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Défi n° 91 "Mon chez moi, ma maison" proposé par Jill Bill pour Les Croqueurs de mots.

Publié le par François & Marie

MON CHEZ MOI, MA MAISON. 

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"Un chat ne vit pas chez son maître, c'est le maître qui vit chez son chat."  

Quelle pertinente formule, parole de chat!

En conséquence, c'est moi le chat qui vais vous présenter la maison dont je suis le maître.

Ah! cette maison...Je ne l'ai pas adoptée par hasard.

En chat calculateur avisé flairant les prémices des frimas, dans un canard (entre bêtes il faut bien s'entraider) j'ai informé "Greffier  frileux fringant,finaud consentirait à adopter maison  nourricière hospitalière, exempte de congénères rivaux et de  canin turbulent et tapageur calme et accueillante pour séjour peinard  harmonieux."

Hasard inouï, dans cette même feuille de chou un entrefilet implorait "Urgentissime: maison cherche petit animal domestique, genre chat, effrayeur de souris. Félin félon, chapardeur de rôti s'abstenir."

chat-maison.jpg

Héhé, tout à fait mon profil! ... Hormis peut-être "petit"... pourquoi pas "riquiqui"! ...et puis "animal"...ça fait un peu "bestiole", n'est-il pas?...et puis encore "domestique"...ne serait-ce pas l'équivalent de "serviteur"? Hum...(rage-rage!)...un fier félin serviteur d'humains, très peu pour moi.

Soyons raisonnable, l'hiver approche, ne jouons pas au sourcilleux, allons vérifier l'allure de ce logis potentiellement nourricier.   

Rendez-vous est pris.

Après une rapide toilette de chat, j'arrive l'air dégagé, voire distant, maîtrisant avec application les frémissements impatients de mes vibrisses.

"Maison" est d'un abord avenant. Posée au centre d'un petit village très ordinaire, entourée d'un pré à vaches bosselé de taupinières, elle ne semble pas bêcheuse et ça me plaît (lassé de la gym en salle, le plein air de la chasse aux taupes m'ira parfaitement).

Pour me recevoir cette vieille dame placide ne s'est pas mise en frais; elle a gardé sa robe de vieilles pierres inégales, s'est à peine maquillée de glycines et d'une treille centenaire, s'est juste pomponnée de rosiers tout fous-fous, blancs et puceronnés.

Son air permissif joue en sa faveur. Pas de clôtures cadenassées, pas de grilles tarabiscotées, elle n'admet que des buissons de troènes tricotés de hêtres et de charmilles. Je frémis de plaisir lorsqu'elle me dévoile qu'elle a en horreur les stridentes sonnettes (hérisseuses d'échine) et qu'il suffit de s'annoncer en toquant à son huis. 

"Maison" n'est pas une maniérée adepte de raides fleurs pimbêches prisonnières de rigides parterres, elle voisine avec des iris mêlés aux framboisiers et aux boules d'hortensias. Elle me fait malicieusement remarquer que je pourrai cousiner en odeur de pipi de chat avec les buis joufflus qui font le gros dos par ci par là! 

Elle m'avoue être gourmande. Gourmande de verdure. J'ai en effet constaté qu'elle garde à sa portée des bataillons de noisetiers véreux, une kyrielle de très vieux arbres escogriffes, qui parfois se souviennent qu'ils ont été fruitiers. Aucun rideau ne voile ses issues; la nature s'invite en tableaux vivants à travers portes et fenêtres. Je note que tout en demeurant dans la tiédeur du logis, par les carreaux je pourrai terroriser les mésanges à casquette et les boules de billard déguisées en rouges-gorges. J'en bouillonne déjà! 

Mise en confiance, "Maison" me prie d'entrer. 

A peine le seuil franchi je bloque des tous mes coussinets, respiration coupée. Une imposante horloge comtoise me toise. Impassible et altière, sans perdre une minute, cette aïeule, digne fille de Chronos dit l'heure, dis-leur, dis-leur... dis-leur que le temps passe, semble-t-elle dire et redire. J'en suis tout mollasson! Son tic-tac hypnotique me met en transe et son air condescendant me fait régresser en chaton titubant... Ouf, l'argentine clarine qui tinte une demie, me fait retrouver mon souffle et mes esprits. 

