Hibernation

Publié le par François & Marie

301.jpg

Elle sursaute! N'est-on pas en train de chahuter son système bielle-manivelle?
La vieille et pourtant rutilante berline 301 Peugeot en éternue de saisissement.
Qui ose projeter de lui faire quitter son abri par température négative? Songerait-on à  la catapulter au milieu des intempéries? Elle rechigne à l'idée d'exposer aux frimas sa superbe carapace noir de jais méticuleusement lustrée à la "Nénette".
Elle boude à l'idée de risquer ses pneumatiques dans la neige gelée. Elle aurait trop la fâcheuse sensation d'exposer leur gomme à une horde de rongeurs-grignoteurs. Elle en frémit!
A l'avant de sa carrosserie on s'acharne. On allonge démesurément l'oreille de son starter, on  retourne pirouetter sa manivelle. Poliment, elle toussote une fois, deux fois. Elle dose l'intensité de ses expectorations juste pour qu'on la sache en vie mais aucunement disposée à démarrer.
Elle ordonne au lymphatique essuie glace de se tenir coi. Elle impose silence au bouillonnant klaxon, il devra attendre son aval pour assassiner de nouveau les dièses en bêlant. Elle invite affectueusement ses alliées, les lanternes à faire pâles figures.
Enfin, les perturbateurs jettent l'éponge. Certes, ils maugréent que le moment est mal choisi,  qu'ils ont affaire au chef-lieu, la torpédo n'en a cure. Têtue, elle se recroqueville dans le parfum de ses coussins, vérifie l'alignement des glands qui oscillent aux cordons des portières et entre en trêve hivernale.
La berline perçoit vaguement un remue-ménage autour du tilbury qu'on attelle. Elle discerne le pas lourd mais guilleret de la jument comtoise, tirée de sa douillette litière qui s'ébroue en soufflant des geysers blancs. Cette pouliche n'est pas chichiteuse, un jour, elle lui revaudra la pareille.Dada.jpg
La donzelle aux bandages caoutchoutés a juste un peu mauvaise conscience en imaginant l'équipage filant dans le soleil froid. Elle aurait pu éviter aux voyageurs les cils brodés de givre, les mentons gercés par la couverture rêche aux relents de feutre humide, elle aurait pu...Mais dans un soupir de batterie épuisée, elle se laisse voluptueusement glisser en une hibernation bienheureuse.

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MARIE de Cabardouche- 22/01/2011 18:45



Ah bin là, y'è l'mécano que cause! Y'è bin vré tout çan!


Eh bin, manivelle ou pas, ique la 301 avôt décidé d'point bougi! (p't'étre bin en panne de bougies! Y'en a t'y, dè bougies? Est-ce qu'ills ant été souquiées pou l' ventilo?


A te r'vouèr AGAG!   L' bonjeu chu vôs! 



AGAG 22/01/2011 18:03



C'que tu ublle y que c'te Torpédo eto la seule dès autos de la commune à emmouner lès p'tchots qu'allaint à biettrans à l'ècole , tout san parcequ'ille avo le starter , l'avance à l'allumage
ape surtout la manivelle que l'René savo faire viri pou dègrippèè le moteur qu'éto fraid. Les autes autos pieu modernes n'avaint pieu c'te foutue manivelle qu'a disparu dès bagnolles
d'auj'du. 


Bizzous AGAG



Philalèthe 13/01/2011 12:00



@Phil :


j'adore la précision : "J'étais à 700 kms de mon domicile avec toute la petite famille dans l'auto et ma belle mère..."


Comme je vous comprends...



MARIE de Cabardouche 31/12/2010 16:25



Phil, vous n'avez pas eu de chance ce jour là et un destrier, malgré sa bonne volonté aurait bien peiné pour vous ramener d'aussi loin!


Que l'année nouvelle soit favorable pour vous et les vôtres !



MARIE de Cabardouche 31/12/2010 16:19



Olivier, nous avons de la chance d'avoir vécu ces moments de vie ordinaire et pourtant pas banale puisque nous en avons fait de bons souvenirs.


Bonne fin d'année pour vous et les vôtres.



MARIE de Cabardouche 31/12/2010 16:14



Francis, j'aime bien votre expression "la neige qui réjouit". Les choses simples sont la plupart du temps dédaignées par des gâtés-blasés. Les  caprices de la nature agacent
ceux qui voudraient tout régenter.


L'an neuf apportera peut-être plus de tolérance. Rêvons...Bonne fin d'année!



Phil 30/12/2010 11:01



Bah oui. Ça n'a pas changé : les batteries sont toujours à plat au plus mauvais moment. Un jour, je suis tombé en panne de batterie en prenant de l'essence. Plus moyen de repartir. Batterie H.S.
J'étais à 700 kms de mon domicile avec toute la petite famille dans l'auto et ma belle mère...



Olivier de Vaux 30/12/2010 11:00



Souvenirs enfouis, le tilbury du Glaudius, j'ai oublié le nom de sa jument qui nous conduisait à l'église le dimanche. Quel bonheur, ces trois kilomètres de chemin de terre, rose orangé,
l'arrivée au village, les hommes se répartissant dans les deux cafés, les femmes papotant devant l'église, l'épicerie-bazar ouverte. Toute cette vie, la bonne odeur du pain chaud, celle du
crottin des chevaux, les cloches à toute volée. La vieille torpedo ressuscitée par les grands cousins férus de mécanique, embarquant une dizaine de passagers assis un peu partout pour un trajet
d'au moins 10 kilomètres, mais oui, avec un retour pas vraiment garanti, si ce n'est à pied.



Francis 30/12/2010 10:37



Un jour peut-être on réinventera des trucs utiles et propres, les paniers en osier, la faux et sa pierre, le "Trait de Maîche" (Comtois) ses multiples congénères et leur force légendaire, leurs
cousins 2 boeufs, le téléphone qui téléphone, le moulin à café, les colos et les monos, la cuisinière en fonte, le sel qui sale, la neige qui réjouit... pourvu que ce ne soit pas un commercial
lassé de vendre de la poudre de perlimpimpin. Merci pour ce joli moment à vous lire.


Mais au fait, ça fait bien longtemps qu'un SDF n'est pas mort de froid dans nos contrées ?