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Polar Polaire 6

Publié le par François & Marie

- Hello mon p'tit chou, Vira Standup, cheffe de la police du Nord. On m'a missionnée pour enquêter sur le meurtre de Santa. Je sais que c'est difficile mon lapin, mais il va falloir m'aider à y voir clair, et me dire tout ce que vous savez : plus vite on connaîtra la vérité et mieux ce sera.

- Nan mais écoutez-moi celle lô, qui débarque chez les gens comme çô,  la nuit, qui se dit cheffe et qui raconte des cafouinettes ... Moi c'est la gendarmerie ! Alors pas de çô avec moi, c'est mon enquête et puis basta !

- Aaah mon p'tit lapin, il faudra vous faire une raison, cette affaire touche à l'international et nous devons travailler en équipe.

- Eh ben v' là autre chose, oué mais pas d'entourloupe lô, madame Vira j' vous ai à l'œil moi et quand je dis à l'œil : c'est pas gratuit !

- Eh bien c'est parfait, dit Santa Mama, c'est une bonne chose de collaborer avec ses petits camarades , voulez-vous quelque chose à boire Vira ?

- Oui mon p'tit chou, après cette éprouvante route, je prendrais bien un petit whisky.

- Je n'ai que du thé de Noël à l'orange et à la cannelle, c'est très bon.

Sans enthousiasme, la cheffe de police et la capitaine se résolurent à accepter l'infusion. Santa Mama savait que cette pause pourrait les aider à mieux se connaître.

Pendant que Vira et Merlot goûtaient au thé accompagné de quelques crêpes, le carillon de la porte d'entrée tintinnabula.

- Vous attendez quéqu'in ? Demanda Merlot.

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Polar Polaire 5

Publié le par François & Marie

- Oui ... heu, you you aussi, alors c'est vous la dame de la police ... vous avez fait bon voyage ? Il doit me rester quelques crêpes si les caribous m'en ont laissées.

- C'est la gendarmerie plutôt, on m'a affectée dans ce bled paumé, dites donc ça caille chez vous ! J'dis pas non pour les crêpes, vous auriez pas des frites avec ? Parce que j'aime bien çô.

- Je comprends, je peux vous en frire un cornet. Quelque chose à boire ?

- Ah ben une 'tiote bière tiens !

- Je n'ai rien que du thé de Noël à l'orange et à la cannelle, c'est très bon. Alors comme ça vous venez réaliser une enquête pour savoir pourquoi Santa gît sur le parquet de son atelier ?

- C'est surtout pour trouver l'assassin, moi je fais dans le crime, pas dans la crème dessert voyez ?

- Quel courage et vous êtes toute seule pour cette investigation ?

- Ah ben non hein ! Y'a la légiste qui devrait débarquer pour l'autopsie, mais je sais pas ce qu'elle fabrique c'te maguette.

- J'ai plein de chambres très coquettes pour vous accueillir, vous allez être bien ici.

- Ah ben super ! Faudra que je gare la carette aussi.

Quel personnage amusant, ne peut s'empêcher de penser Santa Mama.

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Polar Polaire 4

Publié le par François & Marie

-  InterPôle Urgence bonjour.

- Oui bonjour, voilà, je vous appelle pour vous faire part d'une situation embarrassante...

- Moui, veuillez d'abord décliner votre identité et confirmer votre adresse, cet appel est enregistré et vous risquez une amende de 750 Pôleros si vous tentez de nous raconter des carabistouilles.

- Ah, Eh bien je suis madame Noël l'épouse du Père Noël et je ...

-  Oups mille pardons Madame je ne vous avais pas reconnue ! Comment va ce bon Père ? A-t-il reçu ma lettre ?  Elle est facile à reconnaître je l'ai écrite sur une feuille A3 et j'ai dessiné plein de petits sapins sur l'enveloppe avec un cœur.

- C'est possible oui, mais je vous appelle à son sujet justement, j'ai le sentiment qu'il aura du mal à effectuer sa Grande Tournée cette année. 

- Ah ? Sa hotte n'est pas assez grande pour mon cadeau ?