- Euh... je ne m'attarde pas! balbutie-je en me faisant des croche- pattes, Madame je dépose mes hommages à vos pieds...(ouh la bourde!...cette horloge de parquet n'a pas de pieds, mais un socle, une sorte de piédestal de statue...ignare animalcule.) (Note de la traductrice.)

Sauvé! l'instinct de conservation (de ma dignité) m'a propulsé dans la pièce unique et  décloisonnée. Mumm, ça fleure bon les pommes à la cannelle. (...même un carnassier cruel peut avoir ses faiblesses...)

"Maison" m'a prévenu, chez elle il convient d'ondoyer (aucune difficulté, pour un chat, l'ondoiement est une démarche naturelle et gracieuse).

Ici, on ignore que le plus court chemin passe par la ligne droite, on slalome (quel rêve une maison pleine de cache-cache). De profil on ondule entre les fauteuils, on se déhanche pour ne point déranger posés au sol, miroirs anciens, livres empilés, lampes et tableaux (oies dodues, gouaches, aquarelles et un étrange, bovin pas mûr, une surprenante vache...verte! Talentueuses empreintes de François) 

"Maison" m'a averti,

- Mon cher si vous espériez  l'étalage d'un vaniteux écran ultra plat et le clinquant d'un bastringue haute technologie, vous risquez d'être déçu; la vieille télé et les engins de bruitage sont étouffés tout au fond d'un placard.

- Pourtant ...ces notes de piano...

- Ah, certains ont des privilèges...(chic, j'aime bien siester pianissimo!) 

- Juste une précision qui va combler votre instinct du confort, dans la "Maison", les chaises, ces  rigides mobiliers d'assise ne sont pas les bienvenues; de petits fauteuils coussinés devraient vous contenter.

(Mon rêve! ils m'appartiendront tous, je me réserve dès à présent celui au plaid mousseux près de la cheminée!)

- Un interdit à ne pas transgresser: vous devrez très formellement éviter de prendre pour échelle- à -cueillir- les -araignées- au plafond, les vénérables draps de trousseau monogrammés, en tentures de ci de là.

(...Quelle sévérité pour quelques lès de lin drapés en oripeaux ...pourtant, s'il y va de mon entrée dans la maison, j'y consens, de mauvaise grâce certes, mais j'accepte d' épargner les étendards, tout en continuant à titiller les araignées.)

Marché conclu, depuis ce jour la maison m'appartient!

- Et les souris? me direz-vous.

- Enfuies! Ce n'est que lorsque le chat n'est pas là que dansent les souris!   

L'heure des croquettes a sonné, la visite est terminée, revenez quand vous voudrez! 

 

 

 

 

 

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Défi n° 90 "Un mot pour un autre" proposé par Suzâme pour Les Croqueurs de mots.

Publié le par François & Marie

"Un mot pour un autre". 

Écrire un texte décalé, amusant mais non dénué de sens, en substituant et en répétant un mot (et un seul) qui n'a aucun rapport avec le mot correct (mais s'en rapproche par le son).

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Avant-propos: la consigne a ici été un peu détournée, deux mots ont été utilisés et le texte n'a pas le côté ludique exigé. L'auto-absolution a été accordée, qu'on se le dise!

Mon miroir? Il y a belle lurette que je l'ai miré.

Pour le mirer il me faut sa chef ...

Sa chef...où l'ai-je donc mise en sûreté?

L'aurais-je placée sous chef?

Ah, la voilà, embusquée dessous mon couvre-chef!

Allons-y la chef, orchestrons l'ouverture de cette devanture.

Ne met pas ta vigueur en bémol, 

d'un dièse accroîs ton rythme oscillatoire,

derechef fais-toi le chef d'orchestre de ce miroir à ta portée.

Voilà qui est fort bien exécuté, bien joué la chef! 

A nous deux le miroir... mais quoi!... tu résistes,

tu fais le grincheux, le geignard,

pour un miroir, tu n'es pas très poli.

MiroirCle

Oh miroir magique, toi qui ne manques point de réflexion,

tiendrais-tu à ce que ton boîtier en loupe de noyer

ait une réputation de coeur de glace, de vile dureté?

Réfléchis... 

Ah, enfin tu capitules en répons à mon capitule! 

