Défi n° 91 "Mon chez moi, ma maison" proposé par Jill Bill pour Les Croqueurs de mots.

Publié le par François & Marie

MON CHEZ MOI, MA MAISON. 

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"Un chat ne vit pas chez son maître, c'est le maître qui vit chez son chat."  

Quelle pertinente formule, parole de chat!

En conséquence, c'est moi le chat qui vais vous présenter la maison dont je suis le maître.

Ah! cette maison...Je ne l'ai pas adoptée par hasard.

En chat calculateur avisé flairant les prémices des frimas, dans un canard (entre bêtes il faut bien s'entraider) j'ai informé "Greffier  frileux fringant,finaud consentirait à adopter maison  nourricière hospitalière, exempte de congénères rivaux et de  canin turbulent et tapageur calme et accueillante pour séjour peinard  harmonieux."

Hasard inouï, dans cette même feuille de chou un entrefilet implorait "Urgentissime: maison cherche petit animal domestique, genre chat, effrayeur de souris. Félin félon, chapardeur de rôti s'abstenir."

chat-maison.jpg

Héhé, tout à fait mon profil! ... Hormis peut-être "petit"... pourquoi pas "riquiqui"! ...et puis "animal"...ça fait un peu "bestiole", n'est-il pas?...et puis encore "domestique"...ne serait-ce pas l'équivalent de "serviteur"? Hum...(rage-rage!)...un fier félin serviteur d'humains, très peu pour moi.

Soyons raisonnable, l'hiver approche, ne jouons pas au sourcilleux, allons vérifier l'allure de ce logis potentiellement nourricier.   

Rendez-vous est pris.

Après une rapide toilette de chat, j'arrive l'air dégagé, voire distant, maîtrisant avec application les frémissements impatients de mes vibrisses.

"Maison" est d'un abord avenant. Posée au centre d'un petit village très ordinaire, entourée d'un pré à vaches bosselé de taupinières, elle ne semble pas bêcheuse et ça me plaît (lassé de la gym en salle, le plein air de la chasse aux taupes m'ira parfaitement).

Pour me recevoir cette vieille dame placide ne s'est pas mise en frais; elle a gardé sa robe de vieilles pierres inégales, s'est à peine maquillée de glycines et d'une treille centenaire, s'est juste pomponnée de rosiers tout fous-fous, blancs et puceronnés.

Son air permissif joue en sa faveur. Pas de clôtures cadenassées, pas de grilles tarabiscotées, elle n'admet que des buissons de troènes tricotés de hêtres et de charmilles. Je frémis de plaisir lorsqu'elle me dévoile qu'elle a en horreur les stridentes sonnettes (hérisseuses d'échine) et qu'il suffit de s'annoncer en toquant à son huis. 

"Maison" n'est pas une maniérée adepte de raides fleurs pimbêches prisonnières de rigides parterres, elle voisine avec des iris mêlés aux framboisiers et aux boules d'hortensias. Elle me fait malicieusement remarquer que je pourrai cousiner en odeur de pipi de chat avec les buis joufflus qui font le gros dos par ci par là! 

Elle m'avoue être gourmande. Gourmande de verdure. J'ai en effet constaté qu'elle garde à sa portée des bataillons de noisetiers véreux, une kyrielle de très vieux arbres escogriffes, qui parfois se souviennent qu'ils ont été fruitiers. Aucun rideau ne voile ses issues; la nature s'invite en tableaux vivants à travers portes et fenêtres. Je note que tout en demeurant dans la tiédeur du logis, par les carreaux je pourrai terroriser les mésanges à casquette et les boules de billard déguisées en rouges-gorges. J'en bouillonne déjà! 

Mise en confiance, "Maison" me prie d'entrer. 