- Ce n'est pas ça mais je viens de le découvrir, inanimé, baignant dans une marre d'un liquide rougeâtre et visqueux, on dirait bien qu'il...

- Aaah ! N'en dites pas plus ! Il s'agit d'un homicide, pire : d'un "papanoëlicide" ! C'est terrible, nous vivons une période d'insécurité effroyable, ne touchez surtout à rien, nous vous envoyons immédiatement une équipe pour prendre en charge cette affaire.

 

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Polar Polaire 3

Publié le par François & Marie

Soudain un cri jaillit dans la nuit polaire, les cannes berlingot qui poussent naturellement dans le courtil enneigé, en frémissent sur leur tige.

Sur le pas de la porte, Santa Mama reste interdite. Elle réalise soudain que les rennes vont se réjouir d'avoir du rab de crêpes.

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Polar Polaire 2

Publié le par François & Marie

Les parfums de sucre chaud enivrent les rennes qui se mettent à danser la carmagnole dans l'espoir d'obtenir les fines dentelles gourmandes. Santa Mama leur en donnera volontiers, bien entendu, mais seulement après qu'elle a revigoré le maître des joujoux avec ce solide goûter.

 

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Polar Polaire 1

Publié le par François & Marie

Une aventure pleine de mystères et de rebondissements dans la résidence secrète des Noël. 

Dans la maison des Noël tout est paisible.
Santa commence tranquillement à préparer la Grande Tournée. Il classe le courrier de plus en plus volumineux des "petits nenfants sages" et recense les dernières commandes de pièces à mitonner les joujoux.
Il sait que, déjà, les sapins s'emboulent dans les chaumières et se parent de leurs meilleurs atours : ils vont abriter sous leurs plumes, les futurs cadeaux. 

Santa Mama prépare des crêpes. Son bonhomme rouge en est friand et les rennes jurent qu'elles leur sont indispensables pour leur envol au-dessus des nuages !
Santa Mama, bonne âme de la maison Noël, la parfume de sucre chaud et de fleur d'oranger.

 

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Défi 241 suite

Publié le par François & Marie

Défi 241 suite

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Défi n° 241 proposé par Lénaïg pour Les Croqueurs de Mots

Publié le par François & Marie

Lénaïg a dit : « Nous choisirons chacun(e) un tableau célèbre, si possible l’un des 22 exposés dans l’article joint, ICI, et dans un petit texte en prose ou en vers nous devrons l’évoquer sans le nommer, donc le faire deviner. Pour corser le défi, nous devrons glisser dans notre présentation au moins l’un des mots suivants (ou tous) :
chaise-longue, oiseau,
arrosoir
..................................................................................................................
la solution apparaitra en image, mercredi.
.......................................................................................


Il ne pleut pas.
Ici s'il pleuvait, pour sûr il tomberait des hallebardes.
Des lames si drues qu'elles feraient craindre pour la chilienne en toile de l'étrangère d'à côté.
De loin, j'observe cette oisive qui chaque jour fait chaise longue, harassée d'avoir promené un quart d'arrosoir au- dessus de ses rosiers.
Parlons-en de ses rosiers ! Des sauvageons exubérants qui parasitent une terre fertile et grasse...
Fichtre, quel gâchis.
Elles les laisse vivre sans contraintes, coiffés à la diable, comme "elle". Ne sait-elle qu'une dame qui se respecte rattroupe sa chevelure, la noue, la discipline, ne tolère que l'échappée maigrichonne discrète d'une unique mèche ? 
"Elle" le sait et pourtant ostensiblement s'en moque.
J' envie tellement sa liberté. Je la déteste.
Savez-vous qu'elle converse avec ses rosiers - n'a-t-elle rien à faire de plus utile ?
Planquée derrière les larmes roides de mon rideau, je la guette. Désinvolte, elle gâche son temps à virevolter dans son fouillis de verdure. Elle pépie comme un oiseau, elle fait des ronrons à ses roses pompons.
Foutaise !
Qui, par ici oserait se ridiculiser en parlant aux fleurs ? Elle.
Qui, par chez nous se risquerait à roucouler des compliments aux boutons de roses ? Elle.
Qui se permettrait de manquer de décence ? Elle encore. Pour preuve cet oripeau vaporeux bleu azur qui flotte sur ses épaules, est-ce de la bienséance pour cette veuve d'à peine cinq années ?
Je jalouse son inconvenance. J'exècre son mépris des contraintes.