...Juste ciel... quel émoi...

Miroir serais-tu un de ces miroirs truqués

tant tu reflètes mes images du passé contrefaites...

En miroir aux trésors trompeur, tu as feint

de conserver leur fraîcheur aux dentelles fanées.

Tu as abusé de la crédulité des crayons épointés en leur faisant accroire

qu'ils ne bedonnaient pas en vain de desseins de dessins.

Tu as flatté les gommes, leur assurant qu'elles viendraient à bout

des flétrissures pathétiques momifiées par les années.

En miroir aux alouettes tu as fait miroiter aux pétales des roses

qu'ils ne seraient jamais, au grand jamais, ni racornis, ni jaunis.

En miroir aussi trompeur qu'un miroir sans tain

tu as laissé pâlir le teint de l'encre délavée des mots doux griffonnés.

Miroir félon tu as terni les images du passé, 

ton reflet infidèle n'est que capharnaüm a donner le cafard... 

Vite la chef, vite refermons ce miroir fallacieux, déloyal

dont je ne veux plus être vassale.

Chef, au diable vauvert je vais te catapulter.

A toi la liberté de prendre la chef des champs. 

Quant à moi, je vais passer de l'autre côté du miroir,

c'est commode, il me suffira de contourner... la commode.

 

 

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6 novembre

Publié le par François & Marie

biscuits2.jpg

Certains pensent que le six novembre est une date à retenir car c'est aujourd'hui que les étatsuniens choisissent leur président. Sans dénier cette anecdote, il est important de rappeler que le six novembre est surtout la date anniversaire de la création de Cabardouche et cet événement, vous en conviendrez, est autrement plus joyeux.

Bienvenue sur Cabardouche et bonne visite sur nos pages où Marie ne cesse de faire danser les mots pour tricoter des histoires savoureuses et tendres, pendant que François gribouille des petits dessins colorés pour les mettre en page. 

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Défi n° 89 "Un petit lieu" proposé par Enriqueta pour les Croqueurs de mots-

Publié le par François & Marie

"UN PETIT LIEU".

C'est un petit lieu qui ne paie pas de mine, un endroit qui ne vaut pas le détour, sauf pour vous. Décrivez ce lieu et dites pourquoi il vous plaît ou vous déplaît autant...

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Si d'aucuns abhorrent les rhododendrons, pour sa part, elle n'aime pas les salles où l'on attend, celle des ophtalmologues particulièrement.

A priori rien de dérangeant. Des murs lâchement teintés "coquille d'oeuf", une vingtaine de sièges apodes en frise vermillon...pas de quoi lui donner des frissons, pourtant elle connaît bien le déroulement du scénario.

En y  pénétrant elle sait que sa voix aura le réflexe poli de souffler un bonjooouuur, étiré intentionnellement, il lui faut gagner du temps.

loupe

Elle refermera len-te-ment la porte derrière elle, tandis qu'à toute vitesse elle cogitera.

Six places libres, laquelle choisir?

Près de la porte? en un éclair elle imagine un vilain rhume de courants d'air.

Dans un angle? condamnée à être recroquevillée. 

Près du gamin qui se rase en somme et balance ses jambes en métronome? Pas question! il va donner le hoquet à toute la rangée de sièges-baquets.

Aux côtés de la madame frisottée? Sûrement pas, elle est du genre à caqueter.

Résignée, sur le siège le plus proche elle filera se garer.

Elle raflera au passage une revue plus périmée que des yaourts de trois mois.

Faute de mieux, elle feuillettera.

Lui viendra l'idée de rechercher la page 32, où on promet de lui dévoiler le secret d'inratables encornets farcis. Elle constatera, avec un soupir intérieur de non déception, puisqu'elle n'apprécie pas ces bestioles caoutchouteuses auxquelles elle n'a d'ailleurs jamais goûté, que la page 32 a été arrachée.

Pour tuer le temps, elle continuera de survoler ce magazine dépassé et sans intérêt,lorsque des gouttes piquantes lui seront imposées par une assistante qui lui inondera autoritairement l'oeil droit, puis le gauche, les tamponnera prestement, non affectueusement et tournera les talons.