A peine le seuil franchi je bloque des tous mes coussinets, respiration coupée. Une imposante horloge comtoise me toise. Impassible et altière, sans perdre une minute, cette aïeule, digne fille de Chronos dit l'heure, dis-leur, dis-leur... dis-leur que le temps passe, semble-t-elle dire et redire. J'en suis tout mollasson! Son tic-tac hypnotique me met en transe et son air condescendant me fait régresser en chaton titubant... Ouf, l'argentine clarine qui tinte une demie, me fait retrouver mon souffle et mes esprits. 

- Euh... je ne m'attarde pas! balbutie-je en me faisant des croche- pattes, Madame je dépose mes hommages à vos pieds...(ouh la bourde!...cette horloge de parquet n'a pas de pieds, mais un socle, une sorte de piédestal de statue...ignare animalcule.) (Note de la traductrice.)

Sauvé! l'instinct de conservation (de ma dignité) m'a propulsé dans la pièce unique et  décloisonnée. Mumm, ça fleure bon les pommes à la cannelle. (...même un carnassier cruel peut avoir ses faiblesses...)

"Maison" m'a prévenu, chez elle il convient d'ondoyer (aucune difficulté, pour un chat, l'ondoiement est une démarche naturelle et gracieuse).

Ici, on ignore que le plus court chemin passe par la ligne droite, on slalome (quel rêve une maison pleine de cache-cache). De profil on ondule entre les fauteuils, on se déhanche pour ne point déranger posés au sol, miroirs anciens, livres empilés, lampes et tableaux (oies dodues, gouaches, aquarelles et un étrange, bovin pas mûr, une surprenante vache...verte! Talentueuses empreintes de François) 

"Maison" m'a averti,

- Mon cher si vous espériez  l'étalage d'un vaniteux écran ultra plat et le clinquant d'un bastringue haute technologie, vous risquez d'être déçu; la vieille télé et les engins de bruitage sont étouffés tout au fond d'un placard.

- Pourtant ...ces notes de piano...

- Ah, certains ont des privilèges...(chic, j'aime bien siester pianissimo!) 

- Juste une précision qui va combler votre instinct du confort, dans la "Maison", les chaises, ces  rigides mobiliers d'assise ne sont pas les bienvenues; de petits fauteuils coussinés devraient vous contenter.

(Mon rêve! ils m'appartiendront tous, je me réserve dès à présent celui au plaid mousseux près de la cheminée!)

- Un interdit à ne pas transgresser: vous devrez très formellement éviter de prendre pour échelle- à -cueillir- les -araignées- au plafond, les vénérables draps de trousseau monogrammés, en tentures de ci de là.

(...Quelle sévérité pour quelques lès de lin drapés en oripeaux ...pourtant, s'il y va de mon entrée dans la maison, j'y consens, de mauvaise grâce certes, mais j'accepte d' épargner les étendards, tout en continuant à titiller les araignées.)

Marché conclu, depuis ce jour la maison m'appartient!

- Et les souris? me direz-vous.

- Enfuies! Ce n'est que lorsque le chat n'est pas là que dansent les souris!   

L'heure des croquettes a sonné, la visite est terminée, revenez quand vous voudrez! 

 

 

 

 

 

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E

J'avais oublié de mettre mon lien...
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E

Moi aussi, j'habite chez mon chat.
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E

 quelle belle maison !


j'aimerai bien y vivre ...chat peut-on partager ? 
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J

Merci pour la visite , "chat" m'a bien plu !
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"Matou es lé bienvenou !"



C

Absolument succulent ce texte plein d'humour et de poésie! Idée  très originale  que d'avoir fait parler ce chat! J'aime beaucoup. Bravo également pour l'illustration qui est très
expressive Cordialement Chloé
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... et le chat sait que cette maison, en plus d'être douce et chaleureuse, se parfume à la pomme chaude et blonde de caramel en tarte tatin... Merci pour votre visite. 



N

Je ne me contenterai pas de mon sempiternel "ronron", car j'aimerais être vraiment un chat-qui-s'en-va-tout-seul, pour pénétrer dans cette maison charmeuse, et y onduler à souhait.


