elle bombarda le balourd qui courageusement déguerpit.
Rohesia réintégra le chœur de la cathédrale.
Comment la reconnaitre ? Facile, elle porte des lunettes noires qui floutent les calvities, une demi-douzaine de petites souricières
font cercle autour de ses souliers, l'un bleu, l'autre roux - elle s'est convertie au dépareillé - elle se parfume à l'eau de fleurs de chou-rave et vient d'épouser un grand saucier (1,87m).

 

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Défi n°236 proposé par Jazzy ("Titres de livres ") pour les Croqueurs de Mots

Publié le par François & Marie

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Allez faire un tour dans vos bibliothèques, prélevez quelques titres et faites-en un récit.

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Dès le retour des journées ocres et sèches, Jules aime se rafraîchir d'une soupe aux herbes sauvages.  
La panse pleine il part vagabonder le front dans les nuages, salut un ami de passage, prend à droite, rue des bons enfants, s'arrête, étonné.

« Tiens, Paulette et Roger ont de la visite, une voiture - un amour de coccinelle - patiente dans leur cour. À son odeur, je la reconnaitrais entre mille, c'est celle du Docteur, ah non j'oubliais, il préfère que l'on dise de lui qu'il est "médecin de campagne". Si j'en crois mon flair, c'est encore Roger qui est patraque, ce pape des escargots - héliciculteur réputé - a toujours été de santé fragile. Sa Paulette va se faire un sang d'encre, alors qu'elle est si jolie quand circule en elle son habituel et léger sang d'aquarelle...
J'aime Paulette. Ça me met des fourmis plein le cœur quand elle pose sa douce main sur ma tête, qu'elle sourit et dit « Pythagore, je t'adore » et moi aussi j'adore ce Pythagore, même si je ne le connais pas et j'adore Paulette, même si sa tête embrouille les noms.
Je viendrai aux nouvelles samedi, jour du poulet; j'aime le poulet alors que les escargots baveux  me donnent la nausée

Jules longe la ferme des Neshor. Une drôle de tribu ces gens là.
L
e fils aîné, des bleus à l'âme après un chagrin d'école et une sombre histoire de cahier volé, s'est inscrit au cercle des poètes disparus et a disparu. Logique.
Sa sœur Cheyenne, demi-pensionnaire chez la Madeleine Proust - de la compagnie des vermioles - a enfin réalisé qu'elle était faite de chair et d'âme après l'apparition de la fée Carabine, facilement reconnaissable à son élégance bien particulière, l'élégance du hérisson. Ce fut une rencontre éclair, la fée se dressa face à Cheyenne et, tout de go, lui asséna « Foutez-vous la paix et commencez à vivre. »
Cheyenne, interloquée se statufia. Puis, tel un zombie, se dirigea vers Central Park, au risque d'y déconcerter les écureuils sachant que l'on est dimanche - habituellement elle leur rend visite le lundi pour leur remonter le moral - puisqu'il est de notoriété publique que les écureuils de Central Park sont tristes le lundi.

Cheyenne s'assit sur un banc, bouleversée. Elle réfléchit. Et si elle profitait de ce bouleversement pour bouleverser les traditions ? Ça en ferait du bouleversement dans sa vie, ça la ferait peut-être commencer à vivre, comme dit la Carabine.
Elle décida d'inviter son chéri "Aux fruits de la passion", restaurant réputé pour ses roses en matière plastique, ses tables en parfaite imitation de bois d'arbre, ses rideaux parsemés de cœurs et d'angelots dodus, son buffet à volonté et son pichet de vin du pays imposé gratuitement, bref, un lieu romantique.
À peine furent-ils installés qu'elle débita d'une seule traite,
« Je rêvais que nous soyons ensemble, c'est tout. Souvent, je me disais "je voudrais que quelqu'un m'attende quelque part"... Née sous le signe du taureau, j'ai une grande force d'esprit et, si je le veux, je peux très bien me passer de toi !
D'ailleurs tu me connais mal, tu ne t'es jamais intéressé à la liste de mes envies...»
Cheyenne ne s'était pas aperçue qu'elle soliloquait, chéri était allé se servir en boudin aux pommes, de crainte qu'il n'y en eut plus. Souriant, il revint avec son Graal charcutier, s'assit, se frotta les mains,
« On va se régaler, ma jolie Sioux !»
Cheyenne, as-tu entendu ?
J'ai entendu, ça me met hors de moi lorsqu'il fait de l'humour à deux balles.
Elle se leva brusquement, la table bancala, la fourchetée de boudin que chéri s'apprêtait à déguster, tomba sur sa cravate moche. Il béa.
Les yeux de Cheyenne lançaient des éclairs furibonds
« Ta deuxième vie commence quand tu comprends que tu n'en as qu'une.» explosa-t-elle en s'enfuyant.