A la vue de la blouse blanche, madame frisottée se souviendra du motif qui la retient en cette salle vouée à la patience des patients et commencera sa ronde des questionnements,

- Vous avez rendez-vous avec lequel? Moi ça fait deux heures que j'attends, vous avez rendez-vous à quelle heure?

Elle reniflera avec grâce alors qu'elle n'a pas de raison de pleurer puisque son horoscope (qui se floute dare-dare) lui prédit amour et argent  favorables. Pas de quoi rêver... il est vieux de six mois.

Pour éviter le sondage de l'enquêtrice, elle se cramponnera à ses feuilles de cellulose imprimée, bien qu'elles soient devenues illisibles, brouillardeuses, brumeuses et confuses.

Elle veillera à tenir la revue à l'endroit et se rétrécira un peu pour se dissimuler à la vue de l'inspectrice des horaires-ophtalmos. Il ferait beau voir qu'elle ose l'interpeller malgré ses efforts caméléonesques,

- Heu, vous... derrière le livre, votre rendez-vous est à quelle heure?

- Moi?... Je n'ai pas de rendez-vous, lui assurerait-elle, je passais par ici et je cherche à me débarrasser de mon oeil de perdrix...

 

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avisssss à la population ! défi

Publié le par François & Marie

AVIS AUX CROQUEURS DE MOTS qui passeraient par ici.

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( cliquez sur l'image pour accéder à la page d'Enriqueta) 

 

Sur sa page, ENRIQUETA propose  le DEFI N°89. La copie est à rendre pour LUNDI  5 NOVEMBRE.

 

Bonnes pensées pour Tricotine.


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Défi n° 88 "Au grenier" proposé par "Un soir bleu" pour Les Croqueurs de mots.

Publié le par François & Marie

 

"AU GRENIER".

Racontez votre grenier, celui de chez vous ou le grenier imaginaire dont vous rêvez.

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Explorer un grenier, quelle affaire! Vite, on y court, pris d'une fébrile curiosité.

Soudain une obscure vénération temporise notre allure. Halte là! on n'y entre pas comme dans un moulin. 

Visiter un grenier est une faveur qui se mérite. Prière de la pratiquer selon une chorégraphie dont il convient de respecter les figures.

D'abord, gravir en souple déhanché les échelons trop raides et bien trop espacés d'une échelle de bois.

S'y agripper comme à son partenaire de farandole et feindre de ne pas avoir senti que votre cavalier vous écrase les orteils l'écharde qui vous laboure le pouce.

Parvenir au dernier barreau, le souffle activé en rythme de salsa par l'effort et le trac.

S' arc-bouter en arabesque pour soulever la trappe de planches bistres qui résiste et qui geint.

greniercolor 0001Hésiter, juste un instant, avant de franchir d'un saut de chat souple et silencieux, l'entrée de ce lieu méconnu qui sent le vieux papier, les objets oubliés et les petits rats qui y trottent.

Cligner des yeux, pour ainsi mieux capter la gambille désordonnée de la poussière dérangée, dans la lumière falote d'une lucarne encrassée.

Enfin, poser un pied mesuré sur l'une des planches rugueuses. Aventurer le second sur la latte d'à côté, par sécurité toujours celle d'à côté, en vieillards taquins, les antiques planchers fragiles et boiteux, aiment nous voir cheminer en gavotte décalée.

Pirouetter en ondulante "marche lunaire" entre les guenilles gris poudré des toiles d'araignées. 

Redonner vie au cheval de bois cironné en folâtrant à ses côtés en cabrioles légères.

Saluer de quelques ronds de jambe une marquise au damassé fané.

Coiffer une sombre mantille et mimer un flamenco muet à l'éventail pourpre.

Faire se dandiner en java la nacre des boutons d'un vieil accordéon aux soufflets essoufflés. Bouche fermée, fredonner.

Swinger sous les baleines en marionnettes disloquées d'un riflard fatigué. Doucettement le refermer. Assez badiné, il doit se reposer. 

Prendre discrètement congé en une gracieuse pavane glissée, murmurer merci, je reviendrai! Avec précaution rabattre le trapon.

Se couler, agile somnambule éveillé, jusqu'en bas de l'échelle. Se jucher sur l'échelon le plus bas, l'étourdissant manège de la vie attendra.

En adage lent, s'accorder le temps de rêver aux objets du passé, le sourire béat, les coudes aux genoux, le menton au creux des paumes, dans les étoiles les yeux perdus... turlututu...