Bravo à tous deux! (comme d'hab!)
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Merci fidèle lectrice de ronronner à la lecture soyeuse des mots de  Marie



M

Très original, une belle écriture. Je t'ai suivi jusqu'au bout. J'aime beaucoup les chats. Très heureuse de découvrir ton blog.
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Bienvenue sur notre page, Martine Eglantine, nous sommes ravis que ce texte vous ait plu, n'hésitez pas à feuilleter les autres feuilles de Cabardouche, Marie y a écrit plein de pépites.



H

Bonsoir tous deux ,


serait-ce biographique ? Votre maison a-t-elle accueilli ce savant minet ?
Un moment de lecture que j'ai adoré ! merci au chat de vous avoir confié ses pensées.


Bises
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C'est vrai qu'il y a bien une minette, toute blanche celle là, qui vient souvent chercher le calme et la tranquillité près de la jolie maison de marie. Merci pour votre visite. 



T

Je viens commenter sur la pointe des pieds : attention, terrain minet ! :~)


Excellent billet !
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Elle bien bonne celle là ! digne d'un grand Tant-Bourrin. chat-perlipopette



M

Qui peut faire  mieux que Monsieur Chat  la description de sa  maison?  hein?  je vous le demande  ! en tout cas  bravo réussi ce défi 91


 bonne journée*
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il faut tout la soie et le douillet d'un matou-ronron pour goûter à la douceur de la maison de Marie. 



J

une description absolumlent charmante et vivante. Monsieur Chat va très vite adopter cette maison dans sa verdure (et la glycine, cha j'en rêve !) et ses vieux meubles confortables si bien
présentée en mots et en croquis


belle journée 
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Les minets minettes ne sont pas insensibles au charme apaisant de la maison de Marie, surtout quand celle-ci leur abandonne quelques reliefs de repas ...Merci pour votre visite. 



A

Tout est bien dans cette maison... Pourquoi y adopter un HORRIBLE greffier ? Je suis un peu comme les Chinois, ce peuple plus que millénaire qui bouffe tous les animaux dont le
dos regarde le ciel !


En Chine ne vous mettez JAMAIS à quatre pattes !


Excellente histoire (pour ceux qui aiment les greffiers) chers Marie, et François.
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ah ben chat alors ? la chine chasse les chats pour en faire des chauchiches ? On est bien mieux au chaud dans la douce maison de Marie !



A

J'y reviendrais, cette maison me plaît, je lui trouve bonne mine derrière son mur de vigne...


Très bel humour pour une maison faite pour lui, l'horloge va s'adoucir et les demies sonneront plus que les heures aux oreilles du minet apprivoisés et copainsces deux la !!!!
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les tic tacs et les ding dong de l'horloge s'accordent bien avec les ronrons pour faire régner l'harmonie dansla maison. 



M

Merci à Monsieur le Chat de nous avoir si bien présenté sa nouvelle maison qui, c'est vrai , a même le sourire.. si si, regardez le dessin !!!!


Bonne journée à vous deux - bisous



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merci pour le vôtre Monelle c'est toujours un plaisir de recevoir vos visites.



O

Délicieux épisode de la vie de ce félin si bien croqué par François (qui sourit). J'ai tout particulièrement goûté la rencontre avec l'horloge comtoise.
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ah oui... cette bonne horloge qui bat comme un cœur apaisée dans une maison sereine...merci de votre visite Olivier. 



J

Bonjour François et Marie.... Monsieur le chat de cette maison merci.... Je visualise votre territoire et accessoirement celui des gens à deux pattes que vous laisser cohabiter généreusement,
félin grand seigneur, et saigneur de souris... pour leur faire plaisir, quoi qu'une araignée vous contente !!! Un clin d'oeil de la part de jill, encore merci à vous "trois" texte et dessin !
Bien amicalement, JB
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Merci pour votre commentaire, Marie a été bien inspirée par votre défi, merci à vous.