Lui, le regard fixe, ne dit mot.
Il ne semble accorder aucun intérêt à cette voisine.
Pourtant, sa carcasse sévère, grave et immobile n'est que mensonge, son en - dedans sait tout de ses ces grasses terres mitoyennes.
Il les désire, s'imagine les ceinturer, les dompter - en planches de choux raves tirées au cordeau - les mater - en chicorées rectilignes et amères.
Un jour il les apprivoisera, il le sait. Elles lui appartiendront.
Personne d'autre que lui ne les approchera, il l'interdit.
Il est patient, calme, déterminé.
Les yeux grands ouverts, il veille.
Il ne craint rien, il est paré.

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Voir tous les tableaux ici.
 

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Défi n°240 proposé par Martine "Quai des Rimes" pour Les Croqueurs de Mots.

Publié le par François & Marie

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Martine nous suggère:
"
Imaginez-vous vingt quatre heures dans la peau d'une personne du sexe opposé.
Racontez-moi votre journée et votre nuit."
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Rosalie frissonna. L'automne taquin se prenait pour décembre.
Demain, c'est nuisette en pilou, promit-elle en s'emballant jusqu'aux cheveux dans la couette aux volants roses - en parfait mimétisme avec un cordon de guimauve taille SUPER XXXL.
La guimauve eut un sommeil agité.
Il faut noter que sa fin de journée avait été chambouleuse; "sa bande" l'avait entraînée dans une fête foraine. La cacophonie des flonflons, les effluves sucrés et le tangage des manèges l'avaient saoulée.
Passive comme une mécanique elle s'était laissée emporter par Lucienne - qui voulait tout connaître de sa destinée - jusqu'à la roulotte drapée de nuit et enfumée d'encens d'une Madame Irma, pancartée esstralucide (sic).
Tandis que la devineresse charmait de sa voix savamment rauque et monocorde une Lulu béate, Rosalie n'avait qu'une envie, se fondre dans les tentures sombres. Elle fixait la pointe de ses bottines en espérant devenir transparente et, du même coup, occulter les yeux peints, la tignasse rouge et les griffes laquées de noir de la sorcière.
Cette Irma lui faisait froid dans le dos.
À contrario, Lucienne, frémissante et pourtant figée en statue de cire au sourire benêt et regard d'illuminée, fondait sous les prunelles charbonnées de la lucide esstra. Il n'eut pas été surprenant de retrouver la donzelle en flaque molle sur le lino ou en lévitation sous les drapés du plafond.
L'ensorceleuse cessa son blabla, délesta Lulu de cent balles sans que la naïve se départisse de son masque béat. Elle esquissa même une sorte de révérence - génuflexion et sortit à reculons - il eut été irrévérencieux de présenter à son idole la partie la moins digne de son individu.
Rosalie se précipita pour suivre son amie. Involontairement elle croisa le regard de la gourou qui lui murmura « Bonne nuit Raymond. >>
Interloquée Rosalie marqua un temps d'arrêt.
« À demain Raymond. >> ajouta la voix doucereuse.
Peut-on fuir le souffle coupé et les jambes en coton ? Rosalie le put.
De son côté Lucienne, sur son nuage rose, ne s'aperçut pas que son amie l'avait plantée là.
Rosalie se barricada dans sa maison, se réfugia dans son lit et sombra dans un sommeil houleux et agité, un sommeil de pleine lune.
Elle fit un cauchemar où on l'appelait ... Raymond
. Son esprit hurlait son désaveu, pourtant sa voix empâtée ne traduisait ce désaccord qu'en maigres borborygmes incertains. Elle boxa ses oreillers, botta, talocha, rudoya sa couette. Une chrysalide qui s'échine à devenir enfin papillon n'aurait pas fait mieux.
Au matin Rosalie s'étira, envoya valser couverture et coussins. Elle abreuva son cerveau d'une bonne goulée d'oxygène en bâillant largement et fort peu élégamment - elle eut été en société, jamais de la vie elle ne serait laissée aller à ce manque de savoir vivre, bien entendu.