 

 

 

 

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Marie-tout-court chapitre IV

Publié le par François & Marie

Résumé: Les deux loupiots gambadent dans les prés et Marie-tout-court  s'adresse aux montbéliardes qui paissent nonchalamment dans les pâtures.

- C'est magique! tu causes vêch?

- Oui mon bon...c'est inné, assure Marie-modeste.

- Qu'esse tu leur as dit?

- Oh, tout simplement "salut lê vêchs, c'tu gaichon, y'ê m'n'êmi".

- O-i-oleu o-i-oleu o-i-oleu! s'essaie Charlie.

- Mouuuh! répond la vieille Rosette dérangée dans son broutage par cette petite voix pointue.

- Tcharlie! te causes vêch atou! Qu'esse tu lui as dit?

- Oh, tout simplement " J'suis bien content qu' Marie-tout-court soit mon amie" et elle a répondu "Mannnh, c'que t'en as d'la veine"!

Moumousse, un tantinet vexé d'avoir été évincé des dialogues, furète dans les traces de Mon-gris, le patte-pelue de mémé. Dans sa caboche, il y a comme une tracasserie...et si ce félin hypocrite avait changé de figure... Mousse n'a pas rêvé... hier soir, il a bien entendu le p'tit parigot qualifier le matou de "tigre courtaud ", d'un certain jardin de je n'sais quoi et de je n'sais où...

Le gardien de troupeau se sent la truffe enquêtrice. Il file éclaircir cette énigme, laissant derrière lui les deux zinzins qui se congratulent, mutuellement convaincus de leur dons en parler vache.bouse.jpg

- Eh Marie! dis, t'as vu, dans l'herbe y'a plein de bérets comme le mien...

- Hihi, voui! marche dedans du pied gauche et t'auras plein de bonheur!

- Ma-gique!

- Nan, cho-gne! (bouse!)

- Dis, Marie...les vaches... ta mémé elle en fait du civet ou du boudin?

- Hi hi, ses gamelles s'raient bien trop p'tites! Avec le bon lait des meuhs, ma mémé, elle fait d'la galette au cômeau, ("goumeau", tarte franc-comtoise au flan*) avec un quaton (une bonne dose!) d'beurre d'vaches, d'la crème d'vaches, et pis d'l'haut d'la fleur d'or en gé.

T'fê èn boun' pât' brisia. T'la laisse fèr' èn' ptchiote mèrienne. Pendant c'tu temps, t'fê tan c'mô: èn' Béchamel d'aveu in bon caton d'beûr', djeuais cullies d' fèrine qu'te laiches v'ni couleu neusille, t'vaich' la moitie d'èn' trappe d'laie, te turn, te turn ape te turn pou qu'ill sêt bin hoilouse, t'mets du bon mié ou bin du socre si t'es chire, ape trouais, quatre cullies d'eau de fleurs d'oranger. Te sô ta cais'roule du fu, ape t'caisses trouais bons us, ape djeux, trouais bons catons de c'ta boun'crém de tê vêchs, te turn, te turn, te turn.Te t'en n'y vas rêvouailli tan pâton, t'l'êtâles, t'le mets dins èn'tôle nouère, t'li faïs in grind trottouèr. Te vaich ton c'mô, t'rabats l'trottouèr, ape t'enforne. Quind y'ê-t-y queu? t'y vouais bin, la piô ê gonfia, neusille, ape y sent-y bon, t't'crairôt so lê nèrolis!

* Il faut une bonne pâte brisée-maison toute simplissime (100g de beurre (salé, c'est encore meilleur), 200g de farine), qui va reposer au frais pendant la préparation du goumeau: sorte de sauce Béchamel sucrée (40g de beurre, 40g de farine, 1/2l de lait 1/2 écrèmé (LDL oblige...) arômatisée à l'eau de fleurs d'oranger dans laquelle on ajoute, hors du feu deux ou trois oeufs (ouille! LDL...) et...une ou deux cuillères de crème crue épaisse (re-ouille! LDL...). Bien veiller à lui conserver son aspect rustique en rabattant un large "trottoir" de pâte sur le goumeau. Cuire th 200° C, vingt à trente minutes, jusqu'à ce que le dessus soit tout joufflu (au sortir du four il va s'affaisser en formant de belles vagues, couleur noisette) et que la maison embaume le bigaradier!

