L'haras des villes et l'haras des champs

Publié le par François & Marie


L' haras des villes et l' haras des champs.

      L'aut ' je, su èn' ptchiète route, j' proumonos mès cin' ch'vaux fiscaux ! J' a crouèsé in châ' ! Dins lès r'dalles, in brave ch'vau comtouais preumonot douais vioux gins. J'en crayos point mè uyes! Y est point sovint qui s' vouait in 2009.
      Pieus louin, su la grand' reute, y' avot in gros treubeu qu'avo ène inscrition "Attention transport de chevaux". Y èto, bin sûr, dès ch'vaux qu' corrant pou fére gaigni dès sous...
     Diès-me vouair, lequé qu'est l' mi-e : l' brave comtouais qu' premoune ses gins(qu' l'aimant bin), l'ch'vau d'course què rgaidjé qu'si è gaigne, ou bin mè cin' ch'vaux fiscaux qu'me serviant bin mais qu'empois' nant l' monde ?
       J'crais bin qu' faut s'arringi d'ave lès trouais...

       

Au volant de mes cinq chevaux fiscaux sur une  route de campagne, je vois venir à ma rencontre un char agricole,  paisiblement conduit par un robuste cheval comtois étrillé de frais.

Assis à l'avant, un couple "d'octentagénaires" devise tranquillement. L'homme, casquetté de laine à carreaux et emmitouflé dans une canadienne, tient les rênes. Il désigne à sa voisine, les champs, au loin; tricot et foulard fuchsia, elle approuve mollement du chef.

Je les ai croisés en roulant au pas, histoire de savourer ce spectacle - devenu rare à notre époque - et sans risquer d'effaroucher le bel animal. 

Peu importe où ils vont, ils savent qu'à un moment ou un autre, ils y arriveront.

Leurs bavardages tranquilles dessinent des volutes éphémères dans le petit froid du matin. Une forte et saine odeur chevaline persiste un moment dans le sillage des paisibles clop-clop- clop- clop, qui semblent rythmer un autre temps...

Comment ne pas éprouver un peu de nostalgie en voyant l'équipage rétrécir dans mon rétroviseur ...

 

 

 

Curieux hasard, à quelques kilomètres de là, j'ai croisé un grand van qui annonçait sur son fronton  "Attention, transport de chevaux". Chevaux de course racés, sans aucun doute.

De toutes les conquêtes de l’Homme, laquelle est la plus noble : le cheval de trait qui promène un couple serein ou celui qui voyage  sécurisé dans son luxueux habitacle capitonné ?

L’humble ou le glorieux ? 

L’un reçoit l’attention simple et rustique de ses maîtres, l’autre ne sera peut-être pris en véritable considération que s'il satisfait aux critères de gloire de son propriétaire. 

A méditer… 

 

Publié dans choses vues

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Phil 22/11/2010 08:16



Théodore Monod déplorait l'attitude des êtres humains envers les animaux... Effectivement, il y a de quoi réflechir sur nos vanités...