EH LÀ ! ATTENDEZ !
Vous avez dit " bien entendu"... En-tendu... Entendu ? Entendre : "percevoir par l'oreille"...
L'inconscient de Rosalie lança une alerte à son ouïe, sa cervelle fit galoper sa mémoire.
Elle voulait en avoir le cœur net : comment ses baîllements avaient-ils été perçus par ses oreilles ?
L'oreille ne se fit pas tirer l'oreille pour avouer à Rosalie que ses dernières baillées n'étaient aucunement comparables aux
petits piaillements de souris habituels, elles avaient atteint des décibels élevés, rauques et puissants.
« Rauques ! cela signifie "gutturaux"... s'étonna Rosalie. Puissants, cela revient à dire robustes, musclés, voire virils... ô la cata !  VI-RILS ... >>  hoqueta la demoiselle.
Son estomac inventa des nœuds tarabiscotées, ses tripes se tricotèrent en mailles compliquées.

Bouleversée elle sauta du lit, enfila ses petites mules à pompons et patatras, s'écroula : seuls deux orteils de chacun de ses pieds avaient réussi à se caser dans ses pantoufles.
« Horreur ! Qui a oublié ses énormes doigts de pieds dans mes duvets de cygne ? >>  hurla-t-elle paniquée.
Elle courut jusqu'au grand miroir; il faillit y laisser son tain, ce scélérat osait refléter un être éberlué, barbu, hirsute, les sourcils en jachère. Rosalie défaillit.
Comble du comble, une empreinte d'oreiller, un grand "R", barrait une des joues de l'individu, sans réussir à lui donner grand air.
« "R" c'est Rosalie >> se rassura-t-elle.
« "R"... c'est aussi... Raymond. >> murmura doucereusement sa mémoire
Maudite soit cette sorcière maudite.
Rosalie hurla de rage. Raymond en perdit le souffle.
Rosalie devint muette. Raymond se tut.

Longtemps Rosalie resta prostrée. Raymond cafarda, longtemps.
Rosalie s'empiffra de chocolats. Raymond eut une crise de foie.
Rosalie fut saturée de sucré. Raymond dévora du saucisson.
Rosalie, de guerre lasse, accepta son nouveau statut. Raymond avait eu chaud, le vent du boulet l'avait frôlé.
Elle décida de s'approprier son nouvel aspect, en l'améliorant, l'esstralucide n'avait pas gâté le Raymond. Il se soumit.
Elle s'attaqua au débrousaillage. Il laissa faire.
Les cheveux : un shampooing énergique les révéla brillants, elle en fit un catogan.
Le système pileux du visage lui donna du poil à retordre.
Les sourcils ? De buissons ils devinrent jardinets.
Les rouflaquettes et autres favoris furent sauvagement dévorés par les crocs de la tondeuse.
La barbe, longue et fournie, passa par la case bouc et sparadrap rose. Le bouc devint mouche. La mouche fut rasée et le menton imberbe s'orna d'un second sparadrap.
Elle ne conserva qu'une très élégante moustache bouclée en guidon de vélo.
Elle se trouva beau.
Elle camoufla sous des vêtements chics et décontractés ses mollets velus et son torse duveteux. Elle haït les boutons cousus à droite, il les recousit à gauche, paf, sur les boutonnières - quel nigaud.
Elle coupa courts et sans chichis ses ongles, sans ce vernis qui tourne de l'œil dès qu'on a le dos tourné.
Elle enfila sans précaution des chaussettes dépareillées et à peine trouées - quel pied !
Elle étala ses dix orteils dans deux mocassins d'une voluptueuse platitude antidérapante et adopta la démarche "longs pas décidés", livrée avec.
Elle musarda, nez au vent, mains en poches - adieu bandoulière de sac - trois kilos - qui coince le deltoïde, pyromanise les tendons d'épaule et déstabilise les trapèzes - et se démode tous les trois mois.
Elle perdit ses clés qui débordaient de ses poches. Il dit que ça ne lui était jamais arrivé. Il mentait.
Elle ne s'encombra plus d'un parapluie - à savoir : la pluie ne détrempe pas l'Homme - que diable il n'est pas en sucre et supporte stoïquement un déluge, sans craindre pour son brushing.
Il perdit son écharpe, ses gants et son bonnet. Elle eut une angine, des engelures et un rhume de cerveau.
Il ne cuisina plus qu'en casseroles. Il avait une trouille bleue de l'engin qui cocotte en une minute et explose deux fois sur une. Elle rangea sa cocotte et s'enquit des tarifs du traiteur le plus proche.
Elle voulut dormir à droite, lui aussi. Il dormit sur le canapé. Elle aussi.
Il lui dit qu'elle ronflait, elle répondit c'est pas vrai. Elle mentait.
Elle fit pipi debout. Elle détesta, le vent était contraire.
« Coupez ! C'est bon, c'est dans la boîte, cria le réalisateur. Merci. À demain huit heures pour la séquence "Rosa-Raymond retrouve Madame Irma."  >>