- Wouah...d'l'or en gé?  ça doit briiiller... bée le Charlie, c'est quoi?

Sourcils haussés, lippe dubitative, Marie-tout-court semble être prise de court...Levant jusqu'aux oreilles ses épaules caracotées de rouge, elle hésite.

- Pfou...J'sais pas, moi...C'que j'sais c'est qu'ça fait de l'essqui qui fait briller l'coeur et  l'bedon! C'est du bon miam, tu verras! 

Les deux investigateurs en recettes du terroir ne s'attardent pas en inutiles interrogations. Tandis que l'un s'aventure, genoux au vent dans les herbes folles d'un fossé, l'autre ré-arrime la barrette de sa décorative choupette à pois.

- Ouille, aïe, ouille, exprime sobrement le Charles-Edouard en s'extirpant du talus herbu. 

- Qu'est-c'qui t'arrive encore! interroge l'enchoupettée.

- Rien...c'est rien... Tiens Marie, voici pour toi "la plus belle chose", assure avec pompe l'explorateur des anti-boulingrins.

- Ahhh?...

- Voui, un saphir, affirme gravement Charlie- le -preux en brandissant la dodelinante bille bleue d'une scabieuse des champs, un tantinet malmenée.

- Ahhh!...

- Mère porte cette pierre azur, copie de la bague du roi Edouard le Confesseur, à qui on doit Westminster Abbaye, les soirs de réception bleu nuit.

-  Ah?... elle met une veste de mystère abeille...? Bouh, c'est compliqué, dis donc...

- Donne ta main, gigote pas! Voilà, je mets à ton doigt "la plus belle chose", c'est le p'tit nom du saphir. A présent, tu as le même que celui de Mère.

- Han...çui-là est bien plusse beau passe'que c'est un saphir des prés. Merci Charlie, t'es gentil...Bin tiens, moi j'te donne un n'escargot!

- Bouh...Ouille, ouille, ouille...ça pique...

- Bin, qu'est-ce t'as à ginguer comme ça? Un n'escargot ça poisse, ça bave mais ça pique pas...

- J'te dis qu'ça piiique...pis ça graaatte!

- Wouaouh, mon pôvre! tes g'noux sont écrevisses, oh pis tes mollets aussi, et pis tu cloques!

- Bouhh... j'veux pas cloooquer, j'veux pas mouriiir, pleurniche le dénicheur de saphir.

- J'sais pourquoi! pédagogise Marie -tout-court, t'as sautralé (sauté en piétinant) dans les zorties!

- Des z'orties cloqueuses? Y'en a pas au Jard...

- Ah, r'commence pas avec ton Jardin des Plantes, hein! Amène-toi vite dans l'jardin d'mémé, j'vas t'guérir!

- Y'a l'feuu dans mes g'nouux, se lamente le fraîchement libéré des protectrices robes longues.

- Couine pas, donne-moi la main, on court!

Ils déboulent en trombe dans les allées potagères où Marie arrache prestement des poignées de feuilles d'oseille. Elle en masse vigoureusement genoux et mollets urticariens d'un Charlie piaffeur,

- Brrr, c'est froiiid!... pouah... j'suis tout verdasse!

- Hihi...on dirait une r'noïlle (grenouille), mais t'es pas mort!

- ...Bin, nan! Pis...ça pique plus! T'es ma sauveuse!

Relire l'épisode 1 : cliquez ici

Relire l'épisode 2 : cliquez ici

Relire l'épisode 3 : cliquez ici

aller à l'épisode 5 :cliquez ici

Publié dans Histoire en Patois

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Défi n° 87 "Créez vos propres signes du zodiaque" proposé par Lilou-Frédotte (Rêve d'écriture) pour "Les croqueurs de mots".

Publié le par François & Marie

"Créez vos propres signes du zodiaque".

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Mon premier est Alain Chapel (1937- 1990), grand chef cuisinier de Mionnay dans l'Ain.

Mon deuxième est un cocktail de seize signes du gastronomo-diaque. 

Mon tout est?...est?...est?

