Défi n° 226 proposé par Josette "La Cachette à Josette" pour Les Croqueurs de Mots.

Publié le par François & Marie

Josette nous dit :

“ Halloween c'est fini, un dragon est resté. Je vous demande de décrire un bestiaire fantastique, quelques lignes ayant pour sujet un être, un animal (sirène, ondin, dragon...) sorti de votre imagination.”

..............................................................................................................................

D'une démarche saccadée, Néron le pigeon à l'œil rond griffe le bitume de la vieille rue, SA vieille rue.

Depuis des années il s'en est approprié l'horizontalité; il connaît chaque fissure de l'asphalte et y déniche parfois quelques gourmandises à pigeons; il sait qu'il doit vitement contourner la troisième crevasse, elle empeste le pipi de chat, il snobe le recoin à chardons où s'entassent les mégots âcres, recours des jours de disette. Néron évite aussi le coin herbu aux effluves de crottes de chiens et se hâte jusqu'au pied du tilleul où une petite vieille dame dépose, pour les matous errants, du gras de jambon et du pain trempé dans du lait.

Dans cette rue, la vie de Néron le pigeon tourne rond.

Pourtant, aujourd'hui, il est anxieux, plein de tics, mal à l'aise, nerveux. À y regarder de plus près, Néron le pigeon ne tourne pas vraiment rond.

Il subodore que dans SA rue quelque chose a changé : un intrus vertical y projette une ombre horizontale, une ombre étrangère, une ombre étrange. Il a beau dévisser sa petite tête ronde vers le ciel, Néron ne distingue pas l'élément importun.

Dommage qu'il n'ait pas ses lunettes, il les a prêtées à son ami hibou - qui tente une reconversion en rapace diurne - après les avoir teintées à la betterave rouge, ce qui est censé adoucir la transition et donner à son copain une sensation de vie en rose.

Mais, me direz-vous, un pigeon n'est-il pas un oiseau, un être ailé ? Ne peut-il voler jusqu'au gêneur ? 

Je vous répondrai : certes et certes.

Ce que Néron n'ose avouer, c'est que dans l'instant, il est incapable de décoller. Il a péché par gourmandise en engloutissant toute la détrempe et le jambon rance de la mère aux chats. Beurp... il est urgent d'attendre que son gésier s'allège.

Penaud, beurp, il file à petits pas d'automate se réfugier sous un banc et il sieste.

Vingt minutes plus tard, revigoré, il frémit des rémiges, s'envole jusqu'à la suspecte ombre noire. Prudemment il la contourne et la recontourne. Il décrète haut et fort que, pfou, ce truc cornu est vraiment bizarre, vraiment moche, vraiment mal fichu et, fi ! indigne de projeter son ombre hideuse dans SA rue.

Avec précaution, Néron apponte sur la vaste plate-forme des pattes griffues du monstre - qu'il juge hideuses, de très mauvais goût et mal manucurées. En guise de salutations, il largue pouit pouit pouit quelques fientes mollettes.

Venue d'en haut, s'élève une protestation assourdie qui se termine comme dans un sanglot.

Brrr ! La créature serait-elle vivante ? Tétanisé, Néron se fait tout petit riquiqui et en pouit pouit  de trouille.

- Grrr, sale nabot, cesse immédiatement de bouser sur mes pieds ! Bouhhh... je ne sais même pas si cette bestiole m'entend... Mes vociférations de Graoully le terrible dragon ne sont plus que murmures. Quelle déchéance... Hier, je tonitruais et tous s'aplatissaient. D'un souffle de ma gueule terrifiante je transformais les pigeons en rôtis, d'un coup de ma queue hérissée de pointes j'aurais fait de toi de la marmelade de pigeonneau.

- Pouit pouit...

- Las... il y avait trop de concurrence dans la sphère animal fantastique. Pour gagner ma croûte j'ai dû me recycler. Te rends-tu compte de la décadence, je me retrouve en enseigne, en belliqueuse pancarte pour... mercerie... Quelle honte ! Ma carapace d'écailles rugueuses est une doudoune pour berceaux. Quel affront !  Mes épines sont de croquignolets croquets pour robes de fillettes. Quelle indignité ! On m'a même attifé, moi le dragon terrifiant, de ridicules chaussettes vert pomme et tout le monde me trouve vilain, moche, ridicule, mal bâti sniff...