 

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Défi n° 239 proposé par Jeanne FADOSI pour Les Croqueurs de Mots

Publié le par François & Marie

Jeanne nous invite à écrire un petit texte en prose ou en vers portant sur un moment dans lequel l'électricité a joué un rôle particulier.
                                        Mots imposés à inclure : ambre, ampoule, appareil.
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Le lointain grommelle. Poliment, un orage s'annonce.

On rassure les p'tiots.
« C'est le vieux Père du ciel qui joue aux quilles ›› ou  « qui roule ses tonneaux !›› À chacun ses dires.
Il en faudrait bien plus pour rassurer la Léontine.
La Léontine est une vieille dame proprette - à la campagne on ne dit pas coquette, on laisse ça aux Parigots - chignon poivre et sel soigneusement épinglé, blouse gorge de tourterelle impeccable, fichu gris perle, bas anthracite. La Léontine est un vivant camaïeu de gris chaussé de sabots à brides ambres et fines.
Elle vit seule dans sa maison aux glycines depuis que son fils, puis son mari, ont eu la mauvaise idée de s'en aller donner un coup de main au rouleur de barriques.

La Léontine, pourtant une sainte femme, exècre deux choses dans la vie, les buses qui planent au-dessus de son poulailler et les orages.
Les buses, elle les déroute hors du village en s'égosillant Chouuu labuuuse, (chou : oust) et agitant avec frénésie vers le ciel son antique balai de genêts, rustique "appareil" supposé épouvanter les pilleuses de poulaillers.
Pour les orages, c'est une autre affaire.
Alors que son vieil ennemi n'en est qu'aux prémices, vitement elle
barricade les volets de sa maison, attrape un grand sac en toile cirée noir, chausse ses sabots en bâclant un signe de croix, donne deux tours de clé et fuit.
La Léontine file se réfugier chez ses voisins.
Non, non, pas chez les plus proches - il y a plus de cinquante ans, ces pingres-là ont escroqué ses parents lors d'un échange de maigres lopins labourables - dès qu'il s'agit d'un affront fait à leur terre ( leur coffre fort), les paysans ne se ramicolent (réconcilient) pas facilement.
Elle s'en va trouver du réconfort auprès de vrais de vrais bonnes gens, le Léon et la Marie, même s'il lui faut longer la ferme de c' tès vouleux d' balle tarre (chez ces voleurs de belle terre). Elle les ignore, tête haute, regard lointain, plus droite que droite, plus digne que digne, elle se force à saboter (marcher en sabots en faisant le plus de bruit possible), sa conscience de brave femme essaie de temporiser son en - dedans qui fulmine et récite, en guise de mauvais sort, un intraduisible chaplèt à la r' bos (chapelet à l'envers, à rebours).
La nuit progresse. La Léontine presse le pas.
La ferme des Léon-Marie est la dernière en bout de chemin. L'ampoule de leur lampe de cour claire (est allumée), tant mieux se dit la Léontine, ça économisera ma pile (lampe de poche). Une élide (un éclair) brusque ses pas, le tonnerre rétaque du' (résonne dur), épouvantée elle franchit la cour en moins de deux et quasiment se jette à l'intérieur de l'uteau (cuisine et pièce principale); par bonheur, la porte n'est jamais fermée à clé, même lorsque les occupants vaquent à la traite et aux soins des bêtes.