                      Ben... l'horoscope d'Alain Chapel-sixteen! (titre résultant de la cogitation de conserve (de petits pois) avec François...        

 mayo.jpgMayonnaise: évitez la valse, vous allez encore tourner...

peche-melba.jpgPêche Melba: restez pudique, gardez aussi le haut! 

marbre.jpgGâteau marbré: prudence! s'adonner aux régimes yo-yo peut provoquer des vergetures.

fromage-de-tete.jpgFromage de tête: relax! Vous avez tendance à trop intellectualiser.

tarte.jpgTarte aux pommes: vous êtes trop bonne, réagissez! ne vous laissez pas réduire en compote.

melon.jpgMelon: danger! vous prenez la grosse tête.

cafe-au-lait.jpgCafé au lait: que du bonheur! Le métissage vous va si bien...

risotto.jpgRisotto: belle semaine joviale et enjouée!

oignonOignon: vous faites pleurer votre entourage, et si vous mettiez un peu de rillettes et de risotto dans votre vie!

chichi.jpgChichi: vous en faites trop!

champagne.jpgChampagne: bullez en paix, personne ne vous le reprochera!

creme-copie-1.jpgCrème fleurette: ne vous en laissez pas conter.

boeuf-mode.jpgBoeuf mode: profitez... tant que vous êtes au goût du jour.

religieuse.jpgReligieuse: belle rencontre avec un St  Emilion.

pain-perdu.jpgPain perdu: ...et si vous commandiez un GPS au père Noël...

rhubarbe.jpgRhubarbe: on semble s'ennuyer fort dans votre quartier, réagissez!

 

 

 

 

 

 

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Foire de Longwy

Publié le par François & Marie

Vous et moi qui allons tous les ans faire bronzette à  Saint Trop' remarquons qu'en été sa population explose et qu'il devient de plus en plus malaisé de parquer sa Ferrari, ma chèère...

 Depuis 1383, selon les archives, Longwy sur le Doubs petit village jurassien de 600 âmes semble vouloir l'imiter (...pour la population, pas pour les voitures déguisées en coquelicots, ils en ont de vrais, eux!).

Chaque printemps et fin septembre, il prend prétexte de faire "la foire sur le pré" pour voir musarder durant deux jours 55000 badauds. Rien ne les arrête, ni la gadoue ni  l'eau jusqu'aux chevilles (le Doubs a ses caprices!), face aux étals de 850 exposants.

Vous qui cherchez un de ces monstrueux tracteurs ou un percolateur... Il y a!

Des bottes ou des crocs? Il y a!

Des falbalas ou des coutelas? Il y a!

Des matelas ou de la barbe à papa? Il y a!

Des lapins-nains ou des poulains? Il y a!

Des paillassons ou des saucissons? Il y a!

Des casseroles ou des chignoles? Il y a!

Des accordéoneux ou des drilles joyeux? Il y a!

Des biscuits ou un grand huit? Il y a!

L'Eugène? Il y était!

Le voilà qui rentre "un peu fatigué" ...(expression soufflée par François)grouik-copie-1.jpg

Zéphirin son voisin qui guettait son retour vient le chapitrer.

- Dis-m'don l'Ugén', tê neûrins tracmallant braman lê potches d'yeutê soues, t'èros point dê coups ubié d'y-e si bailli yeût' potchia?

(Dis donc l'Ugén', tes nourrains (ou nourrins: jeunes porcs qu'on engraisse) secouent furieusement les portes de leurs soues, t'aurais pas des fois oublié de leur donner leur pitance?) 

- ...Bin, j'me disot qu'y êtôt l'sambadi d'la fouèr d' Longwy...

(...Bin, j'me disais qu' c'était le samedi de la foire de Longwy...) 

- Ouais... l'sambadi...v'la ti point qu'an ê d'jà l'diminch' sê  figueur'te, graind couillon!

(Ouais...le samedi... figure-toi qu'on est déjà dimanche soir, grand corniaud!)

- ...Ah, bin...Te crê t'y?

(Ah, ben...tu crois...)

- J' crais que t'ê bin dêvêrgondaïe, à c'que j'vouais...T'crê p'tétr' qu'la fouêr ê èn' rêson pou qu'tê couchons migeint in je sû doux, ape qu'ê r'sembi-int à dê èrôtes*?