Néron le pigeon, rassuré - cet inoffensif dragon d'opérette ne le détrônera pas, il pourra rester le ROI de SA rue - s'esbigna discrètement. Il fila chez hibou et lui déroba ses lunettes roses ( le bougre dormait, son recyclage avait fait long feu !). Charitablement Néron les déposa sur la corne (en feutrine 11 euros 50 le mètre) de Graoully, effrayant dragon, désormais symbole de dentelles, rubans et boutons de culotte.

 

Publié dans Défis

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
Q
Morte de rire devant la chute de votre histoire... :))
Bravo !
Répondre
C
Histoires et dessins très attendus . Je trouvais un peu................ le temps long ! Bravo comme toujours
Bises
Répondre
M
Coucou Christiane ! Les Croqueurs de Mots étaient en congés - chrysanthèmes !
Merci pour ton passage chez les Cabardouche, bises !
L
Coucou François et Marie, c'est toujours aussi passionnant par ici ! Le Graoully de Metz, et de Josette,faute de se faire un ami du pigeon Néron, s'en est au moins fait un colocataire compatissant. Bravo pour l'histoire en mots et pour celle en dessins ! Bises à vous deux.
Répondre
Bonjour Lenaïg, merci beaucoup pour votre visite passionnée chez nous ! Ce p'tiot dragon a su dynamiser l'imagination fertile de Marie . Bises de nous deux.
J
Néron s'est "oublié" sur la terrasse et j'ai glissé les fers en l'air... le Graoully m'a relevée toute estourbie
d'où ce grand retard pour cette réjouissante lecture, Néron , un peu fumeux, devrait faire attention un dragon cracheur de feu reviendra c'est certain rue Taison !
Merci d'avoir participé à ce défi
Bonne soirée à Marie et François
Répondre
Merci beaucoup pour ce défi original grâce auquel Marie a inventer un nouveau personnage à plumes !
Bises de nous deux .
ps: attention de ne pas glisser sur les colombins du columba ...
C
Bravo à vous deux !!! Une bien agréable histoire ! Bonne soirée de ce lundi ! Amitiés♥
Répondre
Merci beaucoup Colette, nous sommes heureux que les histoires de Marie et les petits dessins de François vous plaisent. bonne semaine à vous.
L
Un pigeon bien charitable ! voilà qui remet les pendules à l'heure concernant cette gente volatile qui n'a plus bonne presse, surtout dans les parcs aux bancs ...... beurk !
Un conte et des dessins très sympathiques bourrés d'humour : j'aime !
Gros bisous à vous deux
Répondre
Oui le pigeon est décrié, il a une réputation de gros benêt à la propreté contestée, mais il est capable de bravoure et de générosité , si si ...
Merci pour votre visite éclairée, Luciole. Bises de nous deux.
M
Charmante histoire qui m'a fait sourire : J'ai aimé le conte et les petits dessins. Merci à vous deux. Belle semaine
Répondre
Merci pour votre amicale vite Martine, belle semaine à vous .
A
Peut être que le p'tiot devrait emprunter les lunettes du dragon !!!!
Répondre
Maiiis il a eu peur ce p'tiot , c'est effrayant un dindon , ça ressemble plus à un dragon qu'à une fée clochette. La petite Marie va lui expliquer gentiment je pense qui est ce monstre de basse-cour.
J
Excellent , des qu'il aura repris sa place rue Taison je vais de suite vérifier s'il porte les lunettes que Néron lui a données .
Bonne journée
Bises
Répondre
Ah je pense que de belles lunettes teintées rose devraient se remarquer de loin , effectivement. Belle semaine, bises de nous deux.
Z
Pauvre dragon déchu.... Ce Néron, pigeon à l’œil rond, a une âme charitable pour lui prêter ses lunettes roses... ! Je reviens sur la toile en pointillé. Bises et bon début de semaine.
Répondre
Nous sommes bien heureux de votre visite chez nous. C'est vrai que ce Neron a un bon coeur de pigeon. Bises de nous deux.
J
Bonjour Marie et François, l'enseigne de Josette contée… Je me demandais son histoire, ici c'est chose faite… même si on ne croit pas François lorsqu'il le dit… ;-) bon lundi et semaine, bises, JB
Répondre
Si si le p'tiot François a vraiment cru voir un dragon dans la basse cour, il faut simplement que Marie lui explique qui est ce curieux animal . Bonne semaine madame Bill, bises de nous deux.