Guidée par le lusot (petite lumière) tremblant de sa pile, la Léontine atteint le fond de la salle.
Calée entre le coin du mur et la grande armoire bressane, "sa" chaise l'attend, une catalogne (couverture) chaude et râpeuse pliée sur le dossier; c'est là où elle vit les orages depuis quinze ans.
Elle éteint sa pile Wonder, s'assied dans le noir, rattroupe sur ses genoux la couverture et son grand sac en toile cirée noir. Ce cabas, que contient-il ? Nul ne le sait. C'est son petit trésor à elle; sans doute des photos, le missel de son fils séminariste déporté pendant la guerre, peut-être la casquette de son mari mort de chagrin peu d'années après son fils, quelques économies... Tous les trésors de sa vie gonflent à peine les flancs de sa modeste besace.
Pour ne plus voir l'obscurité elle ferme les yeux.

Elle sort de sa poche son fidèle chapelet, celui de sa communion solennelle et commence à l'égrener. Un éclair...un sursaut... elle s'y perd dans les grains, chaque coup de tonnerre l'emberlificote dans ses Avé - t'inquiète ptiote, le Bon Dieu n'est pas à ça près - la rassure sa bonne conscience.
Un mince soupir lui fait réaliser qu'elle n'est pas seule,
« T'es don' là, l' chin ? (chien), on est bin deux pôv' pouèrouses (peureuses) hein don' ?››
Sous la grosse armoire un mince couinement lui répond, c'est Finette, une jeune chienne toute fluette; cette petite maille qui, en temps ordinaire sait se faire respecter d'un troupeau de vaches, se retrouve pelotonnée sous le grand meuble dès qu'elle flaire le tonnerre.
L'orage va, vient, s'entête, s'étiole. Peu à peu la pluie calme le courroux du ciel.
Finette tremblote, s'apaise, tremble encore un peu puis s'endort.
La Léontine sursaute, perd la foi, la retrouve, balbutie encore quelques bribes des pieuses dizaines, finit par s'assoupir.
Dans le noir le silence s'installe.
La Finette ronflote. La Léontine aussi.
La Marie en a terminé avec la traite du troupeau. Abritée sous une grand' sache (sac de jute, replié en capuchon
pointu, sorte de KWay à l'ancienne ) elle "se" rentre. Elle protège en la calant contre elle, une grand' trappe (une jatte à lait en terre cuite vernissée) pleine de trois ou quatre litres de bon lait chaudôt et moussu. Elle grommelle toute seule « Ah, y'est bin beau c' te nouvale électric, mais faut aller charchi l' bouton d' l'aut' bout d' l'uteau, 'rheusement que j'cougnais bin ma  majon.››
Dans le noir elle avance en comptant les six pas qui la séparent de l'interrupteur en bakélite. Elle en tourne l'ailette et... déclenche un tabarnacle d' capharnaüm !

Qui est responsable de ce bazar ?
Qui ?
Bin... On ne peut dire, Monsieur le Commissaire...
Qui a commencé ?
Bin...
On interroge la chronologie des faits...
Clairement :
Est-ce le cri d'effroi de la Léontine terrorisée par la sache ambulante qui déclencha les abois apeurés de la Finette qui suffoquèrent la Marie sous sa sache d'où s'échappa sa jattée ou bien le vice du versa qui déflagra trappe et lait sur le pavage que lapa lape et relape le toutou tout fou-fou ?
On aimerait que jaillisse une idée lumineuse dans l'obscur méli-mélo de cet embroglio.
Le coupable...
serait-ce l' électricien
qui a placé trop loin
de la porte d'entrée
l'interrupteur papillon
de la fée électricité ?
On ne sait...
« À table vos tou', y' a èn' bonne soupe à l' ugnon !››

Marie, même sans électricité, sait faire briller les yeux de la petite assemblée !

 

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