( Je crois que tu t'es bien dévergondé à c'que j'vois...Et tu crois p'têtre que la foire est une raison pour que tes cochons mangent un jour sur deux et ressemblent à des èrotes*?) 

- ...Bin, j'me disot... qu'y f'rôt pt'étre du brav' intrebâcoèné!

(...Ben, j'me disais...que ça f'rait p'têtre du bon entrelardé!)

.............................................................................................................................................. 

* Erote (ou arote): être (individu ou animal) malingre, chétif, voire un tantinet "crapoussin"!

   Erote signifie également "courtilière". La courtilière comme son nom l'indique sévit dans les jolis courtils; c'est un vilain pas beau gros insecte souterrain qui passe ses RTT, le méchant, à terroriser les petites salades et autres semis qu'il zigouille à tout va sans état d'âme.Arote2

 


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Marie-Tout-Court chapitre III

Publié le par François & Marie

- T'es nigaud... J'vas t'dire un secret: en automne, y'a un jour qu'j'aime pas, tsé...C'est l' jour d' l'édredon rouge...                                                           

- C'est pourtant gentil un édredon rouge...

- Voui...l'édredon ça va...c'qui va moins c'est l'jour du cochon-boudin...Tsé l'cochon ça voudrait pas d'venir boudin...alors, quand y voit l' couteau grannnd comme ça, y couiiine, y couiiine mon pôv, tu peux pas savoir...alors pour plus l'entendre couiner, j'me fais peloton sous mon édredon rouge, j'me bouche les oreilles et je chante "à la claire fontaine", plus fort que l'cochon et pis des fois j'm'endors...quand j'me réveille le cochon est boudiné!

edredon-rouge-jpg

- Eh bin un jour, j'te tiendrai la main sous l'édredon rouge et on chantera ensemble, tu veux bien?

- Voui et pis après on mangera du boudin aux pommes, mumm, c'est bon!

- Y' a pas de boudin aux pommes au Jardin des plantes...

- Qu'est -ce tu crois, y'a pas tout à Paris. Fais gaffe où tu mets les pieds, ici y 'a des crottings d'pioules!

- ...Ben dis donc, tes cygnes  y sont bizarres...même pas blancs et tout p'tits-riquiquis, et pis ton lac...au Jardin des pl...

- Stooop, l'Parigot! te m'lasses d'aveu ton Cotchi dês piantes, ique an ê les pis din la vré de vré caim-pai-gne, direct! Mês cygnes y'ê dês câ-nâs, ape man lac y'è in gouillat pou s'gaugi. N'y v'là, y'ê à prendr' ou bin à laissi!

(Tu m'fatigues avec ton jardin des plantes, ici on est en direct les pieds dans la vraie de vraie campagne. Mon lac c'est une pôv'mare où on se mouille les pieds dans la boue et mes cygnes, des canards rustiques. Voilà, c'est à prendre ou à laisser!) 

- ...J'voulais pas t' fâcher Marie-tout-court, mais t'sé, j'suis un peu déboussolé, j'te f'rai dire... Nanny m'avait dit que le Jardin des Plantes c'était comme à la campagne... et pis y'm'faut polyglotter, c'est pas facile... Nurse veut que j' jase qu'en Anglais, ta mémé cause très patois et toi tu baraguouines du franchou-patoillard...

- Bin, t'as qu'à choisir, mon p'tit vieux!

- Y'est fait! y'ê tê que j'chouaisis, dear Marie-tout-court!

- Allez vins, dgenti bétassot, on va dire bonje ê vêch's!

Ils se carapatent, main dans la main. 

Jappements joyeux et langue en métronome mouillé, Moumousse les devance à la découverte de son troupeau. 

- Oïlle oïlle oïlle, iolde Marie.

Les paisibles comtoises immobilisent un mufle interloqué, aux pendouilles d'herbe grasse.

- Marie déraille, on ne oïlle pas en rosée du matin! disent leurs regards incrédules, on oïlle lorsque les pis sont tout joufflus et que le tilleul devient plus petit que son ombre...

Lire l'épisode 1: cliquez ici

Lire l'épisode 2 : cliquez ici

Lire l'épisode 4 : cliquez ici

 Lire l'épisode 5 :cliquez ici 

A suivre...


Publié dans Histoire en Patois

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