Chéri en resta comme deux ronds de flan.
Ce fut la fin de chéri.

Jules, lui, aurait bien mangé le boudin, même froid, même tombé sur le carrelage, mais il n'avait pas été invité.
Il se hâta vers les marais pour tenter d'apercevoir ce qui le fascinait : les yeux jaunes des crocodiles. Il lui fallait de la patience, il resta plusieurs heures tapi dans les hautes herbes. Dès qu'il eut vu sourdre des paupières lourdes d'un croco un bref rayon d'or, il poussa un petit couinement de satisfaction et rampa doucement à reculons - on ne sait jamais, le molosse peut bondir et vous avaler tout cru.
À cette idée, Jules saliva. Il
intima à ses hautes pattes de passer à la vitesse supérieure, prit des raccourcis, oreilles au vent et arriva devant sa niche alors que Joseph venait déposer une généreuse gamelle, sa pâtée du soir.
Joseph gratouilla le crâne de Jules, Jules lui lécha la main, ils se comprenaient et se faisaient confiance.
C'est ça une vie toute simple.

..............

Des journées ocres et sèches - Claude Courchay
Une soupe aux herbes sauvages - Émilie Carles
Le front dans les nuages - Henri Troyat
Un ami de passage - Claude Courchay
Rue des bons enfants - Patrick Cauvin
Paulette et Roger - Daniel Picouly
Un amour de coccinelle - Walt Disney
Médecin de campagne - Georges Vieilledent

Le pape des escargots - Henri Vincenot
Un sang d'aquarelle - Françoise Sagan
Des fourmis plein le cœur - Claude Courchay
Pythagore je t'adore - Patrick Cauvin
La nausée - Jean-Paul Sartre
La ferme des Neshor - Anne B- Radge
Drôle de tribu - Claude Courchay
Des bleus à l'âme - Françoise Sagan
Un chagrin d'école - Daniel Pennac
Le cahier volé - Régine Desforges
Le cercle des poètes disparus - NH Kleinbaum
Cheyenne - Didier Van Cauwelaert
La demi pensionnaire - Didier Van Cauwelaert
La Madeleine Proust - Lola Sémonin
La compagnie des Vermioles - Martial Victorain
De chair et d'âme - Boris Cyrulnick
L'apparition - Didier Van Cauwelaert
La fée Carabine - Daniel Pennac
L'élégance du hérisson - Muriel Barbery
Foutez-vous la paix et commencez à vivre - Fabrice Midal
Les écureuils de Central Park sont tristes le lundi - Katherine Pancol
Aux fruits de la passion - Daniel Pennac
Ensemble c'est tout - Anna Gavalda
Je voudrais que quelqu'un m'attende quelque part - Anna Gavalda
Le signe du taureau - Henri Troyat
Je peux très bien me passer de toi - Marie Vareille
La liste de mes envies - Grégoire Delacourt
Chéri - Colette

Hors de moi - Didier Van Cauwlaert
Ta deuxième vie commence lorsque tu comprends que tu n'en as qu'une - Raphaëlle Giordano
La fin de chéri - Colette
Les yeux jaunes des crocodiles - Katherine Pancol
Jules - Didier Van Cauwlaert
Joseph - Marie-Hélène Lafon

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